L’INTERVIEW D’ISÏA MARIE

On a discuté avec Isïa Marie, une rockeuse-pop qui puise son inspiration chez Gainsbourg et Daft Punk. On vous le dit yeux dans les yeux, vous n’êtes pas prêts de l’oublier.

1. Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Isïa Marie. Je suis auteure, compositrice et interprète. J’écris des chansons, je les arrange, je les produis moi-même aussi, souvent, même si ce n’est pas mon métier, c’est quelque chose qui se fait assez naturellement.

2. Ça débute comment pour toi la musique ?
Ça débute dès la naissance on va dire, puisque mes parents sont musiciens. Ma mère est pianiste et mon père est trompettiste. Je pense que dès que je savais tenir en équilibre sur un tabouret, ma mère a dû me mettre derrière un piano.

3. Tes parents font encore de la musique aujourd’hui ?
Oui évidemment ! Mon père a été en orchestre et ensuite il s’est reconverti dans l’enseignement et depuis peu, ma mère écrit aussi des méthodes pédagogiques pour le piano.

4. En 2019, tu sors ton premier single Possédée. Tu peux nous en parler ? Quel était ton état d’esprit à ce moment-là ?
C’était hyper excitant parce que c’était mon premier single sous mon nom et en plus de ça, c’était aussi la première fois que je signais un contrat dans un label. C’était un peu un fantasme qui était en train de se réaliser. On a eu un gros budget pour le clip, on avait vraiment de la liberté, c’était génial.

Possédée c’est space (rires) ! Je me souviens avoir écrit ce texte dans le train. On m’avait fait écouter l’instru, qui est de Eddy Gronfier, en me demandant si je voulais en faire quelque chose, et j’avais répondu que oui ! Je me souviens que c’était hyper dark, le texte veut tout et rien dire, c’est hyper imagé. Quand je relis le truc, je me dis mais qu’est-ce que c’est que ça (rires) ! Ce n’est tellement pas la construction standard d’une chanson. Enfin, chacun y prend ce qu’il veut, mais avec du recul, je ne pense pas que ce soit très populaire !

Tu t’y reconnais toujours dans cette chanson ou tu te sens plutôt éloignée ?
Je me suis éloignée de ça honnêtement. Maintenant, j’ai plus envie de chanter déjà, parce que c’était plutôt parlé. Et la musique était très électronique aussi. Je m’en suis éloignée mais pas énormément non plus.

5. Par la suite tu lances le concept Avec la langue. Comment elle te vient cette idée et pourquoi ce nom ?
À la base, c’était un désir de produire et de sortir des choses assez régulièrement. Chose que tu ne peux pas faire avec tes chansons, parce que écrire ça prend du temps et puis si tu veux faire les choses bien, sortir des clips… c’est compliqué de sortir quelque chose toutes les semaines.

Là je me suis dit, qu’est-ce que je peux faire pour sortir des choses régulièrement sans “sacrifier” des chansons. Donc je me suis dit comme tout le monde : je vais faire des covers (rires), mais ça m’embêtait. Alors je me suis dit, tiens, je vais prendre des chansons et je vais les réécrire en français, puisque j’aime le français et que j’ai des facilités à transcrire. Ça ne me prend pas beaucoup de temps et ça m’éclate ! Pareil pour les arrangements.

Le nom du concept, c’est  de Ozarm, qui co-écrit beaucoup avec moi. Il m’a dit “Viens on appelle ça Avec la langue ! “, j’ai trouvé ça mortel.

6. Qu’est-ce qui est le plus excitant dans cet exercice de reprendre des chansons anglaises en français ?
Je pense que c’est un challenge à chaque fois. Je prends systématiquement des chansons qui sont dans le top 5, j’essaye de reprendre des tubes. Et il faut que je la reprenne, mais il ne faut pas que ce soit nul quoi ! Je me dis “Est-ce que je vais y arriver, est-ce que ça va sonner ? “, parce que l’anglais sonne hyper facilement alors que tu peux vite tomber dans la niaiserie avec le français.

