L’interview d’Irène Drésel

Prodige d’une techno singulière et particulière, Irène Drésel fascine. Entre première partie de Rone en 2017 au Zénith de Paris et couverture de Tsugi partagée avec des figures de l’électronique le mois dernier, l’artiste a su avec seulement quelques titres et un EP enflammer les foules de la France entière. Ainsi, en revenant avec un album d’une densité et d’une diversité subtile, dénommé Hyper Cristal, elle prolonge et poursuit cette aventure, et ce pour notre plus grand plaisir. Afin d’en savoir plus sur son nouvel album, ses influences ainsi que ses aspirations futures, nous sommes allés lui poser quelques questions.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Pas facile de se présenter en quelques mots… je dirais que je suis une artiste à l’univers contrasté.

2. En tant qu’artiste plasticienne, tu évolues sous ton propre nom, Irène Billard. Qu’est-ce qui t’as fait choisir Irène Drésel comme nom de scène ?
J’avais besoin de marquer une césure. J’étais en train de me détacher doucement du milieu de l’art contemporain. J’ai donc choisi le nom de ma mère, « Drésel », plus musical, plus doux que mon patronyme « Billard ».

3. Avant de s’attarder sur ton premier album qui, je tiens déjà à le dire, est un véritable chef d’oeuvre, revenons d’abord sur Rita et Icône, tes deux précédentes sorties. La réception de ces dernières a été exceptionnelle. Comment l’as-tu vécu ? Est-ce que cela a influencé ta manière de composer ?
Merci, très touchée par ce retour ! Les morceaux Rita et Icône sont tous deux très différents donc non je n’ai pas été influencée par le fait qu’ils aient « plu ». J’étais plutôt ravie de voir qu’en suivant simplement mon cœur je pouvais emporter avec moi d’autres auditeurs. Je ne compose pas en fonction des goûts des autres…

4. Aussi, avant de sortir Hyper Cristal, tu as pu jouer (notamment au Trabendo lors du festival Les Femmes S’en Mêlent) quelques uns de tes nouveaux titres. Etait-ce un moment important pour toi, de “tester” la réaction du public à tes nouveaux titres ? Est-ce que cela a influencé leur sélection pour Hyper Cristal ?
Non en novembre dernier le « plan » de l’album et l’enchaînement des morceaux étaient déjà réfléchi. Cependant c’est toujours agréable de voir le public danser sur des morceaux qu’ils n’ont jamais pu entendre ailleurs… Mon live évolue sans cesse, et même lors des prochains concerts je jouerai déjà les éventuels futurs morceaux. Conclusion, pour être au courant des exclus il faut venir écouter le live 😉

5. Quoi qu’il en soit, Hyper Cristal est un bijou électronique, cela va sans dire. Cependant, il ne sonne pas comme ton EP Rita. Il est plus atmosphérique, on sent que tu prends ton temps pour nous présenter les divers aspects de ton univers. Tu as volontairement voulu cet album plus calme que Rita ?
C’est un album, donc je l’ai appréhendé comme un voyage en passant par plusieurs univers. Ça dure une heure, ça ne peut pas « taper » durant une heure ! Certains morceaux de cet album existaient déjà quand j’ai sorti mon premier EP. Par exemple le dernier morceau, . Mais le choix des titres pour l’EP Rita a été beaucoup plus radical. C’était mon premier disque, il s’agissait d’envoyer toute l’énergie en quelques titres seulement ! Donc mon album n’est pas forcément une « évolution » de mon travail mais simplement un ensemble de morceaux qui à eux tous représentent mon univers dans son intégralité je pense.

6. Un des titres qui m’a particulièrement marqué, c’est Chambre2. À la fois contemplatif et dansant, il combine des sonorités aussi sportives que lumineuses. Tu arrives toujours à faire cohabiter les contraires, et ici ces contraires sont le côté contemplatif et dansant du titre. Est-ce volontaire ou est-ce le fruit d’un pur instinct créatif ?
C’est le fruit d’un pur instinct créatif, oui ! Quand je compose un morceau, j’ai besoin d’avoir la chair de poule, de ressentir des émotions fortes. Si je ressens ces deux émotions mélangées alors c’est que je suis en bonne voie. J’aime quand on oscille entre plusieurs sentiments. J’aime pleurer et rire à la fois.

