Réalité de Mr Oizo

Cette semaine le Calle Ciné vous envoi dans les méandres d’un cerveau malade avec le film le plus intimiste de l’enfant terrible du Cinéma français Quentin Dupieux alias Mr Oizo. Après Rubber et Wrong il nous emmène dans sa Réalité avec Alain Chabat et Jonathan Lambert au casting.  Du Génie !!!

Le pitch : Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma…

On ressent ce film comme un récit de la vie de son réalisateur. En effet, afin de réaliser la scène de présentation du projet de Jason au producteur, Quentin Dupieux s’est inspiré de son propre ressenti lors de la même expérience. Il a également mis un peu de sa personnalité dans chaque personnage du film.

Si Quentin Dupieux avait déjà fait ses preuves dans le monde du loufoque et de l’absurde avec ses précédents longs métrages, à l’image du très réussi Rubber, il se surpasse avec ce dernier film, qui part dans tous les sens. Et justement, du sens, il n’y en a pas vraiment dans Réalité. Le non-sens, c’est la marque de fabrique du réalisateur, qui parvient ainsi à manipuler le spectateur, qui tente désespérément de se raccrocher au moindre élément logique.

A partir de là, tout se mélange, les niveaux de fiction s’emboîtent les uns dans les autres, sans cohérence, et aucun détail n’aiguille le spectateur dérouté vers la piste à suivre. Aucune césure, aucun élément, musical ou visuel, n’indique le passage du rêve à la réalité, les différents niveaux de fiction sont traités de la même manière. Inutile alors de tenter de dire la “réalité” du film, elle n’existe pas. Si les protagonistes ne cessent d’affirmer la réalité des faits, tout n’est pourtant que piège et subterfuge dans ce film.

Niveau musique, Mr Oizo est à l’oeuvre. Afin d’appuyer le fait que Jason ne sorte jamais de son rêve et soit bloqué dans une spirale infinie, Quentin Dupieux a choisi un unique morceau de musique (les cinq premières minutes de Music With Changing Parts, de Philippe Glass) qu’il répète tout au long du film pour nous rendre totalement fou avec lui.

C’est pourquoi, pour qui doutait encore du talent de Dupieux, Réalité est une excellente nouvelle, qui confirme la pente prise récemment par son cinéma. Son film surréaliste est tordant et tout simplement génial.

Film décousu et déroutant, qui interroge sur la fiction et ses limites, Réalité est avant tout un long-métrage drôle et décalé, totalement jouissif, qui s’amuse avec les canons narratifs du 7e art pour mieux les dynamiter. A conseiller aux fans inconditionnels de Dupieux, qui s’amuseront à relever les effets d’auto-citation, et à tous les amateurs d’humour absurde.


Tendrement,
Le Beau Bug