L’interview de Portland

Portland est un groupe qui, malgré une histoire tumultueuse, a toujours réussi à se relever. Après un single poignant, Aphrodite, et un EP de quatre titres dopé à la trap duquel on ne ressort pas indemne, le groupe revient avec un nouveau single : No Game. S’inscrivant au coeur du mouvement #MeToo, il est également annonciateur d’un album à venir au cours de l’année. C’est pourquoi avons profité du passage sur Paris de Camille et de Martin, les deux membres du groupe, pour parler évolution, processus créatif et projets d’avenir.

1. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Martin : Un homme, une femme, une femme, un homme…
Julia : Une rencontre !
Martin : Une amitié !
Julia : De l’alcool ? (rires)

2. Pourquoi Portland ?
Julia : Je ne peux pas répondre, je n’étais pas dans le groupe au moment du choix du nom.
Martin : Portland, c’est en référence au nom de la ville de Portland, aux Etats-Unis, où on n’a jamais été d’ailleurs… on trouvait que ça sonnait bien, et puis c’est aussi la manière qu’ils ont de vivre là bas, l’éducation qui tourne beaucoup autour de la musique, la culture, c’est assez moderne comme ville.

Le groupe a connu une histoire quelque peu chaotique : changement de chanteuse, un autre membre qui vous quitte… et pourtant vous avez tout de même décidé de garder le nom de Portland.
3. Pourquoi ?
Julia : On en a eues, des idées de nom, mais finalement on s’est dit que c’était peut-être plus judicieux de garder le nom de Portland ! Il y avait déjà un passif, on pouvait construire au dessus.

Vous avez sorti, après le fameux titre Deezy Daisy, un single, Aphrodite, puis peu de temps après, un EP, SLOWLY. L’univers musical que vous défendez est alors plus sombre, plus électro, tirant parfois sur la trap.
4. J’imagine que ce revirement de situation est en partie dû au changement de formation du groupe, mais y a-t-il autre chose qui a participé à ce changement ?
Martin : Déjà le style musical que l’on écoute a changé, par exemple j’écoute beaucoup de nouveautés, de la variété comme de la trap, qui d’ailleurs est une musique qui prend le dessus sur la pop, ça influe aussi. Et puis on s’est longtemps cherchés avec Camille, surtout quand on a commencé.
Julia : C’est vrai que quand je suis arrivée dans le groupe, j’aimais bien Deezy Daisy [premier single du groupe sous son ancienne formation, ndlr], mais je ne me voyais pas faire du Deezy Daisy. Ce n’était pas forcément ma came en tant que chanteuse, du coup il y a eu tout un moment de recherche.

5. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Martin : Alors ça c’est à Camille de répondre je ne m’en souviens pas !
Julia : En fait il s’avère que j’ai rencontré Martin il y a peut-être sept ou huit ans, sur les marches d’une église (rires) avec un pote en commun qui nous donnait rendez-vous sur ces marches. On discute, et ce qui est très drôle c’est qu’à ce moment là Martin nous dit “on cherche une chanteuse pour le groupe Bird Escape” [formation qui a précédé Portland, ndlr]. Et, quelques jours après, tu faisais passer en quelque sorte des auditions. Donc c’était assez drôle parce que… tu t’en souviens pas hein ? (rires)
Martin : Pas du tout !
Julia : Ce qui est très drôle c’est qu’on s’est rencontrés au moment où il cherchait une chanteuse…
Martin : Sauf que ce n’a pas été pour cette fois-ci mais pour celle d’après.
Julia : Après quand il a fallu rejoindre Portland, Martin m’a envoyé un message pour savoir si ça m’intéressait. Il ne m’avait jamais entendu chanter, donc c’était un peu un coup de poker !

Justement, l’univers travaillé dans le titre Aphrodite est beaucoup plus nostalgique que les titres de l’EP, ce qui sous-entend au regard de votre conversation que vous étiez en phase de recherche musicale.
6. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui a influencé l’écriture d’Aphrodite ?
Julia : Il m’a enfermée dans une pièce pour l’écrire !
Martin : Ouai mais elle présente le truc comme si je l’avais enfermée, je l’ai laissée seule, c’est moi qui suis sorti de la pièce !
Julia : Nan ce qui s’est passé pour Aphrodite c’est qu’on est arrivés chez Martin, et en fait il avait fait un sample avec ma voix, il avait fait une boucle, et avec Thibault [ancien membre du groupe, ndlr] et Martin on s’est dit “faut qu’on fasse un morceau là dessus ça peut marcher”. Sauf que c’était l’époque où je n’écrivais pas encore mes paroles donc je n’avais pas trop confiance en moi, je découvrais le groupe… Ce qu’il s’est passé, c’est que Martin, on va dire qu’il m’a “isolée dans une pièce” (rires), et vu que je viens du jazz il m’a laissé improviser pendant quatre, cinq minutes, et on a pris ce qu’il y avait de mieux sur ce qu’on avait fait.

