L’interview de Joël Moens de Hase

Entre le romantisme et l’érotisme, parfois il n’y a qu’un pas. Et parfois, les deux ensemble, ça donne un résultat très intéressant. En utilisant la photomosaïque, l’artiste belge Joël Moens de Hase réalise cet exploit de réunir sur la même composition des images de courbes féminines, qui forment, ensemble, un visage, un symbole, ou une femme… Joël Moens de Hase exposera à la Melting Art Gallery, à Lille, à partir du 14 juin, et à la galerie Liehrmann, à Liège, à partir du 17 août. Il nous parle aujourd’hui de son travail.

1.Peux-tu nous expliquer ce qu’est la photomosaïque ?

La photomosaïque est une technique d’expression artistique.   L’œuvre est constituée d’une part d’une grande photo, une photo « phare », qui est elle-même constituée de milliers de petites images de format identique. Avant toute chose, c’est la grande photo qui ressort et lorsqu’on s’approche on peut distinguer les petites photos qui constituent la grande.  Chaque photo de la mosaïque est une image en soi.

2.Combien de temps mets tu pour la réalisation complète d’une œuvre ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre de façon précise.  Il s’agit plutôt d’un processus qui chemine vers l’œuvre finale et qui peut prendre du temps.  Il faut l’inspiration qui découle elle-même de la réflexion, plus ou moins longue selon les œuvres. Cela peut prendre des semaines voire des mois. Ensuite, il faut mettre en œuvre cette inspiration :  la mettre en scène afin de faire des shootings les plus aboutis possible.   Pour une œuvre exposée, il y en a 50 que je jette à la poubelle car je veux que le résultat final soit parfait.  Pour répondre à votre question je dirais que tout le processus prend quelques mois. Mieux vaut que je ne compte pas mes heures sinon la raison me dicterait d’arrêter.

Joël Moens de Hase, Surprise

3.As-tu toujours fait de la photomosaïque ou t’es-tu déjà essayé à d’autres formes d’art ?

Je n’ai pas toujours fait de la photomosaîque.  J’ai eu l’idée de cette forme d’art il y a de cela une petite dizaine d’années lorsque j’ai perdu mon atelier lors d’un déménagement.   J’ai canalisé mon inspiration toujours en ébullition de façon différente en la dirigeant vers la photomosaïque.  Avant de me consacrer à la photomosaïque, et d’ailleurs encore toujours maintenant lorsqu’il m’arrive de trouver du temps, je faisais de la penture abstraite et de l’art conceptuel et engagé.

4.Te considères tu plus comme un artiste du pointillisme ou comme un professionnel de la photographie ?

Pour moi cela n’a pas beaucoup d’ importance.  Les spécialistes me disent être dans le pointillisme mélangé au pop-art. Quant à moi, j’essaie de faire du beau, de l’original qui interpelle et qui fait sens.

Mes œuvres sont le résultat d’une combinaison de différents outils contemporains : la photographie digitale, l’ordinateur, les logiciels et internet.

Joël Moens de Hase, 1001 Nights

5.Tu associes généralement une image romantique en avant plan à des images plus sensuels en arrière-plan, comment fais-tu le lien entre les images du fond, et l’image générale ?

Le sens de l’esthétique est très important pour moi.  La grande image doit avant tout être belle et donner du sens.  Les petites culottes en arrière-plan sont un clin d’œil mais pas que.  Chaque œuvre est bien plus qu’une jolie photo constituée de petites culottes.   Chacun peut y trouver une histoire, son histoire ?….

Au premier coup d’œil cela fait sourire, mais à y regarder de plus près chacun peut y trouver une histoire, s’y retrouver.

6.La femme est ton sujet principal, pourquoi avoir choisi des images de formes féminines ?

Mon œuvre est une ode à la femme.  Celle-ci est centrale dans mon œuvre.  Elle est élégante, sensuelle, mystérieuse et forte. Mon travail reflète le rapport de puissance homme/femme, l’émancipation de la femme et la liberté sexuelle de la femme. J’ose les petites culottes et les formes féminines.  Elles sont témoins de la femme bien dans ses baskets, forte et consciente de ses pouvoirs. J’ai beaucoup d’admiration pour les femmes.  Je les trouve sensibles, intelligentes et elles rehaussent le niveau de nos sociétés.

