L’interview de Balm

Le groupe Balm sortait son deuxième EP Basement Tales en juin dernier. À cette occasion, nous avons discuté avec Valentin et Kevin, deux des quatre membres du groupe. Les deux copains nous en disent un peu plus sur leur projet rock progressif, travaillé, puissant et subtil.

1. Vous pouvez vous présenter, vous et votre rôle dans le groupe ?
Valentin : On est Valentin et Kevin, on fait partie du groupe Balm, on est 4. On est un projet français basé sur Paris, d’indie Rock. Au sein du projet, Kevin est pianiste, il fait les synthés, les pianos et les backs en voix. Et moi je fais la voix lead et les guitares. 

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“La musique adoucit les moeurs”

2. Votre nom c’est Balm, pourquoi ce nom ?
Kevin : C’est un peu une blague, un clin d’oeil (rires). On va dire que c’est quelque chose qui nous relie, c’est un clin d’oeil au lieu où on s’est rencontré. On vient du 92, de Rueil Malmaison et donc c’est un clin d’oeil à un personnage un peu mythique de la ville. Ça sera pas très parlant (rires). Mais il y a aussi toute la la symbolique du baume parce que Balm c’est baume en anglais et pour moi c’est un peu l’idée de la phrase : « la musique adoucit les moeurs ». Il y a le côté un peu doux et réparateur du baume. Quand t’écoute de la musique c’est aussi à un moment que tu as besoin de passer du baume. Donc la symbolique pour moi elle fonctionne pas mal même si à la base c’est une connerie. 

3. Comment votre groupe a vu le jour ?
Valentin : Alors c’est très marrant parce que Kevin et Pierre (qui est le batteur) ont eut beaucoup de projets musicaux et en fait je les croise à un festival et je leur demande où ça en est pour la musique. Et puis très rapidement, on s’est dit qu’il fallait se faire une petite journée de musique ensemble et on s’est rejoint chez Pierre. Très vite ça a bien marché, on a voulu créer un projet, on s’est dit pourquoi pas. Et c’est après qu’il y a Martin, le bassiste du groupe qui nous a rejoint. Et c’était super intuitif on a tout de suite composé, on a fait des trucs. On est venu avec chacun nos compositions d’avant, de maintenant, voilà c’est aller très vite. Et maintenant ça fait 3 ans qu’on traine ensemble et c’est très cool. 

Kevin : On a pas le même âge dans groupe, on est deux à être un petit peu plus âgés et deux un peu plus jeune. Et c’est vraiment par affinité d’univers musicaux. Avec Valentin on a un petit peu d’années d’écart mais on a toujours été assez proches musicalement parlant. C’est un peu la génération des petits frères, donc on avait des occasions de se croiser et d’avoir déjà vu un peu ce qu’il faisait musicalement et il y a vraiment eu cette connexion d’univers musicaux semblables. On est tous bercés par les mêmes choses même si après on a des influences qui peuvent diverger un peu. Donc voilà c’est vraiment le socle musical commun et la mayonnaise a vachement pris.  

Valentin : Et on se connaissait d’avant aussi. Pour s’être croisé plusieurs fois, à des évènements musicaux ou pas, les petits frères, les grands frères, les soirées. Et là on s’est rejoint juste par envie de faire de la musique. 

4. Comment vous organisez-vous pour composer ?
Kevin : Ça a pas mal évolué entre le premier EP qu’on a sorti en décembre dernier et celui qu’on a sorti là six mois plus tard parce que forcément quand tu créé un groupe il faut commencer avec des petites choses qu’on amène chacun et on construit un peu autour. C’était un peu le cas pour le premier, on est arrivé avec des idées chacun et on a commencé un peu à composer ensemble. Là sur le deuxième, c’est vraiment un processus de création où on fait très ensemble. D’ailleurs la plupart des morceaux ont été composé assez instinctivement et assez rapidement. Globalement, là où va le groupe aujourd’hui, c’est plus un processus de création commun. C’est très classique, on jam, on arrive avec des idées, il y a une rythmique qui nous fait un peu marrer, une ligne de basse, quelque chose, un piano voix et puis après on compose autour.

“Colorblind, colorblind, colorblind”

5. Le premier single de l’opus c’est Pair of Glasses. Pourquoi ce morceau ?
Valentin : Alors musicalement c’est tout ce qu’on vient de dire. C’est typique jam, on arrive en répet’, tout de suite on trouve un truc super sympa et on compose là-dessus. Ensuite c’est plutôt moi niveau texte qui m’y suis penché. J’avais une idée en tête. Je sais même plus comment ça m’est venu mais l’idée c’était d’avoir un objet. C’est complètement métaphorique, mais d’avoir un objet qui pourrait supprimer les différences qui nous séparent. Donc l’idée que chacun pourrait avoir une vision du monde différente et puis le fait de pouvoir attraper les lunettes de son voisin, de voir comment lui il voit, comment il comprend les choses. Donc le texte parle de ça. 

