L’interview de Mr Giscard

Crédits photo : Shelby Duncan

On a discuté avec Mr Giscard, à l’occasion de la sortie de son premier EP : Sensibilité. Loin des règles de la bien-pensance, c’est avec des paroles crues qu’il nous raconte des situations amoureuses, ou non. Des histoires banales, des rencontres de soirées, des amourettes sans lendemain.

1. Peux-tu te présenter ?
Bonjour je m’appelle Valéry, aka Mr. Giscard et je fais de la musique. 

2. Ton nom c’est Mr Giscard, pourquoi ce nom ?
Parce que je trouvais ça cool. 

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3. À quel moment tu t’es dis que tu voulais faire de la musique ? Pourquoi tu t’es tourné vers ce genre de musique ?
J’ai su que je voulais faire de la musique, je sais plus quel âge j’avais mais je devais avoir moins de 10 ans. J’avais vu un mec faire de la trompette et j’avais trouvé ça trop cool.

Après j’en ai pas fait de suite. Quand t’es môme c’est école de musique, c’est solfège. C’est des profs qui t’engueulent parce que tu sais pas lire des notes et du coup ça a pas duré. Ensuite j’étais en Guyanne donc je faisait plus du tout de musique.

C’est en rentrant en France que je me suis mis à en faire pas mal. J’ai découvert tout un tas de nouvelles musiques. Genre l’électro. En fait je me faisait pas mal chier chez moi, j’avais chopé une guitare parce que j’avais trouvé un sampler sur YouTube. J’avais trouvé ca trop cool. Je connaissais personne qui faisait de la musique donc j’essayais de me débrouiller sur internet. J’avais téléchargé des petits logiciels. Et j’essayais d’imiter Justice.

Après j’ai découvert les rave party, je commençais à devenir majeur. Du coup y’avait la grosse électro et milles trucs quoi. Mais surtout là où j’étais le plus actif c’était en faisant beaucoup de prod de trap sur Soundcloud. En fait c’était surtout ça, tout le truc ultra autotuné, codéine, tatouages sur le visage. C’était ça mon truc. Et un jour je me suis mis à chanter et ça a fait de la pop un peu malgré moi. À la base j’écoute pas du tout de pop, encore aujourd’hui. C’est un peu un accident que je fasse de la pop. Je suis plutôt attiré par la grosse autotune et la musique brésilienne. 

4. Comment tu t’organises pour composer ta musique ?
Généralement, je gratouille un truc à la gratte. Après j’essaye d’en faire une prod. Ensuite, l’univers fait le reste. 

“J’te remercie pour ce pho”

5. Il y 7 mois tu sortais Pho, ton premier single et clip. Tu peux nous en parler ? Qu’est-ce qui t’as inspiré pour ce morceau ?
C’est le premier morceau où je me suis mis à chanter. J’étais tout seul chez moi, ça devait être un lendemain de cuite, comme souvent à cette période. Tu sais des fois t’as un peu des coups de folie dans ta vie où tu te dis vasy je vais faire un truc que j’ai jamais fait. Et tu te tape une motive.

Vu que j’étais vachement dans la trap, à la limite l’électro, je m’étais dis vas-y je vais écrire une chanson mais je pensais vraiment la garder pour moi. Et donc je l’avais fait. Un jour je l’ai fait écouter à mon ex de l’époque, qui était vachement intransigeante. Si c’était de la merde, elle me l’aurait dit. Je me serais arrêté là-dessus. Elle m’aurait dis que c’était de la merde, j’aurais plus jamais osé chanter de ma vie. Et bizarrement c’est passé, donc j’avais comme un tampon de validation. Je l’ai mis sur soundcloud et ensuite tac on m’a repéré quoi. Ça s’est fait comme ça.

Par rapport au clip c’est un peu l’alignement des étoiles tu vois. Je te dis beaucoup de métaphores à la con là (rires). Au début je voulais le faire moi-même avec des potes. Après, vu que tout est allé très vite, qu’on m’a repéré et que beaucoup de gros labels se sont intéressés, et ben, j’avais la chance d’avoir rien fait du tout, de sortir de nulle part. Donc on pouvait commencer à faire un truc propre dès le début.

Je suis un vrai passionné de clips, du coup j’avais contacté un réal que je kiffais. Et il a kiffé aussi. C’est un mec qui s’appelle Thibault Dumoulin, qui est incroyable. Il a kiffé, j’ai kiffé. À ce moment-là t’as des mecs qui voulaient me signer, du coup on a pu avoir des budgets de ouf. Qu’on aurait jamais du avoir pour un artiste comme ça en développement, qui sort de nulle part. Surtout avec un morceau où on est quasiment surs qu’il ne passera pas en radio.

