TRUSKOOL : Une histoire du graffiti à Toulouse

Au mois de mai dernier est sorti une petite pépite: “Truskool, Une histoire du graffiti à Toulouse”, livre extrêmement bien écrit, illustré et documenté par son auteur, Olivier Gal. Il y retrace l’histoire d’une bande d’amis (MOSQUITO, 2PON, TILT, DER, MISS VAN, FAFI, KAT, SOUNE , CeeT, TOBER pour ne citer qu’eux) à travers des anecdotes personnelles, des images inédites et nous emmène avec eux dans une aventure qui se  déroule de Toulouse à New York en passant par Amsterdam, tout en étant ancré à travers l’histoire du graffiti. En effet, si aujourd’hui on parle du Street Art, le Graffiti est redevenu un style plus confidentiel. Nous avons donc rencontré l’auteur pour qu’il nous en dise un peu plus.

Comment est née l’idée de ce livre?

C’est d’abord par une rencontre avec l’éditeur, Jean Le Gall, qui avait vécu à Toulouse et qui se souvenait que la ville était assez hallucinante du point de vue du graffiti dans les années 90, mais il avait une idée assez floue de ce qui s’était passé. Effectivement il y avait ce groupe de la Truskool qui a une importance sur le plan international aujourd’hui qui avait démarré à cette époque là. Ce qui me semblait intéressant pour aller à contresens des bouquins qui apparaissent sur la discipline , essentiellement iconographique, c’est de raconter l’histoire de ce groupe là, afin de percevoir ce qu’est le graffiti. Il a aimé l’idée, et c’était parti!

La façon dont tu le racontes, c’est carrément une épopée, avec les histoires de cœur, les conquêtes de murs, les voyages…

Oui je l’ai conçu comme une biographie, de façon très chronologique, un peu comme si je parlais d’un groupe de rock, ce qui est inédit dans ce genre; la façon dont ils ressentaient les choses, c’est un livre qui raconte le graffiti à travers le quotidien de ce groupe. Du coup j’ai passé des journées entières avec les protagonistes ce qui m’a permis de récolter quelque chose de très sincère mais en puzzle: il a fallu tout reconstituer avec les souvenirs de chacun qui dataient d’il y a 25 ans. Après j’avais une certaine distance avec tout ça, car je ne suis arrivé à Toulouse qu’en 2003, et donc je n’avais pas d’affect sur ce groupe comme peuvent l’avoir beaucoup de toulousains.

Il y a beaucoup de photos dans ton livre, comment les as-tu recueillies?

Oui, chacun m’a donné ses photos, dont certaines n’étaient même pas développées; du coup ils ont découvert certaines photos dans le livre!

Les prémices du graffiti à Toulouse, en compagnie des Fabulous Trobadors dans le Quartier Arnaud Bernard à Toulouse

Les prémices du graffiti à Toulouse, en compagnie des Fabulous Trobadors dans le Quartier Arnaud Bernard à Toulouse

 

La naissance du graffiti à Toulouse avec ce chrome de MOSQUITO en 1987

La naissance du graffiti à Toulouse avec ce chrome de MOSQUITO en 1987

J’ai bien aimé les petits passages techniques également!

Oui ça me paraissait important de faire quelques rappels, tout le monde a une idée du graffiti et comme je voulais m’adresser à un public assez large, j’ai voulu insérer des petits focus techniques.

En Haut: TILT et DER. En bas à gauche: MISS VAN

En Haut: TILT et DER. En bas à gauche: MISS VAN

 

La crew au STYL, le squat près du boulevard de Suisse. A cette époque le collectif s'appelle TLT et est composée de 2PON, CeeT, DER, SIKE, SOUNE et TILT.

La crew au STYL, le squat près du boulevard de Suisse. A cette époque le collectif s’appelle TLT et est composée de 2PON, CeeT, DER, SIKE, SOUNE et TILT.

 

TLT, abréviation de T'es Laid Toulouse.

TLT, abréviation de T’es Laid Toulouse.

Le fait qu’ils soient en groupe est assez particulier, non?

Oui, certainement, la notion de graffiti est presque antinomique de celle de groupe, et c’est ça qui a fait leur force sans aucun doute. Mais je pense qu’on le perçoit bien à travers le récit de chacun de ses membres. C’est un des premiers groupe en France qui avait cette façon d’appréhender le graffiti, la Truskool ça fait référence!

Toi tu penses que par ce livre tu vas être un référent dans l’histoire du graffiti?

