L’interview de Bellaire

Laura Parize

Dans le milieu de la house, un jeune artiste a très rapidement su se faire remarquer grâce à un style jazzy et soul propre à lui. Il ne suffit alors que de quelques notes jouées au clavier, au saxophone ou encore au xylophone sur fond de house pour reconnaître la patte de Bellaire. A l’âge de 20 ans seulement, il signe Framework, sa seconde sortie sur son propre label AOC Records. Nous en avons profité pour en savoir plus sur son parcours et son projet musical autour d’une conversation.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Jean, j’ai 20 ans et je fais de la musique.

2. Pourquoi avoir choisi le pseudo Bellaire ?
Comme tout le monde je n’avais pas vraiment d’inspiration. J’étais avec des potes, j’ai tapé « noms de rues de paris » sur google et je suis tombé sur Bellaire, c’était le plus joli nom du coup je suis resté sur ça. On me demande souvent s’il y a un rapport avec le Prince de Bel’air et c’est assez drôle parce que j’ai presque découvert le Prince de Bel’air après finalement.

J’ai cru comprendre que tu avais eu un parcours musical assez classique.
3. Tu peux nous en parler ?
Alors j’ai fait 10 ans de solfège dans une petite école de musique, où j’ai appris la clarinette puis au lycée j’ai découvert des mecs qui jouaient du saxo, j’ai vraiment adoré du coup je me suis motivé à me mettre au saxo. J’ai vite commencé à faire un peu d’impro, à enregistrer du saxo sur des morceaux et de fil en aiguille, à faire mes propres compos. Tout vient de là.

4. Cette envie de faire de la musique est-elle venue de ta famille ?
Totalement ! Mes grands frères écoutaient pas mal de musique et m’ont fait découvrir le hip hop quand j’étais petit. Et c’est grâce à ma famille que j’ai continué le solfège parce que ce sont eux qui m’ont motivé alors que ce n’était pas forcément plaisant mais ça m’a permis de travailler l’oreille musicale et d’aimer un peu tous les styles de musique.

5. A quel moment t’es-tu décidé à vivre de la musique ?
J’ai toujours cru être quelqu’un de très scolaire, la musique n’était donc qu’une passion pour moi. Mais en fait quand t’as une passion qui te prend autant de temps au quotidien et que tu peux commencer à en vivre, la question ne se pose même pas. Je n’y ai jamais vraiment pensé, juste un moment je me suis dit c’est ça que je veux faire de ma vie en fait. Et puis en vrai même si ce n’était pas réalisable, j’avais cette idée en tête depuis très longtemps.

Le jazz, la funk, la disco et le hip hop sont diverses influences que l’on retrouve dans nombre de tes tracks et notamment dans celles de ton dernier EP.
6. Comment parviens-tu à mêler toutes ces influences musicales ?
Quand je compose je ne me dis pas « ok je vais faire un morceau de ce style là en particulier ». Juste j’écoute de la musique toute la journée, je vais chercher des morceaux jazz, hip hop ou disco que j’aime bien pour en prendre la partie que je pense pouvoir retravailler moi-même. C’est à partir de ce petit bout de musique que j’essaie d’en faire derrière un son à part entière. Par contre, cela reste simplement une base mélodique qui va me permettre d’avoir plus d’idées pour faire quelque chose de vraiment différent. Si j’ai l’impression de ne pas changer l’atmosphère de la musique originale ou de juste carrément voler le son, ça ne va pas m’intéresser. Et justement avec le nouvel EP, j’ai essayé de m’inspirer d’un peu de tout, même si je pense que ce sera plus un peu soul, avec plus de voix et de mélodies qu’avant.

Ton nouvel EP dévoile de nouvelles facettes de ta palette musicale qui semblent orienter tes tracks vers un style bien plus adéquat au dancefloor.
7. T’orienterais-tu plus vers des sons de club ?
J’avais vraiment envie d’avoir quelque chose que je pourrais moi-même jouer en club ou que d’autres personnes pourront jouer s’ils aiment bien. Alors que le premier EP que j’avais sorti était beaucoup plus à écouter chez soi tranquille en apéro avec des potes. Ce n’est pas pour autant que je m’oriente essentiellement vers du son de club. C’est vraiment un EP où j’avais envie de faire ça pendant un moment. Même si les prochains projets garderont ce format club, ils seront beaucoup plus tournés vers du live, avec plus d’instruments.

Framework, ça veut dire structure en anglais. 
8. Peut-on dire que tes cinq nouvelles tracks structurent ton style ?
C’est un peu abstrait. En fait j’avais le thème de l’enfance en tête et je me suis dit que cet EP c’était un peu un concentré de toutes mes influences dans un projet. Si on me demandait de me définir musicalement, je donnerais cet EP là.