Ça m’a permis de rencontrer Jade et Rod. En plus tu sais t’avais trop de galère, vu que c’était le covid. Il fallait un couple d’acteurs. On voulait faire un truc super sobre où c’est le jeu d’acteur qui fait tout le clip. Sans fantaisies autres que ça. Donc il fallait juste des bêtes d’acteurs, qui transpirent la sincérité. On voulait qu’il y ait un truc vachement beau qui se passe là-dedans. On avait donc cette contrainte qu’il fallait que ce soit un couple d’acteurs à cause du covid. Et on a trouvé les deux, et c’était incroyable. Bête d’équipe, c’était ouf. Et du coup ça m’a permis de les rencontrer, qu’on devienne pote et que maintenant ils me rendent des services quand j’ai besoin d’eux. 

“C’est juste honnête”

6. Tu parles beaucoup de sexe et d’amour sur un ton plutôt pessimiste, est-ce que tu crois en l’amour aujourd’hui?
Je suis pas optimiste, je suis pas pessimiste. Je parle de ce qu’il se passe, dans ma vie. C’est assez centré sur moi-même. J’ai pas la prétention d’analyse précise de ce qu’il se passe dans le monde et dans la tête des gens. C’est vraiment moi, et je sais qu’en plus je suis particulièrement dans le doute. Après je sais que ça se retrouve, c’est assez générationel.

Aussi je pense que j’essaye de dire des trucs, en enlevant toute honte et toute peur d’être attaqué par la bien-pensance, qui dirait “ah t’es un batard” et tout. Parce que en fait c’est pas du tout ça, c’est juste honnête. Et ce qui est honnête souvent, c’est pas forcément facile à entendre.

Par exemple Pho, c’est en discutant avec une pote à moi que ça a murit dans ma tête. Après c’est vachement spontané mais je sais qu’avec le recul, j’ai beaucoup de conversations avec des copines qui se sont retrouvées avec des mecs et le mec était en love et elles attendaient juste qu’il se barre. C’était juste une folie de soirée, et de lendemain de cuite, après c’est la désillusion.

C’est aussi le truc de sur le moment, tu sais quand t’es bourré, tu fais la fête, ça drague. T’y crois, tu pense vraiment que c’est trop cool, que t’as trouvé la bonne personne. Et le lendemain, une fois que la tise est redescendue, l’euphorie du moment, que le jour est revenu et qu’on est plus dans la pénombre d’un lieu sombre. Et ben t’as tout ce désenchantement. Ça parle un peu de ça. Donc c’est pas méchant, c’est pas gentil, c’est juste des choses qui arrivent et qui sont pas faciles à dire mais qui existent. Et je pense que c’est pour ça que ça a été super bien accueilli et que les gens ont vachement bien compris le truc. 

Crédits photo : Shelby Duncan

“On a mal à la vie”

7. Le deuxième titre que tu as sorti, H&M parle de précarité, de problèmes d’argent. Le tout illustré par un clip sensuel. C’est quoi le lien que tu fais entre ces deux sujets?
Donc ça va être le fait de rêver sa vie. Y’a un peu ce truc, je sais pas si on a réussi ce pari là mais il y avait un peu dans l’idée que Jade c’était un peu la prolo qui a un taf alimentaire. Qui fait un taf en tout cas qui lui rapporte pas suffisamment de tune et qui la rend pas spécialement heureuse. Et Rod qui peut être le titi parisien, plus branleur. C’est un peu cette confrontation, c’est un truc assez parisien. Le délire de, tu peux avoir le mec de banlieue qui rêve de venir à Paname, qui en chie et qui fait des taf qui lui permettent juste de payer son loyer. Mais qui va faire des soirées où il va payer des trucs qui sont pas fait pour lui.

Et l’autre pour qui c’est acquis, parce qu’elle a toujours été là. Et en fait c’est ces deux monde qui se côtoient. C’est ça qui est dingue dans Paris, tu peux avoir un mec qui sort tout droit du Sahara et qui vit à 15 dans un apart et à côté un LGBT qui a grandi à Paname, qui est ultra cultivé, de mode, etc. Et tu vois ils vont être assis à côté dans le métro. Donc c’est un peu cet écart cosmopolite, d’un point de vue social, qu’on peut avoir dans un lavomatique. Parce que c’est un lieu de rencontre qui est tellement banal et où le temps s’arrête. Un peu comme dans le métro, y’a plus de vie. C’est tiré par les cheveux ce que je te dis (rires).

Donc ouais c’est ce truc là. La nana elle arrive, elle galère, elle attend et en fait elle rêve sa vie parce qu’elle imagine une idylle incroyable avec un mec qui est pas forcément du même statut social qu’elle. Ça c’était une idée de base, je pense pas que ça se ressente trop dans le clip et c’est pas grave du tout. Parce qu’il y a ce truc là d’instant. En fait il y avait cette fracture entre la scène où elle commence à imaginer. Où il fallait un truc vachement fort, donc ils commencent à se galoche sur une machine à laver mais après ça redevient très vite assez tendre.

