L’interview de Kazy Lambist

Kazy Lambist est sûrement l’artiste qui propose la pop électro la plus intimiste du moment. Même après plusieurs écoutes et plusieurs années, il est encore difficile de dire si sa musique relève de la dance ou de quelque chose de beaucoup plus doux, s’apparentant parfois dans la mélodie à la candeur d’une comptine.

Après de nombreux succès qui l’ont amené à évoluer dans un premier temps avec Opening Light avant de signer chez Wagram, le jeune français sort un nouvel EP, The City, à la fin février dernier. Annonciateur d’un album à paraître début juin, dénommé 33 000 FT., nous avons profité de son passage dans les locaux du label qui l’héberge pour lui poser quelques questions, à la fois sur son parcours et sur son futur musical.

 

1. Pourquoi avoir choisi le pseudonyme de Kazy Lambist ?
Alors Kazy Lambist c’est une racine hallucinogène du Burkina Faso, et j’ai découvert ça en allant là-bas. C’est les touaregs qui utilisent ça pour se soigner. Ça m’a marqué comme voyage, et je trouvais cool l’idée de « partir un peu en trip » !

Depuis tes débuts, la musique que tu composes décrit et façonne un univers bien particulier, bien à toi.
2. Est-ce que tu peux nous dire ce qui t’inspire ? Quelque chose me dit que tu t’inspires d’autre chose que de musique.
Alors globalement qu’est-ce qui m’inspire…, j’ai l’impression que c’est beaucoup de souvenirs de vacances, de nostalgie de moments de vacances. J’aime bien m’évader quand je suis dans mon studio, me remémorer des moments passés, y a vraiment ce côté « vacances ». Après, je suis passionné par l’aviation depuis petit, d’où le nom 33 000 ft. qui est une altitude, 10 000 mètres, une altitude de croisière. C’est aussi un sujet qui m’inspire beaucoup, j’ai mon brevet de pilote de planneur, c’est vraiment quelque chose que j’aime, c’est l’évasion.

Tu sors à la fin du mois de février un EP, dénommé The City, titre qui fait écho au morceau dénommé The City Is Beautiful. Ce qui est très touchant dans ce morceau, c’est que les couplets semblent faire écho à des moments de vie très joyeux que l’on savoure entre amis, et le refrain à quelque chose de beaucoup plus contemplatif, comme si le protagoniste s’arrêtait pour prendre le temps de regarder ce qui l’entoure.
3. Ai-je vu juste ? Est-ce ce que tu as essayé de retranscrire dans ce titre ?
Ah carrément ouai, j’aurais pas mieux dit ! (rires) En fait, à la base, le titre a été composé à mon retour de Lisbonne, donc c’était par rapport à la ville de Lisbonne, mais bon, ce sont des sensations qui peuvent s’appliquer à d’autres, ce sont des trucs que j’ai pu ressentir à d’autres moments. Après c’est très bien décrit c’est vrai parce que les couplets c’est plutôt des saynètes, et puis « the city is beautiful » c’est une extase d’observation, de contemplation…

Ceci dit, le titre que l’on retient le mieux à l’issue de l’écoute de l’EP, c’est Annecy.
4. C’est une ville que tu connais bien ?
J’y passais beaucoup de temps quand j’étais petit, avec ma famille, on allait au lac d’Annecy, l’été, se baigner… et puis c’est un lieu que je trouve magique, et qui me rappelle aussi un film d’Eric Rohmer, qui s’appelle Le Genou de Claire, tourné à Annecy avec un des premiers rôles de Lucchini. En tout cas c’est un lieu que je trouve magique, en plus j’avais fait du parapente au dessus, j’aime trop cet endroit.

5. Si l’on s’attarde sur les sonorités du titre, on entend des cris d’enfants en son début, ainsi que le doux son d’une guitare qui nous plonge d’emblée dans un univers intimiste…
Oui c’est une guitare électrique, et les enfants qui jouent, c’est parce qu’Annecy c’est vraiment mes souvenirs avec mon petit frère quand on jouait au bord du lac, ça me faisait vraiment penser à ça.

