Mise en beauté pour l’oeuvre de Rodin

© Photo Jérôme Manoukian. Courtesy Agence Photographique du Musée Rodin

Après trois ans de fermeture pour cause de rénovations, le musée Rodin a ré-ouvert ses portes ce 12 novembre 2015. Lieu de vie du sculpteur, l’hôtel Biron a été inauguré en musée l’année 1919. L’artiste avait négocié le droit d’y habiter en échange d’un don total de ses œuvres à l’État qui les exposerait dans l’hôtel transformé en musée. “Je donne à l’Etat toute mon oeuvre plâtre, marbre, bronze, pierre, et mes dessins ainsi que la collection d’antiques que j’ai été heureux de réunir pour l’apprentissage et l’éducation des artistes travailleurs. Et je demande à l’Etat de garder en l’hôtel Biron qui sera le musée Rodin toutes ces collections, me réservant d’y résider toute ma vie.” dit-il. A l’occasion, Télérama publie un hors série entièrement dédié au sculpteur hors pair. Le Beau Bug vous partage en ce lundi sa passion pour un homme modeste au goût aiguisé. Un éclat de connaissance mit au service d’une beauté d’inspiration classique mais stylisée. Découverte à travers les restaurations entreprises au 79 rue de Varenne à Paris, au musée Rodin

© Photo Jérôme Manoukian. Courtesy Agence Photographique du Musée Rodin

Auguste Rodin découvre l’édifice à travers les écrits du poète Rilke au début du XXème. Avant 1908, de nombreux artistes tel Matisse y avaient séjourné. Le style rocaille du XVIIIème siècle séduit immédiatement le sculpteur. Rodin a un goût prononcé pour la nature et l’architecture de l’hôtel imite par définition des éléments rocailleux et marins. Cerné par de magnifiques jardins, l’artiste y installa donc ses ateliers. Lieu important de création, ces pièces abritent une histoire féconde et édifiante pour l’homme et ses sculptures. Les rénovations entreprises depuis 2012 ont eu pour objectif de plonger les visiteurs dans l’univers de Rodin. La directrice du musée, Catherine Chevillot, entend bien permettre aux visiteurs de mieux aborder son oeuvre et de comprendre son mécanisme de création.

Rodin

© Photo Jérôme Manoukian. Courtesy Agence Photographique du Musée Rodin

La salle numéro 8 a alors été disposée comme elle l’était du vivant de l’artiste. Le mobilier d’époque a retrouvé sa disposition originelle. Ainsi que les collections personnelles du maître. De cette façon le visiteur peut aujourd’hui s’imprégner du lieu mais aussi de l’atmosphère propice à la production artistique choisie par le créateur lui même. On sait qu’il aimait être proche de la nature, ici de ses jardins, et exposer ses acquisitions antiques. sources d’inspirations inépuisables à ses yeux…

© Photo Jérôme Manoukian. Courtesy Agence Photographique du Musée Rodin

Un remise aux normes techniques complète du musée a tout d’abord été engagée. Les parquets Versailles ont été consolidés. “Le Baiser, c’est quand même 2.5 tonnes de bronzes, auxquelles il faut ajouter sept cent mille visiteurs par an!” souligne la directrice de communication Clémence Goldberger.

Les couleurs des murs ont également été revues. Le blanc qui y séjournait ne permettait pas de mettre en valeur le plâtre et le marbre des sculptures. Pour éviter le “ton sur ton”, on décide d’y restaurer des teintes proches de celles qu’avait choisi Rodin lui même. Un vert céladin, un blanc cassé et un gris taupe, spécialement conçu, ont été retenus. Les œuvres blanches retrouvent alors tout leur éclat grâce à un habille jeu de lumière ainsi qu’une maîtrise parfaite des reflets pour les bronzes.

Patrick Tourneboeuf/Oppic/Tendance Floue

Les visiteurs en proie à l’oeuvre de Rodin découvre aujourd’hui ses créations dans un lieu de plus en plus proche de celui qu’il avait initié. En plus d’avoir abrité  l’homme lui même, les travaux visent à recouvrir l’atmosphère originelle. Plongés dans un havre de paix, nous y découvrons également ses sculptures à travers un ordre relativement chronologique. Partant des œuvres les plus précoces pour finir avec un classement plus thématique de ces dernières, la promenade chemine une vie exclusivement composée d’art. L’artiste lui même expliquait que quand il s’ennuyait du dessin il se remettait à la sculpture. “Le changement d’occupation me délasse” avait-il ajouté.

Ces murs ont évidemment abrité de nombreux modèles dont on connait pour beaucoup un genre féminin. Rodin était un amoureux de la beauté et son travail reflète ses efforts inconditionnels pour retranscrire une énergie naturelle propre à chaque individu. Ses croquis témoignent des nombreuses nues passées dans ses ateliers. Son talent a en partie été défini par l’aisance avec laquelle il dessinait le mouvement déjà terminé lorsqu’il le figeait sur le papier. Ce qu’il se passait dans cette sphère intime de création reste mystérieux. Hélène Pinet souligne toutefois les quelques lettres adressées à l’artiste par ses modèles… Anna Abruzzesi disait “Je ne peux pas rester plus longtemps sans vous écrire, ça fait trois jours que je vous rêve”. Tandis ce que Carmen Damedoz lui envoya “J’attends donc quelques lignes du dieu de la sculpture dont j’adore le talent et l’embrasse de mon plus long baiser…”.

Tendrement,
Clémentine Picoulet,
Le Beau Bug