Nicolas Jaar produit son odyssée sonore

Nicolas Jaar est au coeur de l’actualité musicale ces derniers temps. C’est l’occasion pour Le Beau Bug de réaliser un récapitulatif de ces projets. Il a d’abord fait paraître la semaine dernière un nouvel EP solo, après 4 ans de silence, qu’il a nommé Nymphs II. Assez léger, le disque se compose de deux titres de qualité. Le premier, The three sides of Audrey and why she’s all alone now, délivre une slow house dont la texture sonore tire vers l’ambient. Il casse l’harmonie de son morceau en incorporant glitchs et off-beats, qui donnent à entendre un rythme syncopé, à la fois délicat et violent. Jaar ajoute au cours de la mélodie des percussions au sein d’un chant éthéré, habillant sa musique électronique d’effets organiques.
Le deuxième titre ; No one is looking at U (feat. Lorraine) confirme l’orientation artistique prise par Nicolas Jaar ; l’électro expérimentale. On y entend une voix féminine pleines de distorsions et de réverbérations, sur une plage sonore davantage rythmée grâce à l’ajout de beats feutrés. Les deux morceaux sont peuplés de transitions troublantes, d’objets sonores décalés, d’instants où la musique produit une atmosphère luxuriante et poétique. Nymphs II n’a pas l’étoffe d’un successeur pour Space is Only Noise. Il joue plutôt le rôle de prélude pour une œuvre bien plus grande. Jaar ne fait que confirmer son talent et son inventivité avec cet EP.

Quelques jours plus tard, on apprenait que l’artiste avait composé la bande-originale du prochain film de Jacques Audiard ; Dheepan – L’homme qui n’aimait plus la guerre, sélectionné pour l’édition 2015 du festival de Cannes. Jaar n’en est pas à son coup d’essai, il a récemment collaboré avec plusieurs projets cinématographiques ; une version alternative de la B.O du film The Color of Pomegranates de Sergueï Paradjanov ou encore sur le projet Eleven Times de Samantha Casolari, dont nous vous avons parlé il y a plusieurs semaines. Ainsi, le jeune producteur et musicien new-yorkais pourrait se voir décerner une récompense prestigieuse du cinéma, si la B.O qu’il a composée charme le jury. Nous avons déjà hâte de pouvoir poser nos oreilles et nos yeux sur ce film.

Enfin, voilà qu’il dévoile un nouveau projet sur lequel il a travaillé avec Weasel Walter, musicien connu pour avoir fondé le groupe The Flying Luttenbachers. A l’occasion de la réédition du vinyle Conspiracy Of Women de Lydia Lunch par le label Other People (https://other-people.net/), ils ont décidés de réaliser un remix du titre Why, Why was I Born American, qu’ils ont ensuite nommés American Invasion, et de l’ajouter à la tracklist. Le titre est à mi-chemin entre le free jazz et l’électro expérimentale. Sous couvert de synthés dissonants, un discours politique enragé retentit, accompagné de percussions et de cuivres dingues et discordants.

Malgré son jeune âge, Nicolas Jaar confirme qu’il est désormais un acteur incontournable de la sphère musicale. Sa musique véhicule des émotions inattendues qui capturent le corps et l’esprit dans un élan poétique. Il s’élance même à la conquête d’autres rivages artistiques à travers le cinéma. Capable de surprendre, d’innover, de produire sans cesse, Jaar s’inscrira dans l’histoire de la musique. Le champ des possibles est encore vaste pour lui. Il n’est qu’au début de son parcours artistique. Laissons-lui le temps de nous émerveiller.

Tendrement, Le Beau Bug.