6. Eh bien très belle transition, parce que j’allais dire que la douceur de sa mélodie pourrait presque rappeler les berceuses pour enfant. J’extrapole un peu parce que je me perds dans mes pensées, mais doit-on voir les souvenirs comme un refuge ou comme un moteur pour aller de l’avant ?
C’est pas un rapport au passé, c’est plus un rapport à la sensation qui existe toujours et que je peux retrouver justement en m’évadant comme ça, et en créant une matière qui me permet d’y retourner. Il peut y avoir un peu de nostalgie dedans, mais c’est pas comme si je me disais « ah c’était mieux… », c’est me replonger dans des sensations que je connais, et les faire vivre plus longtemps, les faire survivre grâce à ces morceaux. Ça cristallise.

Après l’écoute de ton EP, je suis allée faire un tour sur les morceaux actuellement disponibles à l’écoute sur ton album, et j’ai été agréablement surprise de découvrir une version plus longue de Shutdown.
7. Il commence par un extrait de ce qui semble être un discours. D’où provient-il ?
C’est un scientifique, un vulgarisateur américain qui vulgarise la science, mais pas forcément dans un sens péjoratif. En fait ça m’a fait penser à quand j’étais au Canada, ils étaient beaucoup dans de la confiance en soi, ils écoutent des trucs, ça m’a toujours fasciné. C’est quelque chose comme « aie confiance en toi, tu peux le faire », et ils écoutent ça des fois en voiture ou le matin pour se donner de la force ! Et là ce qu’il dit au début, c’est « j’ai pas peur de la mort », « ce qui me fait peur c’est de mourir sans avoir accompli ce que je voulais accomplir »… bon c’était un peu ironique quand j’ai mis ça, mais ça m’a toujours fasciné, je ne sais plus comment ça s’appelle, c’est des cours de « self confidence », les américains sont beaucoup là dessus. Pour se donner de la force.

8. Quelle place ce discours a-t-il vraiment dans ce morceau ? Pourquoi l’avoir mis en introduction, surtout ? Quel est son lien réel avec le morceau ?
En fait le discours évoque la mort, en disant que de toute manière il ne faut pas avoir peur de la mort, et dans le morceau Shutdown, bon c’est un peu dark mais j’imagine un suicide, et qu’après ce suicide je trouve la paix, et le lien est peut-être là… en gros je m’imagine là haut, même si je ne suis pas du tout croyant, je m’imagine sur un nuage et je regarde le monde avec un peu de manière … pas péjorative, mais c’est vraiment prendre du recul sur les choses, faire une pause, tout arrêter, être complètement observateur et être libéré de toute cette pression, de ce tissu social, de tout ce qu’on a autour de nous. Le lien est peut-être là, avec la première pr du discours… mais en même temps il y a quelque chose d’ironique, de toute manière ce premier extrait je l’ai mis de façon ironique.

De manière générale, tu as l’art de faire des morceaux aussi bien contemplatifs que dansants.
9. Qu’est-ce que tu cherches à communiquer, voire à provoquer dans l’esprit de celui qui t’écoute ?
J’aime bien que celui qui m’écoute puisse s’approprier le morceau, et donc ne pas mettre trop de balises, ne pas trop fermer le message, justement, laisser pas mal d’ouverture. Au début je faisais même des morceaux qui ne voulaient rien dire, Headson, que j’avais fait, les paroles ne veulent vraiment rien dire, mais j’aime bien le fait que encore maintenant les gens m’en parle, les gens connaissent les paroles pendant le concert, et je me dis dans leur tête, pour chacun ça a une signification, ils se sont fait un film par rapport à ça, et je leur ai pas dit quoi penser par rapport à ce morceau, je ne leur ai pas dit ce que je voulais dire, c’est juste une émotion que je fais passer par le morceau. Du coup c’est libre d’interprétation pour les gens, et je trouve ça très cool que les gens s’approprient les morceaux, c’est plutôt mon but, plutôt que d’aller délivrer un message… c’est plutôt livrer une émotion, partager un sentiment, et puis si les gens peuvent y retrouver quelque chose, c’est cool.