Joël Moens de Hase, Expression

7.Ton travail a-t-il un rapport avec la condition des femmes dans le monde ?

Oui il y a un rapport.  Je veux montrer une femme libre, consciente de son pouvoir. Je veux combattre l’obscurantisme, encore et encore.

Joël Moens de Hase, Expression

8.Quel est ton mode opératoire pour trouver toutes ces images de femmes ?

Être artiste ! Avoir de l’inspiration, de la créativité et puis la mise en œuvre par une maîtrise parfaite des outils médiums que j’utilise.

Quant aux petites culottes, elles viennent toutes de l’internet, téléchargées à partir de sites sages et moins sages, puis rognées pour ne garder que le sujet qui nous occupe.

9.Gardes tu les images d’origine ou y ajoutes-tu une modification dans les couleurs par exemple ?

Les images sont d’origine.  Cela rend les choses plus difficiles mais aussi beaucoup plus réussies.

Joël Moens de Hase, Eye

10.Les images en arrière-plan sont-elles absolument toutes différentes ou reprends-tu, parfois les mêmes images d’une œuvre à l’autre ?

Les images en arrière-plan sont absolument toutes différentes. Une œuvre est constituée en moyenne de 7.000 à 20.000 petites photos, toutes différentes.

Dans une même série, nous pouvons retrouver des photos déjà utilisées mais les œuvres seront toujours différentes dans leur ensemble.

11.Y a-t-il un lien, dans ton travail, avec l’évolution du numérique et la grande pluralité d’images qui entoure notre quotidien ?

La prolifération d’images dans notre société  a été un de mes premiers moteurs de travail et d’inspiration.

La mosaïque représente la profusion de photos auxquelles nous sommes constamment confrontés.  En même temps, la photo de base qui apparaît lorsqu’on regarde l’œuvre de loin, représente le cadrage essentiel pour ne pas se perdre dans l’énorme qualité d’images auxquelles nous sommes soumis en permanence.

Joël Moens de Hase, Ready

12.Il y a un certain effet de surprise quand on se rapproche de tes œuvres, c’est également ton intention ?

L’art contemporain doit être “out of the box”, original et avant tout interpeller. Le but est atteint avec les petites culottes. Sans provoquer, elles ne laissent pas indifférents et interpellent.  C’est mon but.

Joël Moens de Hase, Ready

13.Tu exposes parfois de façon individuelle, et parfois sur des expositions collectives. Travailles-tu en collaboration avec d’autres artistes ?

Non, je travaille seul. La plupart des artistes sont des solitaires.  Je le déplore mais c’est ainsi.

Joël Moens de Hase, Adoration

14.Tu exposeras d’ailleurs à Lille à partir du 15 juin à la Melting Art Galery, qu’est-ce qu’on y trouvera ?

Que du beau et plein de sens.  Il faut venir voir !

15.Quels sont tes projets ?

Je suis toujours en recherche et je continue à tester de nouvelles choses. Le lenticulaire me tente.  Je travaille sur de nouveaux catalogues et livres, aussi sur des surimpressions …. J’ai envie d’évoluer et je reste attentif à ce qui m’entoure.

Joël Moens de Hase, Miami

16.Notre magazine s’appelle Le Beau Bug, qu’est-ce que c’est pour toi un beau bug ?

Je trouve le titre de votre magazine amusant et interpellant. Bravo de mettre le bug à l’honneur plutôt que de l’éviter. Je pense que les bugs sont indispensables. Ils nous bousculent, peu importe les domaines dans lesquels ils font surface. Ce sont des choses non prévues et non prévisibles qui mettent du sel dans notre quotidien et plus, nous font réfléchir à leur beauté, à leur difficulté, à notre façon de les intégrer ou de les surmonter. Le plus grand bug c’est la vie elle-même.  Et n’est-elle pas belle ?

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Tendrement,
Jeanne Bailly
Le Beau Bug

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