Kevin : C’est le premier morceau qu’on a composé au sortir du premier confinement et on s’était pas vu physiquement depuis trois mois. Du coup quand on s’est vu il y a une espèce de bulle créative où en deux jours on a pondu deux morceaux, qui sont les deux premiers morceaux de l’EP, qui sont The Leaf et Pair of Glasses. Donc il aura toujours une saveur particulière parce que c’est un peu le morceau des retrouvailles où t’as envie un peu de danser, d’exploser sur les refrains. Et en même temps il y a un pont qui passe un peu en mineur où c’est quand même teinté de ce qu’on a traversé comme période. 

6. Quelle influence le confinement et le fait d’être séparés pendant un certain temps, a eu sur votre travail ?
Kevin : Ça nous a tout simplement mit un coup d’arrêt. Ça a été un peu violent je pense pour tout le monde. Ce qui est vachement chouette c’est que ça nous a pas du tout donné envie d’arrêter, bien au contraire. On a jamais été aussi productif que depuis la fin des confinements. On profite vachement plus des moments où on est ensemble, on se voit beaucoup plus régulièrement parce qu’on a besoin de cette bulle. Ça nous a mit un coup d’arrêt mais depuis cette année il y a que des choses positives qui nous arrivent, les labels, les attachés presse, etc. Donc ça a renforcé l’envie d’y aller à fond parce qu’on se rend compte qu’on a besoin de ça. Après on se parlait tout le temps, on était en contact, on a fait une vidéo à la con où on a repris un morceau de Bon Iver, on s’est marré à la faire et ça a vachement plu. C’était à notre sauce, on s’est déguisé, on a fait les cons, et en fait Balm c’est aussi ça. 

“Besoin d’imaginaire”

7. Le nom de votre EP c’est Basement Tales, le conte du sous-sol. Il veut dire quoi ce nom ?
Valentin : On y a beaucoup réfléchit le week-end où on a tourné le clip de pair of glasses, et on s’imaginait de base l’idée d’une sorte d’escalier. On avait d’abord une image mentale, pour la pochette de l’album, d’un escalier qui monte et qui descend. En rapport au fait que soit on descend pour faire de la musique, soit on monte pour sortir dehors. En tout cas on aimait bien cette idée de montée et de descente, même par rapport à la musique, tout simplement. On s’est rendu compte aussi qu’à chaque fois on répétait dans la cave de chez Pierre, maintenant on est dans une chambre de studio chez Martin dans un sous-sol. Nos idées viennent à chaque fois de là où on travaille donc voilà. 

Kevin : Ça c’est pour le côté basement. C’est vrai que tout l’EP il a été conçu dans cette cave, qui est bien aménagée (rires). Et le tales c’est qu’en fait il y a un espèce de fil rouge dans tous les morceaux de cet EP qui est lié aux livres et aux contes. Le premier morceau c’est The Leaf donc c’est la feuille, c’est à partir d’une feuille qu’on fait un bouquin. Pair of glasses, on met des lunettes quand on lit, en tout cas pour les gens qui ont une vue de merde comme moi (rires). Le troisième morceau, c’est Dummy, le pantin, pinnochio, en tout cas c’est l’image qui nous est venue et le dernier c’est Nerverland donc voilà c’est Peter Pan. Il y a aussi un truc où en ce moment on a besoin d’imaginaire, de narratifs un peu cool et donc de se dire que dans ces morceaux il y a petit fil rouge autour de l’histoire, il y a le côté je me pose pour écouter, pour lire. Je trouve que l’association des deux était chouette. Et un petit clin d’oeil à Radiohead et au Live From the Basement. 

” On est des gens très happy dans la vie”

8. Le morceau The Leaf est à mon sens le plus rock de l’album, vous êtes d’accord ? Est-ce que c’est une envie de votre part ?
Valentin : Ouais carrément, on avait envie de revenir avec un deuxième EP plus brut et quand on l’a composé on s’est dit que ça serait le morceau d’introduction pour annoncer ça. On s’est aussi dit que ça pouvait être a double tranchant parce qu’il y a des gens qui vont adorer et d’autres qui vont détester. Après quand on écoute l’EP en entier, on reste pas trop sur la fibre de The Leaf qui est très très rock effectivement. 

