L’Interview de Jon Malkin

D’une mère Tunisienne et d’un père Hollandais, ayant vécu lui même entre Angers, Nice et Paris, Jon Malkin est un artiste curieux et entier.
Violoncelliste à 5 ans, DJ à 15, il écrit sa première chanson à 16 ans. À 29 ans il gagne les Paris Jeunes Talents. Cette multi-culture, il s’en est inspiré pour son album invitant au voyage : Electric Steam est une expérimentation mêlant pop, funk et hip-hop, jusqu’à des accents world et electro sortie le 30 Mars 2016. Son chant espiègle, et ses textes empreints de paradoxes font de lui un personnage mystérieux et sensuel, c’est pourquoi on a voulu en savoir un peu plus.

1.Peux tu te présenter en quelques mots ?
Salut, je m’appelle Jon. Je suis une sorte d’artisan musical et chercheur de paradoxes. Mais avant tout fan de musique.

2. Jon Malkin c’est un nom de scène ? Si oui, pourrais tu nous raconter ?
C’est bien un nom de scène, une sorte d’emblème et de grigri à la fois. Jon, c’est comme ça que tout le monde m’appelle, parce que je m’appelle Jonathan. Malkin, c’est le pseudonyme de mon grand père paternel, que j’ai toujours considéré comme mon ange gardien.


3. Ton premier album « Electric Steam » est sorti en début de ce mois, peux tu nous dire quelques mots dessus ?
Tout les morceaux nous ont vraiment marqué, autant dire que c’était une très belle découverte pour nous.
Merci ! Electric Steam représente une collection de morceaux étalés sur presque 15 ans de ma vie. De Music is a Test écrite en 2000 à Piece by Piece composée en 2014.
Cet album c’est l’idée que si « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Lavoisier), alors nous ne sommes principalement que des petites vapeurs électriques qui s’envolent quand elles meurent et deviennent autre chose. La mer, un orage, un autre être vivant… J’ai cette sensation quand je regarde le public à un concert. C’est une idée qui m’apaise beaucoup.

Connaîs toi toi-même et tu connaîtras tous les hommes

4. Quand on écoute ton album, on se rend compte qu’ « Electric Steam » raconte l’histoire d’une vie et quand on l’écoute on ressent beaucoup d’émotions. C’est de ta vie dont il est question ?
Je pense que oui mais je n’en suis plus vraiment certain… Quand j’ai fait Dad par exemple, c’était si intime et personnel que je n’osais pas la jouer en public au départ, des amis m’ont inciter à le faire ensuite, et j’ai eu bizarrement la surprise de découvrir que c’était aussi intime et personnel pour le public que pour moi. Beaucoup de gens m’ont écrit ou sont venus me parler de cette chanson, de leur propre père, et j’ai compris à ce moment là qu’en regardant en dedans on pouvait se projeter au dehors, toucher l’esprit de tous, une sorte de « Connaîs toi toi-même et tu connaîtras tous les hommes » très organique.

Quand on chante on est plus prisonniers du langage et de ses règles habituelles, de la même façon qu’on n’est plus enchaînés à ce que l’on est ou à ce que l’on croit être. L’égo fond légèrement et l’on découvre autre chose. On communique via l’émotion, et on jongle avec. Je peux être contradictoire, mélanger les temps et pourtant on comprend ce qui se passe.

Je parle de ma vie dans ces chansons, c’est comme un film que je revis à chaque fois que je les chante oui, mais je parle avant tout de situations que je cherche à résoudre. C’est ma façon de réfléchir à une situation. Je me suis construit comme ça, et jusqu’ici tout va bien !

5. Comment décrirais tu ta musique ? tes inspirations ?
Je pensais la résumer comme de l’Electric Soul. C’est à mon avis une bonne étiquette  pour  expliquer le son que nous avons créé avec Jérôme Goldet et Rodrigo Viana (mes deux acolytes avec qui nous avons réalisé ce disque). On invente à priori rien, mais on agence différemment. C’est comme une sorte de son French Touch à la sauce vintage, car jouée avec des vrais instruments. On passe de l’électro à l’electric du coup.
Au niveau des inspirations, les chanteurs qui m’ont marqués le plus sont Jeff Buckley, Bob Dylan, Janis Joplin, Bob Marley, Mick Jagger et Björk. Lhassa plus récemment aussi. J’adore aussi Prince, Sade, Michael Jackson et Stevie Wonder. J’ai beaucoup écouté Tricky et Jamiroquaï plus jeune, je cherchais une sorte d’équilibre entre ces deux mondes.

6. Tu es Français, mais tu chantes uniquement en anglais, pourquoi ?
J’ai toujours adoré les musiques chantées en anglais, j’en écoute beaucoup plus que de la musique en français. J’adore aussi, mais elle ne stimulent pas la même chose en moi. J’ai toujours aimé parler anglais, ma mère était professeur d’anglais et du coup dès l’enfance j’ai voulu essayer de le parler.
Puis, je me suis mis à le parler avec mon père aussi, ce qui était plus simple pour lui car il n’est pas français. J’ai aussi pas mal de famille à l’étranger et nous parlons anglais également. Malgré tout, peu de gens le savent mais j’ai commencé à chanter en français au tout début.
Et puis au final, j’ai senti que ce n’étaient pas le même instrument en bouche selon la langue. Chaque langue a sa propre attitude et façon de penser. Ce n’est pas la même matière, c’est comme peindre à l’aquarelle ou avec de la peinture à l’huile. On a pas les même sensations.