7. Avec des chansons comme C’est pas toi c’est moi ou Dans les yeux, on sent qu’il y a ce désir de changer les choses et d’évoquer des sujets encore trop peu abordés. Quel est ton processus pour écrire sur des sujets comme ceux-ci ? Le besoin d’écrire est-il plus fort que la douleur ou la colère ?
Le processus est un peu différent à chaque fois. C’est pas toi c’est moi, ce n’était pas vraiment calculé, c’est sorti tout seul. Je pense que inconsciemment, mon cerveau avait bien réfléchi depuis longtemps. Il n’y avait pas vraiment de démarche, de réflexion, c’était assez instantané.

Dans les yeux, à la base, ce n’était pas hyper engagé. Enfin, c’était engagé avec le genre de sujets que j’ai l’habitude d’aborder depuis des années, c’est à dire : laissez-moi faire ce que je veux, je n’ai pas envie de m’attacher… Avoir un espèce de comportement de petite goujate qu’un garçon pourrait avoir. Je me suis dit “Mais pourquoi est-ce qu’un fille ne pourrait pas se comporter de la même manière ?”. Et puis, mon copain, qui a réalisé le clip, s’est dit qu’on allait faire un clip dans la continuité de C’est pas toi c’est moi , qui parle de l’engagement pour la liberté des femmes, mais avec un sujet plus léger, puisqu’au lieu de parler des violences conjugales, on a parlé du port du soutien-gorge. Le clip est plus engagé que le texte en lui-même.

Est-ce que le désir d’écrire est plus fort que la souffrance que ça peut provoquer, j’aurais tendance à prendre le truc à l’inverse. Je pense qu’on va chercher la souffrance pour écrire.

8. Tu as besoin de cette souffrance pour écrire ou des émotions plus légères t’inspirent aussi ?
Dans les yeux finalement, elle est quand même légère et ça ne m’a posé de problèmes de l’écrire. Après, je suis comme toute le monde, je trouve que les émotions fortes sont beaucoup plus faciles à trouver dans la douleur que dans la joie malheureusement. Du coup, c’est la facilité un peu, mais j’y travaille (rires) !

9. Dans Au ralenti, tu parles de notre société ultra-connectée et du fait que tout est précipité. Tu dis « Moi je voudrais que le monde tourne enfin au ralenti ». Avec ce qui arrive en ce moment, as-tu la sensation que ça fait écho, que les choses ralentissent ? Ou te sens-tu toujours préoccupée par la vitesse du monde ? 
Alors, ce texte n’est pas de moi , il est de Ozarm et, au moment où il y a eu le confinement, je me suis dit ” Putain, il a réussi son coup.” Il a fait une espèce de prière dans sa chanson et bam ! On dirait qu’il a eu une sorte de vision mais je suis carrément d’accord. C’est trop bizarre !

10. Tu préfères : 

– Mylène Farmer ou Serge Gainsbourg ?
Franchement, je ne peux pas choisir. C’est comme si tu me demandais de choisir entre mon père et ma mère (rires) donc je ne peux absolument pas choisir, c’est impossible !

– guitare ou piano ?
Compliqué mais je dirais la guitare quand même. Le piano j’ai commencé avec, mais la guitare elle me suit partout.

– chanter en anglais ou en français ?
Français.

11. Quels sont tes indispensables musicaux ?
En dehors de Mylène, Gainsbourg, Bashung et Daft Punk… c’est très vaste ! Je dirais que le fondement de la pop et du rock pour moi, c’est Les Beatles. Je dirais ça. Un petit intégrale des Beatles sur une île déserte !

12. As-tu un projet d’album ou d’EP en cours ?
Exactement. J’y ai beaucoup réfléchi, je vais sortir un double EP. J’aimerais bien que ça sorte cette année. Un double EP avec vraiment les deux faces de ma personnalité.

13. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug. C’est quoi pour toi un beau bug ?
Pour moi, c’est quand tu improvises un solo de guitare et que tu fais une fausse note qui t’emmène là où tu ne pensais pas aller.

13. Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Une tournée. On en a tous besoin.

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Tendrement,
Louise Lecluse
Le Beau Bug

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