Et c’est un peu comme ça généralement que ça se passe, les relations. En tout cas celles que je connais souvent c’est tac, soirée, l’euphorie du moment, bam, après on se revoit, on mate des films et là il se créé un truc un peu plus mignon, enfantin. À la fin ils s’aiment comme des gosses, il y a même plus de sexe. Et après ça se refracture, quand on se rend compte qu’elle imaginait tout ça. Et je pense que ça arrive à plein de gens ça. Donc le lien musique, truc c’est cette dualité de classe sociale. Enfin ça veut rien dire ce que j’ai dis mais t’as compris l’idée. C’est le fait de rêver sa vie. Des nanas qui rêvent leur vie sur insta.  

8. Le morceau Oyapok fait un triste constat de la société, qu’est-ce que tu veux que le public retienne de ce titre ?
À la base je fais pas de la musique pour dire des trucs. En vrai, lisez des livres, vous en apprendrez plus. C’est pas avec une musique de trois minutes où pendant une minute t’entend exactement la même chose. Non moi je suis plus dans la mélodie, dans le fait que ça soit efficace. À la limite c’était plus un délire turn up. J’imaginais des pogos. C’est tout le problème de ma vie, j’ai toujours voulu faire de la musique qui fait danser et j’ai jamais réussi. Tu vois celle là je pense pas qu’elle fasse spécialement danser.

Après au niveau des textes, à la limite il y a ce délire où, au premier abord le refrain peut paraître marrant mais au final si tu regardes bien ça l’est pas du tout. C’est plus ça qui est cool, le délire double lecture. Mais c’est un constat qui se fait après coup. Juste je trouvais ça fort, qu’en rythme c’était cool. 

9. C’est quoi le contraste que tu essayes de créer en chantant avec un air très lascif et doux, sur des instrus électro ?
Je mélange les trucs que j’aime bien. C’est pour ça que j’arrive pas à faire des musique qui dansent, c’est qu’en fait j’adore tout ce qui est calme, reposant, planant. Et généralement, c’est pas des textures qui font danser. C’est souvent quand c’est très cuté que ça va faire danser. J’ai beaucoup fait de clubs et je suis impatient que ça réouvre, et du coup j’adore l’électro. Tout la violence qu’il peut y avoir. Quand j’étais môme et que j’écoutais Justice, c’était incroyable. 

10. Un prochain projet en préparation ?
Non. Enfin il doit y avoir un album mais après je ne sais pas quand il sortira. Là si, il y a la sortie du prochain clip, Pas Personnel qui va emmener le P. Et ça, ça sera prochainement. 

11. C’est quoi ton duo rêvé ?
Je sais pas trop. J’aimerais bien faire un truc avec Moussa, mais non aujourd’hui plus trop. Où me faire remixer par Daft Punk. Où j’aurais bien aimé XXTentation, mais pareil, un peu compliqué (rires).

C’est compliqué de dire. Un Hamza j’adorerais, ça pourrait être grave cool. Maintenant aussi faudrait voir comment ça se mélange, parce que des fois t’as des trucs que t’adore mais faudrait que ça serve à l’oeuvre quoi. Mais Hamza je pense qu’il m’a beaucoup inspiré et ouais ça pourrait être grave cool. 

12. Tu préfères :
– Daft Punk ou Justice ?
Oula, c’est chaud ça. Non je ne répondrais pas. Les deux c’est beaucoup trop ouf. C’est la même chose pour moi. C’est les enfants. Justice c’est les enfants de Daft Punk. C’est la famille, tu choisis pas. 

– Guitare ou Synthé ?
Ah la guitare. Euh non attend, je m’en fous. Attend c’est pas une bonne réponse excuses-moi (rires). La guitare, non le synthé. Des accords de guitare sur un synthé. 

– Un pho ou un grec ?
Un pho de ouf. 

– Valéry ou Giscard ?
Valéry. 

12. Une anecdote à nous faire partager ?
Non, ma vie est aussi nulle que dans les chansons. 

13. Quels sont tes indispensables musicaux ?
Alors ça bouge tout le temps. Je peux te donner des styles : le rap autotuné, l’électro française et la musique brésilienne. 

14. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug. C’est quoi pour toi un Beau Bug ?
C’est quand tu créé un truc incroyable par erreur. Tu sais, ça arrive souvent avec la musique. Des fois tu fais un truc et c’est ça qui fait que c’est ouf. Est-ce qu’on peut ramener ça à la vie ? Oui putain de merde (rires)

15. On peut te souhaiter quoi pour la suite ?
Que je retrouve mon innocence. 

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Tendrement,
Valentine de Cormis
Le Beau Bug

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