Tu sors la majorité de tes projets sur ton propre label AOC records.
9. Comment as-tu été amené à le créer ? Souhaites-tu tout de même continuer à collaborer avec d’autres label comme tu as pu le faire avec De La Groove ?
Avec des potes on avait un autre label qui s’appelait Le Comptoir Auditif sur lequel on avait lancé un ancien projet hip hop (Boubou). Ce label était très éclectique. On avait du hip hop, du rap mais aussi de l’électro. Quand j’ai commencé à lancer le projet Bellaire, on a juste décidé d’avoir vraiment un label à part, où on pourrait juste faire ça entre nous.
J’ai quand même toujours des projets en cours avec d’autres labels, notamment quand j’ai des morceaux assez atypiques qu’on n’a pas forcément envie de sortir sur le label. Par exemple j’ai fais une collab avec Chat Noir Distribution pour une compilation de plein d’artistes house français.

Tu as donc eu des débuts musicaux plutôt orientés hip hop, avec ton projet Boubou.
10. Qu’est-ce qui t’a fait passer à la house ?
Alors cette histoire est marrante. Ce n’était pas du tout prévu. Tout s’est fait en soirée avec mon meilleur ami. Il écoutait de la house depuis quelques années alors que moi je ne m’y connaissais pas du tout. Un soir, il m’a donc proposé de faire un son house pour rigoler, je me suis lancé, j’ai adoré le faire et je l’ai sorti.

En fait ça s’est fait naturellement, sur un coup de tête mais ça m’a tellement plu que je n’ai pas arrêté depuis.

Tu as eu un succès assez rapide et assez tôt.
11. Saurais-tu l’expliquer ? Comment un jeune de 20 ans le vit-il ?
Je ne saurais pas vraiment l’expliquer. Juste quand je regarde un peu les autres producteurs qui commencent à marcher, je remarque qu’il y a vraiment cette culture du sample qui revient. Je ne dis pas que le sample n’a jamais existé mais quand tu regardes des gars comme Mall Grab qui remettent un peu de hip hop dans les morceaux ça fonctionne et c’est super !
Pour moi après ça ne change pas vraiment grand-chose. En fait, la house c’est un milieu où quand tu fais de la musique, c’est pour la musique. Ce qui est génial c’est que quand je parle aux gens c’est toujours pour parler de musique. Il n’y a pas vraiment de hiérarchie, tu ne te dis jamais « un tel est plus connu qu’un tel ». Du coup ma vie n’a pas changé, je fais juste plus de concerts et ça c’est cool (rires).

12. Comment gères-tu ta relation avec ton public ?
J’adore échanger avec les gens, écouter leur ressenti, parler de musique. Quand on fait des commentaires sur ma musique forcément ça me permet de m’améliorer mais c’est surtout quand on me propose de nouvelles musiques ça permet de m’élargir et de me donner de nouvelles idées finalement. Les gens sont pour moi une véritable source d’inspiration. Mais après je fais avant tout ce que j’aime. Je pense qu’il faut faire de la musique pour soi. C’est la règle numéro une. Si les gens aiment c’est tant mieux s’ils n’aiment pas, tant pis.

13. Gardes-tu des liens avec la scène lilloise ?
Oui, j’y tiens énormément. Depuis que je suis arrivé là, j’ai découvert beaucoup plus la house, notamment grâce à des mecs comme Vinyl Dealer. J’ai découvert une véritable culture. Et puis à Lille je m’y sens bien, je pense rester là encore longtemps.

14. Déjà deux EP sortis, tu penses passer au format album pour la suite ?
Carrément, mais c’est une approche tellement différente. Un EP c’est plus un enchaînement de titres que t’as bien travaillé. Alors qu’un album c’est une consécration, j’ai vraiment envie d’attendre le bon moment. J’ai envie que ce soit le projet dont je suis le plus fier donc ça va prendre du temps mais ça va se faire c’est sûr.

15. Tu es plutôt…. ?
– Studio ou scène ?
Studio mais chez moi

– En solo ou B2P ?
Solo

– Club ou festival ?
Festival

– Slip ou caleçon ?
Caleçon

16. Une anecdote à nous faire partager ?
Lors de ma première date house à la Concrète, mon pote Georges voulait venir me voir. Quand il est arrivé devant les videurs un peu trop bourré il pouvait entendre de dehors le son que je passais et c’était justement le sien. Il eu beau dire aux videurs qu’il me connaissait et que j’étais en train de passer un de ses sons, ils n’ont rien voulu entendre et il s’est fait recalé à l’entrée. Niveau seum on est sur un bon level (rires).

17. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug, c’est quoi pour toi, un beau bug ?
En anglais je crois que c’est une coccinelle, du coup pour moi c’est une jolie coccinelle. Voilà.

18. Quels sont pour toi les indispensables à avoir dans sa bibliothèque musicale ?
Il faut avoir James Brown, parce que ça passe toujours bien, les Beatles et du jazz, n’importe quel jazz, parce que ça passe toujours bien aussi.

Retrouvez Bellaire sur les internets:
Facebook
Instagram
Soundcloud

Tendrement,
Chloé Quelennec
Le Beau Bug

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    cinq − trois =