Cet univers, on le retrouve également dans ton premier album, album qui paraîtra en juin. Sans trop entrer dans les détails, ce dernier fait l’objet d’un véritable voyage dans lequel aucune des villes traversées ne se ressemblent.
10. L’esprit de cet album, tu l’as résumé en l’appelant 33 000 FT., soit l’altitude à laquelle un avion atteint sa vitesse de croisière. Peux-tu nous en dire plus sur ce titre ? L’avion revêt-il une symbolique particulière pour toi ?
Comme je te disais, la symbolique de l’avion c’est que ça m’a toujours passionné, et puis que ça va avec l’idée d’emmener les gens ailleurs, de créer un voyage. Ce qui m’intéresse, c’est l’inverse d’une musique consciente, enfin à propos conscient, c’est vraiment de permettre aux gens de s’égarer, de se perdre, de partir un peu ailleurs. c’est pour ça, Kazy Lambist c’est un nom qui évoque pas grand chose aux gens  et donc ça laisse vraiment le flou. Je chante en anglais parce que ça me permet de quitter mon quotidien en français, et 33000.ft c’est cette altitude qui permet de pas prendre du recul mais de perdre pied.

J’imagine que la tournée qui accompagnera le lancement de cet album va te faire beaucoup voyager.
11. Quel est le concert qui jusqu’à présent t’a le plus marqué, et pourquoi ?
Je dirais peut-être la Maroquinerie, c’était l’année dernière… non il y a deux ans… c’était le 5 juillet 2016. C’était la dernière date de cette période là où on avait vachement surfé sur le titre On You, et après ça je suis parti en composition de l’album. À cette période on a fait plusieurs concerts qui étaient très bien, mais on a fait aussi Hello Birds à Etretat, un festival qu’on a vachement aimés… on a joué sur un bateau, tous seuls une semaine à Marseille, et c’était top, la mer était un peu déchainée, on se tenait pour jouer, le bateau était plein… c’était trop bien !

12. Dans le même esprit, quelle est la rencontre qui t’a le plus marqué durant ta carrière musicale ?
C’est compliqué ça… je dirais la rencontre d’Amoué et Amaury avec qui je joue en live !

13. Quels sont tes coups de coeur musicaux du moment ?
Un groupe qui s’appelle Midnight Sisters, que j’ai découvert récemment et que j’écoute beaucoup. Dans la même veine un groupe canadien qui s’appelle MEN I TRUST. Les deux c’est pour le coup très pop, ça fait pas longtemps que j’écoute de la pop mais j’aime beaucoup. Après, pour s’ambiancer, j’ai découvert à New York un DJ new yorkais qui s’appelle Eli Escobar, un peu dans un délire Kaytranada que j’aimais beaucoup. Et puis Pool Side, que j’aimais déjà beaucoup, ils ont sorti un album que je trouve pas mal, surtout le morceau Drifting, qui est à la fin de l’album ! Mount Kimbie, toujours… je sais pas ! (rires)

14. Enfin, notre magazine s’appelle Le Beau Bug, c’est quoi pour toi, un beau bug ?
Vous m’avez déjà posé la question ! (rires) En plus je suis allé sur Le Beau Bug hier je crois, et j’ai vu ce que j’avais répondu, j’aurais pas dû relire. Et j’me suis dit c’était bien comme réponse ! (rires)
Qu’est-ce que c’est pour moi un beau bug… pour changer je vais dire que c’est un beau coléoptère qui rentre dans une machine électronique et qui met le bordel dans les circuits électriques et qui crée un son auquel on s’attendait pas du tout mais qui défonce !

Retrouvez Kazy Lambist sur les internets :
Facebook
Twitter
Instagram
Youtube

Et retrouvez l’interview que nous avons réalisée quelques années plus tôt ici-même.

Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

onze − cinq =