L’interview de Mokado

Aujourd’hui, ce ne sont pas des titres que vous aurez l’occasion d’écouter, mais des personnages. Fictifs, réels, terrestre ou non, à vous de le décider : Mokado vous laisse là le champ libre. À l’occasion de la sortie de son premier maxi intitulé Hatsu/Hemal, nous lui avons posé quelques questions, notamment sur sa démarche artistique et sur ce qui l’influence au quotidien.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Sylvain Bontoux, percussionniste de formation. Je suis compositeur au sein du projet Mokado.

2. Pourquoi Mokado ?
J’aimerai te dire qu’il y a une raison forte et explicable. Mais il n’y en a pas vraiment. Il y a quelques années, je réfléchissais à un nom et il est apparu comme ça. Par pur hasard, il est arrivé dans mon esprit et je n’ai jamais voulu le quitter.

3. Comment en es-tu venu à faire de la musique ?
Mon frère est guitariste et quand j’étais plus jeune, j’étais toujours intrigué de le voir jouer en groupe. Je pense qu’au début, je me suis mis à la musique pour le copier, avoir des points communs avec lui. Je me rappelle des répètes où il jouait New Born de Muse. C’était mon premier contact avec la musique « rock ». J’avais détesté ! (Haha)
Par la suite je me suis mis à la batterie en autodidacte, j’ai eu un premier groupe de musique : Blue Box, qui m’a appris beaucoup de choses sur le métier de musicien, de producteur, de manager, etc. Et me voilà !

4. Est-ce que tu composes seul ?
Le projet Mokado est un projet que je dirige seul. Je compose, j’arrange, je mixe et je réalise seul.
Parfois je me fais aider d’amis pour peaufiner les idées que j’ai en tête. Mais tout part de moi.

Tu sors aujourd’hui Hatsu/Hemal, un EP de deux titres à dominante électronique qui ne se veut ni trop dansant ni trop contemplatif.
5. Etait-ce voulu, de se placer entre ces deux ambiances ?
C’est un débat que j’ai eu pendant très longtemps. C’est un travail de tous les jours. Pendant longtemps j’ai fui le son que je faisais. Je voulais ressembler aux artistes que j’adore, alors je les copiais mais ça rendait évidemment moins bien qu’eux car ce n’était pas sincère. Au bout d’un moment, je me suis juste posé devant mon piano et j’ai composé sans réfléchir. Juste en me disant « laisse toi aller », tu verras bien qui tu es. Et voici l’EP qui en est sorti !

Une autre chose intrigue : tu décris ces morceaux comme étant non pas des titres, mais des prénoms.
6. C’est une démarche plus littéraire que musicale, est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce choix ? À quoi tu penses lorsque tu composes ?
Quand je compose, je compose tout simplement sans arrière pensée. Je ne suis pas encore dans une démarche de réflexion. Je me laisse juste aller. Et puis couche par couche une émotion ce dégage du morceau. A ce moment là, je prends du recul et je prends la position de spectateur. Je me demande : « Qu’est-ce que tu ressens ? » et à partir du sentiment qui s’en dégage toute la production du titre, la finition, va en être impacté. Comme un fil directeur.
Mais je reste un musicien. La démarche est donc toujours musicale plus que littéraire je pense. C’est les notes qui me permettent de raconter une histoire.
Choisir des prénoms c’est une façon d’appuyer mon propos et aussi d’amener de l’imaginaire. Moi, comme tout autre personne, au moment où j’entends un prénom j’ai déjà une projection qui se fait de la personne. C’est ce phénomène qui m’intéresse.

7. Naturellement viennent les questions suivantes : quelles oeuvres de littérature t’inspirent, et d’une manière générale qu’est-ce qui t’inspire ?
En toute franchise, je ne suis pas un grand lecteur. Car je trouve rarement le temps malheureusement. Mais je peux te dire que « Comme un roman » de Daniel Pennac est l’un des livres qui m’a fait aimé la littérature. J’ai aussi beaucoup lu de livres du 16ème siècle en études de lettres. Pas toujours simple, mais très enrichissant.
En général je ne dissocie pas l’image du son. C’est d’ailleurs pour cela que j’attache une grande importance à l’image dans ma musique et que le cinéma me touche particulièrement.
J’adore la cinématographique de Tom Ford (A Single Man & Nocturnal Animals) ou encore la musique de Max Richter qui amène facilement à rêver. J’aime quand les artistes laissent de la place, de l’espace aux lecteurs.

