The Danish Girl de Tom Hooper

Il semblerait qu’un vent frais et novateur souffle sur le 7ème art ! Les histoires d’amours insolites foisonnent et s’assument enfin au grand jour. Décidément, 2016 s’annonce comme une année libérée qui balaye diktats et autres grondements réactionnaires. The Danish Girl, petit dernier de Tom Hooper, ouvre le bal en beauté et chamboule la planète cinéma. Déjà 13 nominations aux festivals, le film tourne autour de l’incroyable histoire (vraie) de Lili Elbe, peintre Danoise du 20ème, née Einar Wegener qui fût la première personne au monde à subir un changement de sexe.

Petit topo : Dans le Copenhague des années 20, Einar Wegener et Gerda, couple d’artistes mondains, vivent tous deux de leurs tableaux. Heureux et amoureux, leur vie bascule le jour où Einar (interprété par le brillant Eddie Redmayne) pose pour Gerda (Alicia Vikander) en robe et collants.. Naît alors Lili Elbe, la femme qu’Einar a toujours voulu être. Gerda soutiendra avec un amour indéfectible son mari travesti durant son long parcours jusqu’à l’opération finale. Un chemin tortueux où leur mariage ne cessera d’évoluer et de dévoiler les facettes les plus obscures de la notion d’amour.

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Tom Hooper
n’est pas le réalisateur le plus prolifique de son temps, et favorise un cinéma de qualité. Il réalise l’incroyable Discours d’un Roi en 2010, qui lui valu une renommée internationale mais aussi les trophées de meilleur réalisateur et de meilleur film. Attaché au genre du biopic, Hooper met l’accent sur la progression et l’épanouissement de ses personnages, à l’instar du Roi George VI d’Angleterre (Colin Firth) contraint de surmonter son handicap dans Le discours d’un Roi. Avec The Danish Girl, la caméra de Tom Hooper n’a en rien perdu de sa sensibilité. Car bien que le genre soit souvent questionné au cinéma, il fallait du tact pour s’attaquer à la délicate notion de transgenre, et encore plus lorsque l’histoire est authentique. The Danish Girl reste d’une élégance surprenante, sans jamais basculer dans le vulgaire ou le malsain.

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Le rôle titre d’Einar Wegener est interprété par l’étoile montante Eddie Redmayne qu’on a pu voir dans le documentaire de James Marsh Une merveilleuse histoire du temps (2014), où il incarne le physicien Stephan Hawking. Après s’être mit dans la peau d’un personnage handicapé, Eddie Redmayne enfile gants et talons et se transforme en femme. Et quelle femme ! Le visage fin du comédien se prêtre parfaitement à son alter égo féminin. Un travail complexe sur lui même qu’Eddie rapportera dans une interview, mais une recherche de soi qu’il dit être d’une “beauté incomparable”. Il raconte aussi que le sourire de Lili, la femme qu’il habite, fût sa quête durant tout le film, car sur ses lèvres repose toute la féminité du personnage. Les mains volatiles, les jambes croisées, la moue boudeuse, la tête légèrement inclinée, tout l’intrigue chez les femmes, leur finesse et leur élégance, et Lili s’imprégnant peu à peu de leurs manies se rapproche progressivement de ce qui lui a toujours fait défaut, un corps de femme. Eddie Redmayne joue avec génie un rôle très difficile, et son épanouissement autour d’un personnage tout en nuance lui promet de belles critiques.

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Alicia Vikander
, actrice suédoise connue pour ses rôles dans Royal Affair de Nikolaj Arcel et Anna Karénine de Joe Wright donne la réplique à Einar dans la peau de Gerda, son épouse. Fraiche et pimpante, sa joie de vivre semble être le ciment de leur mariage. Mais alors que le travestissement de son mari commence avec des airs de jeux (Gerda s’en amuse et va jusqu’à amener « Lili » à une soirée mondaine), elle va vite réaliser qu’Einar ne peut et ne veut plus retrouver sa vie d’homme et d’époux. Lili est la seule raison qui le pousse à rester en vie, et Gerda abandonnera tout amour propre pour se consacrer entièrement et avec une dévotion sans faille à son bonheur. Après avoir été son mari, Lili devient sa muse et lui inspire des toiles grandioses. Mais la question est sensible, et comment réagir lorsque l’amant devient amante ?

La caméra de Tom Hooper n’a rien à envier aux grands cinéastes. Les décors sont magnifiques, que ce soit la beauté d’un appartement d’artiste dans le Copenhague des années 20 ou la splendeur des ruelles Parisiennes sous la pluie. L’élégance est partout dans le film. Autour de l’ourlet d’une robe en satin, d’un trait de fusain sur une feuille blanche, du dessin soyeux de boucles blondes sur un carré vintage.. Elle repose sur des détails comme les voix suaves des personnages, celle qu’Einar camoufle lorsqu’il est Lili, l’accent suédois imperceptible d‘Alicia Vikander, ses chuchotements, ses cris, ses sanglots. Le son est vraiment à l’honneur chez Tom Hooper (VO oblige donc!). On découvre aussi son attrait pour les gros plans et  leurs empreintes psychologiques, avec la succession de plans très rapprochés sur le visage de Lili, où l’on décèle de plus en plus de détails féminins que ce soit dans la manière de cligner les paupières ou même de sourire. Le maquillage est provocant, la perruque rousse bien brossée, car tout repose sur ces fragiles apparats: le bonheur d’un homme qui se considère comme une simple erreur. Des tons chauds, jaunes et orangés subliment chaque plans. La trame musicale est bercée par le compositeur francais Alexandre Desplat que Tom Hooper retrouve après Le Discours d’un Roi, autour des airs graves du piano ou du violon.

PHOTO: Courtesy Focus Features

The Danish Girl est innovant dans le sens où il traite d’une question très taboue, même en 2016, et signe l’entrée de la transsexualité dans le cinéma commercial. Malheureusement, cette liberté n’étant pas donnée à tous, la projection a même été interdite au Quatar car jugée “dépravée”. Il est vrai qu’on ne peut pas nier le côté dérangeant du film, les questions naturelles qu’il pose, les images intimes qui nous font rougir. Mais ne serait-il pas temps d’évoluer? Manié avec une telle justesse, The Danish Girl s’affiche assurément comme un très bon film, et ne vous laissera pas indemne !

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