7. Maintenant que ton album est sorti, tu as des projets ? Une tournée ? Un second album en préparation ?
Un peu de tout ça. En fait, c’est d’abord cet album qui va créer des opportunités ou non. Pour l’instant je tourne en solo, pour faire connaître le projet. Si le public est au rendez-vous je continuerais avec d’autres musiciens pour emmener cette histoire un peu plus loin.

Concernant un 2e album, j’ai déjà pas mal de matière et d’idées qui m’excitent  beaucoup !

8. Une petite anecdote marrante du groupe pour le Claque Son ?
Alors… OK je balance: Rodrigo ronfle très fort quand il pique une sieste, sauf quand il y a une femme qui entre dans la pièce d’un coup, là il est capable de se lever d’un bond avec un grand sourire et même de dire bonjour. Réflexe de latin lover (il est brésilien). Il imite aussi Louis Amstrong à la perfection. Jérôme, quant à lui, est le meilleur chanteur en yaourt de tous les temps (il fait semblant de chanter anglais mais invente les mots), et on sait qu’il aime un morceau quand il commence à improviser une chorégraphie dessus, qui en général tient du show télé à l’américaine avec feux d’artifices et danseuses. Désolé les gars ! Mais ce sont de beaux souvenirs !

9. Qu’est-ce qu’un « beau bug » pour toi ?
J’ai qualifié Bag into Bag de Bug informatique pendant un moment. Cette chanson était un peu maudite, on a du faire 11 ou 12 versions différentes avant de trouver un truc qui me plaise, on a perdu 2 fois la session finale et on a du recommencer entièrement l’arrangement 3 fois le même jour ! Même au mix, la session a planté un moment j’en avais des rires nerveux. Le titre est ensuite sorti une heure avant les attentats de Charlie Hebdo, et le clip avait été planifié le jour de la marche commémorative. C’était difficile de continuer à y croire, autant te dire que le Bug était total autours de ce titre à tous les niveaux!
Mais c’était quand même un beau bug au final, puisqu’on a été diffusé par plusieurs radios, et qu’on a même eu le plaisir d’en improviser une version avec -M- qui était passé au studio de Jérôme une fois:
J’étais en train de jouer et de tenter des choses avec le groupe, j’avais une grosse mousse isolante devant le visage, puis je vois vaguement entrer quelqu’un pendant qu’on enregistrait, je jette un coup d’oeil, c’était lui. J’étais tellement surpris de le voir là, c’est une personne adorable, très douce, et un musicien d’une rapidité et d’une intelligence remarquable j’ai beaucoup appris en le regardant faire. C’était un rêve de gosse de le rencontrer et de discuter avec lui, il est passé quelques fois et sa présence nous a tous fait beaucoup de bien.

10. Quels sont les indispensable à toujours avoir dans ton iPod ?
De la batterie déjà, ce qui n’est pas toujours donné à notre époque. Et je dirais qu’il faut un « rinceur d’oreille » pour les moments ou on a besoin de rebooter son écoute. Pour moi ce serait Rubinstein qui joue Chopin au piano solo. Satie c’est bien aussi.  Des classiques Motown et Stax Records, une playlist planante pour les moments à deux, une plus dansante pour les soirées entre amis. Attention si on inverse les 2 playlist(s) on peut passer des moments étranges avec ses amis. De la World, j’ai besoin d’avoir Fela Kuti et Ray Lema avec moi.  De la musique brésilienne, Tim Maïa, Edu Lobo pour n’en citer que 2. Du Jazz, Chet Baker par exemple ça fait du bien par où ça passe. Alabama Shakes, j’écoute aussi pas mal les recommandations Pitchfork, James Blake, Mac Demarco, Blood Orange. Ceux que j’ai cité aux questions plus haut, chacun ses classiques. Allez il faut assumer aussi son côté Hypster avec de l’électro du moment, j’aime bien Chet Faker, Flume, Kaytranada, FKJ, La fine équipe, et pas mal de beatmakers que je découvre sur  Le Mellotron. Cosmic Zulu plus récemment aussi. J’adore Prefuse 73 depuis longtemps. Du Hip Hop, 2Pac,Notorious Big et plus récemment Kendrick Lamar. J’aime aussi Roots Manuva et le hip hop british. De la Soul, y’a un vrai renouveau en ce moment là dessus, Sam Cooke ou Otis Redding restent les bases. Personnellement j’adore Nat King Cole et Mahalia Jackson qui est elle Gospel. J’aime beaucoup les musiques très acoustiques aussi, José Gonzales, Kelly Joe Phelps, Bon Iver, Jonathan Wilson. J’aime beaucoup la musique du Cap vert Cesaria Evora bien sûr, mais aussi Bino Barros et Carlos Lopez qui ont réalisé leurs albums à Paris avec le talentueux Matthieu Eskenazi. On connaît moins les chanteurs Capverdiens que les chanteuses et c’est dommage ! Bref, je pourrais vous faire des listes et des listes, c’est sans fin. Ça dépend de ce que vous aimez, c’est bien de creuser les influences des artistes qu’on aime, ça ouvre beaucoup de perspectives nouvelles. Et puis il faut faire des expériences, écouter des musiques très éloignées de sa réalité, des musiques pygmées, du jazz éthiopien, de la musique indienne (5000 ans d’histoire ça mérite le coup d’oeil!) par exemple.

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Tendrement,
Le Beau Bug.

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