Mokado – The Lives Of Others

Mokado. Voilà un artiste pour le moins original. Si bien souvent la musique, quel que soit le genre à laquelle elle appartient, est l’occasion de mettre en abîme sa propre vie, sa propre histoire, sa propre expérience, Mokado a décidé de mettre en scène la vie d’autrui. Ainsi, des personnages imaginaires, dont le corps est composé de notes électroniques et organiques, se côtoient au coeur d’un EP pour le moins singulier, dénommé tout naturellement The Lives Of Others. Puissant, chacun des titres a sa personnalité, est unique, et peut difficilement être comparé avec les autres. Comme tout être humain, quand on y réfléchit bien.

Cet EP, le second du producteur, fait suite à Hastu | Hemal, un deux-titres qui mettait donc en avant les traits de caractères de deux personnages fictifs, dont Hatsu nous a été plus amplement présenté sous forme de clip entièrement composé à partir de vidéos issues de banques d’images. Ces personnages, on les retrouve de nouveau en fin d’EP, et on en découvre trois autres, pour le moins différents de Hastu et d’Hemal.

L’EP est introduit par un brouhaha caractéristique d’une salle remplie de personnes, toutes en train de parler les unes au dessus des autres. L’auditeur, alors plongé dans cette foule anonyme l’espace de quelques secondes, prend soudain une position de témoin, de spectateur immobile et externe, observant le quotidien se dérouler devant lui lorsque le piano fait son entrée.

Lorsque le piano et les quelques nappes électroniques ont laissé place au silence, on fait rapidement la connaissance d’Orion, un personnage énergique, comme en témoigne la puissance du rythme et des basses qui composent le morceau Ceci dit, Orion est également calme, pour ne pas dire introspectif par moment ; les nappes ambient qui prennent place en arrière-plan donnent du relief et soulignent le caractère double et ambivalent de cette personnalité.

Orion s’éclipse ensuite pour laisser place à Sahar, personnage complexe, réfléchi, qui raisonne de manière progressive et construite. Morceau essentiellement mental, on entre dans les profondeurs du tempérament de Sahar à mesure que les couches sonores s’additionnent et se complètent, à mesure qu’elles s’effacent pour faire place à de nouvelles. C’est ainsi que la dimension premièrement mentale du titre laisse place à une facette plus cinématique, plus contemplative.

Enfin, le troisième personnage que l’on apprivoise en l’espace de seulement trois minutes s’appelle Roland. Certainement le personnage le plus deep mais aussi le plus … de la série, il arbore dans un premier temps des traits de caractère tout aussi mentaux que Sahar. Mais c’est sans compter sur l’entrée en scène du piano, qui en l’espace de quelques notes seulement, devient omniprésent, dotant Roland d’un tempérament reposé, en phase avec son environnement. Les bruissements que l’on entend en arrière-plan font écho à sa respiration, tandis que chaque note de piano fait écho à la contemplation de la beauté du monde.

Mokado, aka Sylvain Bontoux, est un artiste qui avant d’être producteur de musique électronique est un pianiste issu d’une formation classique. Ce double parcours l’amène à se différencier considérablement des producteurs avec qui il partage une scène en vogue aujourd’hui, car si beaucoup produisent pour le club, Mokado produit pour émouvoir, pour faire ressortir la complexité des émotions humaines et pour mettre en lumière leur aspérités. Plus qu’une musique électronique, c’est une musique émotionnelle que Mokado produit, et que l’on pourra retrouver sur scène un peu partout en France.

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Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

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