Vous sortiez le 3 janvier dernier le titre No Game, titre qui s’inscrit pile au coeur du mouvement #MeToo.
7. Pouvez-vous nous en dire plus ? Etait-ce volontaire de le sortir à ce moment-là ?
Julia : Bah c’était un gros hasard, parce que le morceau a été écrit en juin ! J’avais écrit ce morceau-là quand plein de reportages étaient sortis sur le harcèlement de rue, les frotteurs du métro… donc ça n’avait pas de rapport avec Me Too. Et même s’il n’y a pas de métro à Metz, quand tu marches dans la rue et que la voiture s’arrête, on y a droit dans toutes les villes même les plus perdues du monde. Je n’y ai pas été confrontée de manière violente, mais je l’ai vécu aussi.

“But I know who I am
I don’t care”

Ces phrases sont extraites du refrain.
8. Est-ce qu’elles agissent en quelque sorte comme un mantra, ou du moins, ont-elles vocation à devenir un mantra pour toute personne se reconnaissant dans les paroles de No Game ?
Julia : Pour le refrain… j’ai écrit ces paroles-là un peu comme quand tu marches dans la rue, on t’interpelle, bon de toute façon j’ignore, je mets mes oeillères et j’avance et puis c’est tout. C’est exactement ça, t’as eu raison.

Ce que l’on aime tout particulièrement dans ce titre, c’est que l’on reconnaît votre signature dès les premières secondes d’écoute : vocalises éthérées, basses lourdes, et une voix reconnaissable entre mille… signature qui fait que l’on vous compare souvent à de grandes réussites internationales, telles que FKA Twigs, Halsey ou encore Florence and The Machine.
9. Ce sont des inspirations quotidiennes pour vous ?
Martin : Pour la plupart pas forcément, mais tu viens de citer FKA Twigs, et il passait chez un pote un titre qu’on ne connaissait pas.
Julia : Je me suis dit “ah c’est cool ça !” donc j’ai shazamé et c’était FKA Twigs. Moi pour le coup, personnellement, j’avoue que j’écoute pas forcément beaucoup de musique. Enfin, je vais écouter les dernières sorties, mais c’est vrai que je reste bloquée sur des choses que j’écoute en boucle. Dès qu’il y a une nouveauté je vais écouter, mais je ne vais pas forcément les avoir dans mon casque. Je suis toujours bloquée sur l’album de Glass Animals, le dernier, How To Be A Human Being !

10. Doit-on voir dans No Game la couleur dominante de l’album en terme de sonorités ? Ou est-ce que vous nous réservez quelques surprises ?
Julia et Martin : bah, pas tellement…
Julia : Enfin, si, l’album reprendra certains de nos anciens titres donc si ça va refléter.

11. Mis à part cet album, quels sont les futurs projets à venir pour le groupe ?
Martin : Déjà ce qu’on peut dire, c’est qu’il y aura un titre original de Portland pour le film de Dominique Rocher, La nuit a dévoré le monde, qui est un des films les plus attendus de l’année prochaine, produit par Haut et Court, une des plus belles boîtes de prod’ indépendante en France, et c’est bien parce que le groupe a toujours imaginé qu’il y aurait un jour un rapport avec le cinéma à un moment donné, donc c’est la première étape, plus le Grand Palais [Portland a produit la musique de la bande annonce de l’exposition Irving Penn, inaugurée au moment de la Fashion Week de Paris de 2017, ndlr].

12. Vous êtes plutôt…
– Grande scène de festival ou concert en petite salle ?
Martin : Grande scène !
Julia : Petite salle ! J’ai une préférence pour les petites scènes intimistes parce que c’est dû à mon passé avec le jazz, et puis ce que j’aime bien c’est que je peux voir les gens directement, il y a un lien qui se crée, ce n’est pas juste des inconnus que tu ne reverras pas, ou plus jamais. Il y a une vraie transmission.
Martin : Pour moi grande scène gros son !

– Niveau musique, voix de femme ou voix d’homme ?
Martin : Voix de femme, quelques voix d’hommes, comme James Blake.
Julia : Moi c’est pareil.

– Lana Del Rey ou Rihanna ?
Martin : Ah les deux !
Julia : Oh j’aime bien la voix de Lana Del Rey quand même, elle a un grain, y a une “moue” dans sa façon de chanter !
Martin : L’attitude de Rihanna, ça défonce tout.
Julia : Oui Rihanna j’aime bien parce qu’elle pousse à l’extrême parfois.
Martin : Je dirai même Rihanna, au final.
Julia : Oui Rihanna, mais c’est pas contre Lana Del Rey !

13. Une anecdote à nous faire partager ?
Julia : Mon premier concert avec Portland ! On devait finir le set avec un nouveau morceau. Sauf que la semaine précédente je n’ai pas pu leur faire écouter ce que j’avais écrit car j’avais une extinction de voix ! Les garçons ont donc découvert le morceau en même temps que le public !

14. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug, c’est quoi pour vous, un beau bug ?
Julia et Martin : Un beau bug…
Julia : C’est quand ton ordinateur plante mais que tu réussis à récupérer tous tes morceaux après ! (rires)

15. Enfin, quels sont les indispensables à avoir dans sa bibliothèque musicale ?
Martin :  Kendrick Lamar, James Blake, Taylor the Creator, FKA Twigs, tous leurs albums…
Julia : Les années 2000, enfin ce qu’il y a de bon: Nelly Furtado avec Timbaland, Outkast, No Doubt, N.E.R.D., Mary J Blidge, Eve, …

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Et vous pouvez également retrouver juste ici notre review de leur premier EP, SLOWLY.

Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

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