7. Vient ensuite le titre Victoire, titre résolument groovy, comparé aux autres titres d’Hyper Cristal. Il est accompagné d’un magnifique clip, mettant en scène une (très) jeune conductrice de taxi parisien qui ensorcelle par le pouvoir des fleurs ses passagers. Doit-on y voir là une belle métaphore de la manière dont tu enchantes les foules lors de tes lives ?
Haha oui c’est un peu ça ! On est dans une sorte de monde parallèle, cette jeune fille chauffeur de taxi est au volant d’un monde où se mêlent le calme et la sérénité, la joie et la frénésie. C’est un clip qui montre aussi que la musique est salvatrice et que les œuvres sont médicinales.

8. Et petite question parallèle, comment t’es venu l’idée de la scénographie de ton live, aujourd’hui devenue ta marque de fabrique, pour ne pas dire une véritable signature ?
Ça vient d’abord tout simplement de la décoration qui m’entoure chez moi à la campagne où je mélange roses naturelles et roses artificielles. J’avais envie d’avoir une part de mon « chez moi » sur scène. La rose représente une part de romantisme qui me représente assez bien. Et puis il y a tout le paradoxe de la rose, qui la caractérise si bien. C’est une fleur très belle qui porte pourtant quelque chose de douloureux, ses épines. C’est une fleur qui sert aussi bien pour les cérémonies nuptiales que funéraires. «Il n’y a pas de rose sans épines »…

9. On poursuit, après les hypnotiques Icône et Rajadamnern, avec le lumineux Sosie. Certainement l’un des titres les plus intenses de ton album, Sosie est progressif ; on se doit de l’écouter plusieurs fois pour être en mesure de saisir toute sa richesse sonore. D’où est venu le nom “Sosie” ?
Le nom Sosie a plusieurs significations. C’est l’envers de « Sizo », le percussionniste qui m’accompagne en live à mes côtés. Et celui ou celle qui a l’oreille experte reconnaitra le sample du morceau Rita… Car oui, c’est un sosie de Rita !

10. Tu prends juste après Sosie un virage plus expérimental sur Myrthe. Es-tu une amatrice de cette musique ? Et par quoi as-tu été influencée pour la composition de ce titre ?
Expérimental ? Ah je n’aurais pas dit ça. Je l’adore, Myrthe est à mon sens étonnant, rebondissant, énergétique, direct, fédérateur. Je n’ai été influencée par rien du tout, si ce n’est mon énergie du moment… je me souviens l’avoir composé en plein mois d’août 2017 alors que je passais mon été à travailler, refusant les vacances avec les copains. C’est un morceau qui me fait rire.

11. Et c’est intéressant de voir que sur Marthe, tu as prolongé les expérimentations entreprises sur Myrthe, en revenant à la techno pour laquelle on te connaît. Pourquoi l’avoir imaginé en diptyque et non en une seule pièce ?
C’est une réponse aux deux statues qui sont dans mon jardin. Deux statues en pierre blanche de femmes nues qui se regardent. Elles ouvrent un passage sur un paysage sans horizon, les champs à perte de vue. L’une s’appelle « Myrthe » et l’autre « Marthe ». Je m’étais dit qu’elles seraient au cœur de cet album.

12. Enfin, je souhaitais aborder avec toi ton dernier titre, Râ. Loin d’être une pièce techno ou même d’être une pièce électronique, c’est l’un des titres les plus organiques et atmosphériques de l’album. Quelle histoire raconte-t-il ? Comment l’as-tu composé ?
Comme je le disais un peu plus haut, je l’ai composé il y a presque quatre ans déjà. La percussion qui revient est composée par Sizo Del Givry. Nous l’avons créé ensemble un soir, en testant un nouvel instrument qu’il venait d’acquérir. Je l’ai appelé « Râ » car le raclement de la percussion fait le son « rrrah » ! Et j’ai trouvé que le parallèle avec le Dieu Soleil était très beau. En septembre dernier j’ai proposé à Brigitte Fontaine de collaborer dessus mais il s’avère qu’elle déteste le soleil !

13. Quels sont les prochains projets à venir, après ta release party parisienne à la Gaîté Lyrique ?
Beaucoup de projets ! Nouveaux clips, nouveaux sons, tout avance toujours, tout le temps !! 🙂

14. Les dons de fleurs au public sont toujours au programme, d’ailleurs ?
Oui 🙂

15. Tu es plutôt…
– Mer ou montagne ?
Mer !
– Jour ou nuit ?
Les deux !
– Fleurs naturelles ou fleurs artificielles ?
Les deux !
– Musique d’hier ou musique d’aujourd’hui ?
Les deux !

16. Enfin, quels sont selon toi les indispensables à avoir dans sa bibliothèque musicale ?
Un peu de techno, un peu de classique, un peu de rap, un peu de jazz, un peu de musique du monde.

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Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

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