Kevin : Mais on la retrouve en clôture avec la toute fin de Neverland qui est très violente. On a un morceau très doux, très piano-voix, très soft. Et puis à la fin avec des accords à la guitare fender mustang, un truc très violent. Donc au final on boucle la boucle et entre temps on a quelque chose d’un peu plus sucré. Ça c’est aussi quelque chose qu’on chercher à cultiver car aujourd’hui tu vas avoir des groupes qui font de la musique très joyeuse et en fait des gens qui la font bien il y en a très peu. Et en même temps des gens qui font de la musique très triste voire badante il y en a beaucoup aussi. D’arriver à conjuguer les deux ça nous ressemble beaucoup. On a tous nos névroses et en même temps on est des gens très happy dans la vie. Donc il faut que ça se ressente et c’est un parti pris d’avoir ces deux facettes. Des groupes qui le font bien actuellement il y en a pas des masses. Je pense à Isaac Delusion qui le fait plutôt bien, qui a des morceaux très profond et des morceaux très joyeux où t’as juste envie de tout péter. Falls aussi peut être, enfin des groupes comme ça mais c’est vrai que c’est rare. 

9. Le morceau Dummy est à la limite du disco, avec un rythme très entraînant. Qu’est-ce qui vous a inspiré pour faire ce titre ?
Kevin : Alors notre label manageur nous a dit les gars vous faites du Patrick Hernandez Born To Be Alive (rires). 

Valentin : Oui c’est vraiment ça Dummy, le truc un petit peu disco (rires).

Kevin : On aime bien aussi faire parfois des morceaux assez simples. Il y a des morceaux beaucoup plus complexes que d’autres et d’avoir un morceau très simple, un peu autoroute qui s’écoute d’une traite mais d’y apporter la petite touche de subtilité à la fin du morceau. Tu as les cordes qui rentrent, t’es dans un truc beaucoup plus acoustique qui est pas très attendu. Là aussi c’est très Balm de faire ça, comme approche. C’est bien aussi pour le live d’avoir des moments où les gens peuvent beaucoup plus se lâcher. Mais d’y apporter un petit plus à la fin c’était important. Il y a un remix par nos copains de Napkey d’ailleurs, donc très électro. Donc ouais il y avait ce truc où il y a des morceaux plus sombres, plus compliqués et là c’est une petite bulle d’air. C’est le morceau facile qui est marrant, mais pour le coup le texte est assez cool, il est vraiment sur le fait de pas se laisser posséder par les choses qu’on possède et vraiment cette image de l’Homme qui devient son propre pantin. 

” Notre style de musique c’est un mix de plusieurs choses “

10. Comment vous définiriez votre musique  ?
Valentin : Le mot qui revient souvent c’est le rock indépendant, donc indie rock. On provient quand même tous les 4 de la fibre acoustique des instruments. On a tous pratiqué chacun un instrument. Kevin il a fait beaucoup de violoncelle, Pierre il a toujours fait de la batterie, moi de la guitare. On est tous aussi un peu multi-instrumentiste, à part Pierre. Après notre style de musique c’est un mix de plusieurs choses. Moi j’arrive pas à dire qu’on fait vraiment du rock. 

Kevin : Pour définir avec des adjectifs, je pense qu’il y a un côté mélancolique qui est assumé et en même temps je dirais sucré. Après oui c’est rock, ce n’est pas électro. Ce n’est que de l’instrument réel, il n’y a pas de MAO, pas de VST. Il y a le côté un peu artisan et volonté quand même de faire une musique un peu rock. Le chant est assez particulier, volontairement assumé. Les références c’est un peu les Buckley, tous ces trucs là. Il y a quand même une volonté d’avoir un chant qui sort un peu de ce qu’on entend aujourd’hui. 

11. Vous préférez

– Radio Head ou The Strokes ? 
Radio Head.

– Chanter en anglais ou en français ? 
Anglais on s’y retrouve beaucoup plus. 

– Rock ou pop ? 
Tous les deux : Rock.
Valentin : Pop rock j’aurais dit (rires). 

12. Une anecdote à nous faire partager ?
Valentin : Il y a Sofar qui organisent des évènements un peu partout dans le monde. Il y a 400 villes. Ils sont venus vers nous pour voir si on était partant pour faire un petit projet et ils nous demandaient dans une vidéo une anecdote incroyable. Et on se disait qu’il nous était rien arrivé d’incroyable pour l’instant (rires). 

Kevin : Une anecdote un peu marrante, on va bitcher parce qu’il est pas là et que c’est drôle, les musiciens ça les fera marrer. Notre premier concert, au FGO Barbara à Paris, c’était le premier concert de notre bassiste qui n’avait jamais joué sur scène. Nous on avait de l’expérience et lui en fait avait pas eu de projet avant. Il a branché sa basse dans les retours de la scène. C’est peut-être pas très drôle comme anecdote (rires). En fait c’est un peu la honte quand tu fais de la scène, c’est comme ne pas brancher son micro. 