Alors est-ce que ça fait de moi un spécialiste je ne sais pas. Dans ce bouquin il y a une valeur sociologique et historique même si il n’y a pas d’analyse. Après les universitaires s’intéressent beaucoup à ce livre. Je suis invité à la rentrée à la fac du Mirail pour intervenir sur ce sujet. J’ai également rencontré Karim Hammou, qui est sociologue et a écrit un bouquin sur l’histoire du rap en France. Puisqu’en fait le mouvement du graffiti s’inscrit avec le rap, le skate, …

Tu parles également de l’importance des filles dans ce groupe…

Oui, elles ont eu immédiatement l’adhésion du public, avec leurs personnages supers féminins. Elles faisaient partie intégrante du groupe et étaient un vrai moteur!

KAT et VAN au centre de Toulouse.

KAT et VAN au centre de Toulouse.

Graff réalisé à l'occasion de l'ouverture du métro à Toulouse par TLT en 1993.

Graff réalisé à l’occasion de l’ouverture du métro à Toulouse par TLT en 1993.

 

En 1994, réalisation de Tilt à Sète; à ce moment un nouveau crew voit le jour en marge de TLT: les P.A. (Pyromanes Associés)

En 1994, réalisation de Tilt à Sète; à ce moment un nouveau crew voit le jour en marge de TLT: les P.A. (Pyromanes Associés)

 

De gauche à droite: CeeT, DER, TILT, SIKE et 2PON

De gauche à droite: CeeT, DER, TILT, SIKE et 2PON

 

truskool-10

En 1995 la crew TRUSKOOL part à New York. “Ma première impression de New York c’était “Dreamland”! On s’est tout de suite retrouvés devant un mur du Bronx entourés de gars qu’on avait vus dans Spraycan Art! On a rencontré dix têtes d’affiche d’un seul coup” DER

 

La truskool à New York. "On a rencontré nos papas. C'est comme si passionné de cinéma, tu rencontrais les frères Lumière, qu'ils t'expliquaient comment est né leur art et qu'ils te disaient que tu as du talent. Tu ne crois pas que tu voudrais alors faire du cinéma toute ta vie?" TILT

La truskool à New York. “On a rencontré nos papas. C’est comme si passionné de cinéma, tu rencontrais les frères Lumière, qu’ils t’expliquaient comment est né leur art et qu’ils te disaient que tu as du talent. Tu ne crois pas que tu voudrais alors faire du cinéma toute ta vie?” TILT

 

Au STYL à Toulouse en 1995.

Au STYL à Toulouse en 1995.

 

La fresque des 7 ans de la Truskool en 2002 à Toulouse.

La fresque des 7 ans de la Truskool en 2002 à Toulouse.

 

L'équipe de la fersque anniversaire de la Truskool (haut-dessus) avec comme guests les new-yorkais T-Kid, COPE2 et INK76.

L’équipe de la fresque anniversaire de la Truskool (haut-dessus) avec comme guests les new-yorkais T-Kid, COPE2 et INK76.

 

Le "Mur de l'enfer", emblématique de l'envol artistique de la Truskool.

Le “Mur de l’enfer”, emblématique de l’envol artistique de la Truskool.

 

Flop réalisé à Brooklyn lors du dernier voyage commun de la Truskool à New York.

Flop réalisé à Brooklyn lors du dernier voyage commun de la Truskool à New York.

 

Pourquoi pour toi cette Truskool a-t-elle pris fin?

L’époque a changé, les municipalités qui ont les moyens de contrecarrer les grapheurs, chacun a pris une route différente et puis surtout ils n’ont plus 20 ans! Certains ont des vies de famille… l’esprit de collectif est vraiment lié à la jeunesse… c’est aussi ce qui donne cette dimension un peu sentimentale à cette histoire, c’est que c’est révolu. Après on est en plein revival des années 90, donc ça tombe plutôt bien… Il fallait attendre un peu je pense pour en parler, là c’était le bon moment.

Pour finir ça évoque quoi pour toi un Beau Bug?

Je ne sais pas, un Bo Bun trop cuit! (rires)

Vous l’aurez compris, que vous soyez toulousain ou non, passionné de street art ou pas, courrez acheter ce livre qui va vous emporter dans une épopée artistique au sein des années 90!

“Truskool. Une histoire du graffiti à Toulouse”, Olivier Gal, Éditions Atlantica.

Tendrement,
Milena Kodratoff,
Le Beau Bug

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