Un Français de Diastème

Cette semaine, et on ne sera sûrement pas les premiers, on va vous parler du film Un Français. Sa sortie ce mercredi 10 juin a été accompagnée d’un affolement médiatique et seulement dix des cinquante avant-premières prévues ont eu lieu. Un Français fait tout bonnement peur aux programmateurs des cinémas. Pourquoi ? Parce que c’est un film sur le mouvement skinhead d’extrême droite des années 1980. C’est un film qui décide de montrer la violence, de la peindre telle qu’elle a pu être sans délivrer de message banalement pathétique. On laisse le spectateur seul face à cet univers morbide et c’est là toute la force du film. La caméra de Diastème est absolument époustouflante et plonge son spectateur dans les bas-fonds d’une banlieue parisienne pauvre, sale, triste.

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Marco Lopez (Alban Lenoir) est l’anti-héros par excellence, un père alcoolique, une mère pitoyable, une haine démesurée. Son parcours s’étale sur trente ans, de l’insolence à la sagesse. Le souffle coupé, le spectateur suit cette bande de quatre skinheads xénophobes et impulsifs au rythme d’un punk rock bien sombre comme il faut. Le quatuor d’acteurs composé par les jeunes et ténébreux Alban Lenoir, Samuel Jouy, Paul Hamy et Olivier Chenille ne fonctionne pas toujours à merveille mais est esthétiquement irréprochable.

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Le choix de la « caméra portée » donne à l’image une véritable subjectivité et un regard poétique, très esthétique. Le film s’ouvre sur une série d’agressions politiques ou raciales qui tendent plus à traduire la haine que l’idéologie politique du groupe. Diastème cherche aussi à nous montrer les liens plus qu’étroits qu’entretenaient alors ces groupes avec le Front National en associant à la fiction des faits divers des années 1980-1990. Si la première partie du film est essentiellement sanglante, la suite tend à montrer la rédemption, la prise de conscience de Marco. Le scénario, assez simpliste, est sauvé par une photographie magnifique. Le jeu des acteurs n’est pas non plus tout de suite captivant et la dernière partie du film subit des longueurs. Un Français est néanmoins porté par un réalisme poignant, une véritable originalité dans la façon de filmer et un Alban Lenoir d’une intensité remarquable.

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En somme, Un Français est un film « nécessaire » parce qu’il montre une réalité brutale qu’aucun réalisateur français n’avait encore porté à l’écran. Les anglo-saxons ont largement abordé le thème du mouvement skinhead avec Amercian History X de Tony Kaye ou encore (et surtout) This is England de Shane Meadows. C’est d’ailleurs de ce dernier dont Diastème s’est inspiré. L’imperfection du film en renforce le réalisme, Alban Lenoir lui donne un rythme nerveux et beaucoup de justesse. Un Français nous questionne sans condescendance, avec humanité et simplicité.