Sicario de Denis Villeneuve

Un peu moins de deux ans après le double succès de ses thrillers Enemy et Prisoners, Denis Villeneuve remet le couvert avec Sicario. Il nous entraine cette fois à la frontière américano-mexicaine, au cœur de la traque des cartels de drogues qui sévissent au pays du sombrero.

Le pitch : La zone frontalière entre les États-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

Le réalisateur canadien adepte du tordu et de l’énigmatique, nous plonge avec Sicario dans le monde des cartels de drogue, qui tentent par tous les moyens de traverser la frontière du Mexique vers les États-Unis. Contrairement à Traffic de Steven Soderbergh (2000) et Cartel de Ridley Scott (2013), Denis Villeneuve mise sur l’anti-spectaculaire et préfère démontrer la véritable sauvagerie du milieu des sicaires (tueurs à gages). On se retrouve emporté dès la première scène, très violente, qui s’ensuit par une découverte des plus macabres. Le rythme est soutenu dès le départ et ne s’atténue pas, même dans les scènes où il n’y a pas d’action particulière, la bande son et les expressions des acteurs nous tiennent en haleine. L’univers est froid et inhospitalier, sentiment renforcé dans la scène de nuit, tournée à la caméra infrarouge et sans musique de fond.

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Le film bénéficie également d’un casting de premier choix. Emily Blunt incarne Kate Macer, jeune agent du FBI à Phoenix, qui souhaite en découdre avec les auteurs des horreurs qu’elle découvre chaque jour aux États-Unis. Le choix du réalisateur de suivre l’histoire depuis ses yeux est très judicieux car elle ne se doute absolument pas de ce qui se déroule sous ses yeux, et on découvre les dessous des méthodes peu orthodoxes de la CIA en même temps qu’elle. Elle se rendra vite compte qu’elle n’est qu’un pion, mais elle continuera coûte que coûte afin de découvrir le fin mot de l’histoire. Kate se retrouve tenaillée tout au long du film entre sa volonté carriériste et ses valeurs morales. Emily Blunt tient parfaitement son rôle et transmet formidablement ses émotions, tantôt la peur, tantôt la colère, et nous emporte dans sa tourmente.

A ses côtés, on retrouve un Josh Brolin que l’on découvre être un agent véreux du gouvernement Américain, qui n’a que faire de la bienséance. Il est l’incarnation de l’immoralité, sujet au cœur du film.

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Enfin on retrouve le grand Benicio Del Toro, qui se retrouve une nouvelle fois dans un film de cartel puisqu’il revêtait déjà l’année dernière le costume du célèbre Pablo Escobar dans Paradise Lost d’Andrea Di Stefano. Sicario fait d’ailleurs référence au cartel de Medellin, dont Escobar était un membre de choix. Del Toro incarne dans Sicario un personnage énigmatique, sombre et froid. Il joue un rôle dans son propre rôle puisque Kate découvrira qu’il n’est pas réellement qui il dit être.

Sicario est un véritable tour de force dans les films sur les cartels, en passe de devenir une référence du genre.