Valentin : Il y a une anecdote avec notre ami réal Paul, donc qui a réalisé notre clip. En fait il nous l’a dit bien après mais le samedi soir pendant le tournage il a été ultra ultra malade, il nous a raconté qu’il s’était réveillé à 4h du matin, qu’il a vomi, etc. Et en fait c’était trop drôle parce qu’on a rien vu, à 8h du matin on était au taquet et lui il était prêt avec son matériel et il nous a raconté ça deux jours après (rires).

” Tout est toujours pour le mieux “

13. Quels sont vos indispensables musicaux ?
Valentin : Moi je regarde beaucoup en ce moment les lives NPR ou les lives Colors. J’adore, je trouve ça ultra varié. Il y a des artistes tellement différents, tu en découvre des nouveaux. Et puis j’adore, tu as un sentiment de proximité, tu vois vraiment l’artiste ou le groupe, comment il chante, son set up sur scène, ses instruments. Je trouve ça fascinant, il y a des artistes que j’adore qui ont fait des lives Colors ou NPR et je suis fan quoi. La qualité du son, c’est trop beau. 

Kevin : Moi je vais citer les 3 artistes que j’écoute le plus en ce moment. C’est The Radio Department, Marylin Manson (rires). Je réécoute beaucoup Manson en ce moment. Il y a un peu ce côté interdit, quand j’étais petit c’était mal d’écouter Manson, et en fait j’ai re-découvert beaucoup plus tard que c’était ultra riche. Violent mais bien foutu. Et j’écoute énormément Fink en ce moment. Comme ça tu as de la folk, du rock progressif et du métal. 

Valentin : Moi aussi je veux dire les trois artistes que j’écoute en ce moment (rires). En folk, j’écoute beaucoup Aldous Harding. J’adore, elle est complètement perchée sur ses lives, c’est génial. J’arrête pas d’écouter aussi le groupe Little Dragon et j’écoute un grand français, Christophe Chassol. 

14. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug. C’est quoi pour vous un Beau Bug ?
Kevin : Un beau bug tu peux le rapprocher à la musique ou dans plein de trucs. C’est le truc où quelqu’un se foire complètement en répet’ et tu te rend  compte que ce que tu as fait c’est incroyable. Tu vas faire un déraillement à la voix ou autre et tu vas te dire en fait il y a un truc. 

Valentin : Alors moi j’ai une vision plus poétique et plus large que Kevin (rires). J’ai tendance à dire que tout est toujours pour le mieux donc même si on a l’impression que c’est très grave, qu’il y a des choses qui nous rendent très triste ou très malheureux, j’ai toujours tendance à me dire que si ça arrive c’est qu’il faut que ça arrive et que c’est pour le mieux. Que ça devait arriver et que ça va nous rendre plus fort, faire en sorte qu’il y ait une suite d’enchaînements plus positif. Voilà, un beau bug. 

Kevin : Des bugs, de l’inattendu il y en a tout le temps, et justement dans toute activité créative ou même dans la vie, ça t’arrives tout le temps que les choses n’arrivent pas comme tu l’espérais et en fait c’est pas toujours pour le pire. 

Valentin : Si il n’y avait pas eu de pandémie, on aurait peut être pas fait autant de musique avec Balm et on aurait peut être pas sorti deux EP en moins d’un an. 

15. On peut vous souhaiter quoi pour la suite ?
Kevin : On est pas très vénaux donc pas de l’argent. 

Valentin : On veut rester pauvres (rires). Moi j’ai envie de dire surtout beaucoup de concerts. 

Kevin : Retrouver la magie du live.

Valentin : C’est des moments où on partage nos morceaux, on peut rencontrer les gens en vrai, on nous voit en vrai. Ça se travaille, c’est difficile mais c’est intense. Pour un artiste c’est trop cool, c’est la musique tout simplement. 

Kevin : Je vais nous souhaiter de garder de l’insouciance. On fait encore preuve de beaucoup d’insouciance dans notre approche et je pense qu’il faut qu’on le cultive. Il ne faut pas qu’on rentre dans un truc où tout est écrit, tout est scripté, on parle comme ça sur les réseaux, etc. On publie beaucoup de conneries sur nos réseaux, il y a un côté un peu insouciant qu’il faut qu’on cultive. Il y a beaucoup de groupes j’ai l’impression, dès qu’ils basculent dans la voix de la professionnalisation ils perdent un peu le truc qui faisait qu’au début ils étaient marrant, ils étaient beaux. C’est un mélange entre de l’insouciance et du naturel. 

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Tendrement,
Valentine de Cormis
Le Beau Bug 

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