Sons dansants, voix androgynes qui se perdent en échos, nappes synthétiques… le tout accolé à des images lentes, à la fois scènes de vies et souvenirs d’un voyage passé… Hatsu semble être un grand rêveur (ou une grande rêveuse) qui se surprend à prendre son temps dans un environnement où tout va toujours plus vite.
8. Mon interprétation est-elle juste ?
Tu as bien capté l’idée !
Mais surtout, j’essaye de dire que Hatsu peut être n’importe qui. Hatsu est la personne que tu souhaites qu’il soit. Peut-être que tu seras plus touché par une personne ou par une autre. Qu’importe, ça sera ton ressenti et c’est ça qui importe. En tant qu’artiste, je ne souhaite pas trop guider les gens qui écouteront mes musiques. Quand l’EP sortira, il appartiendra à tout le monde et tout le monde pourra imaginer ce qu’il souhaite. Je donne le cadre et les règles, ensuite place à l’imagination de chacun.

On passe ensuite, après un peu plus quatre minutes, au “personnage sonore” qu’est Hemal. L’origine de son prénom est plus difficile à déterminer qu’Hatsu, cependant on devine une consonance orientale. Plus dansant mais aussi plus deep que son prédécesseur, ce qui donne toute l’intensité de ce titre est qu’il repose sur ces voix qui semblent venues des profondeurs de l’océan.
9. Est-ce que tu aurais par hasard été inspiré par Fakear, artiste qui lui aussi concentre l’essentiel de ses titres autour de voix modifiées, parfois ne s’exprimant pas dans un langage réel ?
J’ai très peu écouté Fakear. Je ne dois connaître qu’un titre de lui. Mais je vois ce que tu veux dire. Je pense surtout qu’un courant est lancé en France, et ailleurs, d’artiste qui souhaite travailler la voix comme un instrument et la déstructuré. La voix me permet de créer du lien dans mes musiques et de rajouter cette touche organique dans ma musique qui est très importante pour moi.

Je crois comprendre que tu souhaites au travers de ton projet laisser à l’auditeur la liberté de définir les identités d’Hatsu et de Hemal.
10. Cependant, est-ce que tu peux nous dire si elles sont inspirées de personnes réelles ? ou au contraire de personnages fictifs ?
Je n’ai qu’une seule chanson qui est inspirée d’une personne réelle pour des raisons très personnelles. Les autres ne sont que des projections de mon esprit. Il doit surement y avoir un peu de moi, de mon ressenti, de mon expérience dans les personnages que je conçois. Mais ce n’est pas voulu. Et c’est d’ailleurs ce qui rend tout ce concept intéressant. Ces personnages se sont autant les miens que ceux de tout le monde.

11. Quels sont les prochains projets à venir pour Mokado ?
Un deuxième clip est en route pour Hemal, une tournée aussi pour promouvoir cet EP  Hatsu | Hemal et je suis entrain de composer la deuxième face de cette histoire, le second EP qui contiendra également 2 personnages.

12. Tu es plutôt…
– Orient ou Occident ?
Occident

– Edgar Poe ou Marguerite Duras ?
Je n’ai lu aucun de leurs livres haha donc je vais tricher et rester très classique : Victor Hugo

– Electronique ou organique ?
L’un ne va pas sans l’autre, donc les deux

– Centre-ville ou bord de mer ?
Centre-ville

13. Une anecdote à nous faire partager ?
Une anecdote très triste mais belle à la fois. A la base le projet devait sortir en janvier 2017. Sauf que je me suis fait voler mon ordinateur avec toutes mes chansons. Quand j’ai du me remettre à écrire, je me suis demandé si je devais réécrire mes chansons perdues ou recommencer à zéro. J’ai décidé de tout reprendre à zéro et c’est comme ça que j’en suis arrivé à cet EP. Au fond c’est un mal pour un bien ! J’aurai presque envie de dire merci à celui qui m’a volé mon ordinateur haha

14. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug. C’est quoi pour toi, un beau bug ?
Je suis un grand fan du détournement qu’on fait les designers des pages 404 sur les sites, il y en a des vraiment belles ou marrantes ! La votre est d’ailleurs pas mal avec le petit insecte !

15. Enfin, quels sont pour toi les indispensables à avoir dans sa bibliothèque musicale ?
Rival Consoles / Weval / Superpoze / Thylacine / Gidge / Rone  / ABBA (Non vraiment je vois pas mieux en artiste pop ☺)

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Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

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