Snowpiercer – Le Transperceneige de Bong Joon-Ho

Le cinéma coréen a encore frappé et se met à l’anglais. Le Calle Ciné s’attarde cette semaine sur Snowpiercer, Le Transperceneige de Bong Joon-Ho avec Chris Evans, Tilda Swinton et Ed Harris, adapté de la BD française de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette actuellement en salles.

Le pitch: 2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…

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Cette grande épopée d’anticipation dans un train arche de Noé confirme une chose: moins gore et provoc’ que ses camarades coréens ( Park Chan Wook, Kim ki-Duk…), Bong Joon-Ho a de l’humour. Et du panache.

A savoir que le film en France sort dans une version plus longue de 20 minutes par rapport à celle des Etats-Unis, Harvey Weinstein ayant notamment demandé à faire sauter une scène dans une école, qu’il imagine mal passer au Pays de l’Oncle Sam. Etant donné que Snowpiercer, Le Transperceneige critique les Etats-Unis, il est étrange de retrouver Chris Evans au casting du film puisqu’il est connu pour incarner au cinéma le super-héros patriotique par excellence : Captain America. Mais celui-ci se trouve habité dans un rôle complexe et torturé. Le réalisateur s’exprime sur lui: “À vrai dire j’avais quelques préjugés sur Chris Evans avant de le rencontrer parce que c’est la caricature de l’Américain tout en muscles. Je le voyais bien en capitaine d’une équipe de football dans un lycée. (…) Je me suis aperçu que c’était un garçon intelligent, limite intello, et très sensible.”

L’esthétique de Bong Joon-Ho est volontiers “grotesque”. Il n’a pas son pareil pour croiser le ridicule et l’effroi, dans la lignée de Polanski, Lynch, Gilliam ou Burton. Et dans ce registre, le personnage de Mason (Tilda Swinton enlaidie) est sa plus belle réussite. Elle est détestable, prête à survivre à tout prix, quitte à se soumettre à n’importe quel maître.

Se moquer du pouvoir, Bong Joon-Ho sait le faire. Déjà dans The Host, policiers et scientifiques passaient pour des ânes. Le coréen est passé maître dans l’art du détournement et dans le changement de tempos. L’efficacité des scènes de baston et surtout, les instants de comédie sont particulièrement inattendus.

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Le film suit une logique de jeu vidéo ( enchaîner les niveaux pour arriver au big boss) vers la scène de confrontation entre Curtis ( Chris Evans ) et le tout puissant Wilford (Ed Harris ). Le film redevient alors sérieux et tourne le dos à sa veine “cartoonesque” pour être didactique.

Mais dans un ultime rebondissement, Le Transperceneige déraille à nouveau et rejoue les grandes heures du terrorisme des siècles passés: s’il faut perpétuer le système pour avoir le pouvoir, alors autant priver le train de sa locomotive… En un mot: tout faire péter, pour redémarrer à zéro. D’ou l’idée géniale de la bombe de kétanol construite à partir des fragments d’une drogue hautement inflammable: l’opium du peuple est converti en détonateur. C’est à cette bombe que revient le mot de la fin et c’est aussi bien.

Vous l’aurez compris, la richesse de Snowpiercer est telle qu’il faudrait le voir encore et encore pour cerner tout ce qui fait de ce film l’oeuvre complexe et politique qu’on n’attendait plus. C’est le film conseillé par Le Beau Bug cette semaine.

La Bande annonce VOST:

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