Zimoun : la poétique du son architectural

Zimoun, artiste suisse, réalise des installations sonores et architecturales. Ses oeuvres combinent des matières premières et industrielles, tels que des sacs plastiques, des meubles anciens ou des boîtes en carton avec des éléments mécaniques de type moteur, microphone et ventilateur.

Autodidacte, Zimoun s’intéresse dès son plus jeune âge aux arts visuels et aux arts sonores. Dès lors, il est obsédé par l’idée d’être actif dans le domaine des arts plastiques et dans celui de la musique. C’est ainsi qu’il commence à créer des projets sonores, musicaux et visuels.

Grâce à l’utilisation d’objets industriels et de matériaux bruts, Zimoun revient sur la place de la technologie dans la vie quotidienne, évoquant la nostalgie des appareils obsolètes. Ses sculptures font référence au chaos des temps modernes, tout en conservant l’ordre du minimalisme. De plus, son travail explore la nature à travers des matériaux industriels et bruts. Il évoque ou imite non seulement les sons de la nature en utilisant des matériaux archaïques, mais combine même parfois des éléments de la nature avec des équipements, comme le bois et le microphone.

663 moteurs, 3315m de corde, rondelles en acier, 2018

Rythmes mécaniques et hasard inhérent

Les sculptures sonores et les interventions architecturales de Zimoun mêlent visuel, sonorité et spatialité. Il utilise des systèmes mécaniques simples pour transformer et activer l’espace.

Une fois créées, les œuvres sont livrées à elles-mêmes. Les composants subissent un processus indéterminé de dégénération. Ces créatures quasi-autonomes existent dans une sphère de matière absolument sans vie. Les pièces individuelles qui sont assemblées de façon répétée créent un espace architectural extraordinaire qui dépasse les sites physiques de ses installations.

En utilisant des composants simples et fonctionnels, Zimoun construit des plateformes sonores à l’esprit architectural. En explorant le rythme mécanique et le flux dans des systèmes préparés, ses installations intègrent des objets industriels courants. Dans un affichage obsessionnel de matériaux simples et fonctionnels, ces œuvres expriment une tension entre les modèles ordonnés du modernisme et les forces chaotiques de la vie. Portant une profondeur émotionnelle, le bourdonnement acoustique des phénomènes naturels dans les constructions minimalistes de Zimoun se répercute sans effort.

Zimoun et Hannes Zweifel, 32 moteurs, 230 néons, 307 cartons de 105x105x105cm, 2013

Les recherches de Zimoun incluent également des éléments liés au hasard. L’artiste explique être intéressé par un mélange de structures d’habitation d’une part et d’un contrôle des décisions et des détails de l’autre : générer ou évoluer, par hasard, des réactions en chaîne ou d’autres systèmes génératifs dans un espace délimité et confiné. Les intentions de composition se manifestent par un confinement délibéré et une surveillance prudente.

L’œuvre 150 moteurs, fil de remplissage 1,0 mm.  de 2011, se compose de petits moteurs suspendus aux extrémités de fils attachés au mur, provoquant le choc des moteurs contre le mur, faisant résonner une pluie torrentielle.

Son travail saisit également le bourdonnement constant des machines et de l’électronique dans la vie moderne. En «re-contextualisant le matériel autant qu’il sonne», le travail de Zimoun déplace la relation du spectateur avec la technologie et lui rappelle les moteurs et les matériaux qui agissent sur la vie quotidienne.

60 sets médicals de perfusion, eau, feu, feuilles de métal 20x20x4cm, 2013

Pour l’exposition « Volume » à la Bitforms Gallery à Chelsea, Zimoun a construit une pièce composée de boîtes en carton du sol au plafond. Avec 294 moteurs, boules de liège, boîtes en carton 41x41x41cm, il place un moteur sur chacune de boîtes, sur lequel est suspendu un fil avec une boule de liège. Les moteurs provoquent le rebond continu des balles contre les cartons. Comme le note Hannah Daly d’Art Slant, l’effet est si ambiant au départ, si proche du bruit sonore quasi constant que nous avons à chaque instant l’impression qu’il pourrait vous échapper.

Les sculptures de Zimoun sont des expériences sensorielles uniques. Elles redéfinissent les notions traditionnelles de sculpture et de performance sonore.

Un motif, une répétition et une grille

Le travail de Zimoun présente souvent la répétition d’un même motif. En travaillant le son comme élément architectonique, il utilise celui-ci pour créer l’espace mais aussi pour habiter une pièce et interagir avec elle. Il explore le son à travers des structures sonores tridimensionnelles et spatiales. Les architectures sonores statiques peuvent alors être saisies et explorées acoustiquement, comme si on se promenait dans un bâtiment. Des éléments tels que les motifs, la répétition et les structures spatiales en général participent à ce processus.

200 moteurs, bâtons en bois 2.4m, 2016

Il explique qu’il travaille souvent avec un grand nombre de systèmes mécaniques identiques. La répétition l’intéresse à différents points de vue. Tout d’abord, il recherche des dynamiques individuelles qui sortent de systèmes. Avoir de nombreux éléments basés sur les mêmes matériaux et systèmes les uns à côté des autres montre tous ces comportements et différences individuels. Puis, il prend en compte la multiplication par rapport à la l’espace de l’œuvre. Il réalise cet espace tridimensionnel avec de nombreux systèmes mécaniques qui génèrent des sons répartis dans tout l’espace. En ce sens, une structure sonore peut devenir très complexe même si elle repose sur de nombreux petits systèmes mécaniques très simples et parfois même primitifs.

317 moteurs, sacs en papier, container, 2016

La beauté de la simplicité

L’interprétation de l’architecture du son par l’artiste est extraordinaire. Le son semble alors perçut comme tangible et pourtant physique. L’utilisation de matières simples et brutes semble améliorer d’une manière ou d’une autre la présence du son dans l’espace. Ce choix concerne alors un intérêt général pour la simplicité. L’artiste explique qu’il n’utilise que des matières premières et simples, peu spectaculaires et pures. Ce sont souvent des matériaux issus d’usages industriels ou quotidiens. Parallèlement, le choix de ces matériaux dépend beaucoup de leur dynamique, de leur comportement et de leurs propriétés de résonance en lien avec le concept artistique.

156 moteurs, fils, boîtes mdf 30x30x3cm, 2018

Pas de systèmes informatiques complexes ici, les technologies utilisées sont elles aussi très simples. Elles permettent et supportent des comportements complexes dans le son et le mouvement.  Il s’agit plus d’une utilisation ludique de la mécanique.

255 moteurs, corde, cartons 30x30x30cm, 2017

Zimoun crée, d’une manière très personnelle, de la magie et de la poésie par la répétition. Il surprend par l’utilisation imaginative d’éléments simples et trompe le public avec une utilisation impressionante de l’espace et du son.

Zimoun garde ses œuvres très réduites, abstraites et brutes. Ainsi, elles permettent aux visiteurs de créer leurs propres connexions à différents niveaux. Les titres restes aussi très abstraits, ne listant que les matériaux utilisés. La subjectivité est la base de la façon dont nous voyons, comprenons et ne comprenons pas le monde dans lequel nous vivons. En explorant ces œuvres, le spectateur commence à jouer un rôle important et créatif. En outre, les réactions sont très individuelles.

40 moteurs, 93 kg de papier noir, 2016

 

Retrouvez le travail de Zimoun sur son site

 

Tendrement,
Lise Demeyer,
Le Beau Bug

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