L’interview de Aedan

Aedan est un projet musical particulier. Si la personne qui se cache derrière ce mystérieux pseudonyme n’est autre qu’un des anciens du groupe électronique C2C, groupe qu’il n’est par ailleurs plus utile de présenter, ce sont de toutes autres influences et sonorités que l’on retrouve dans ce premier EP. Lent et pourtant rythmé, ne ressemblant en aucun cas à l’esthétique des titres qui passent à la radio, Aedan surprend, et est finalement à écouter dans des circonstances opposées à C2C. Fini les comparaisons, on vous laisse découvrir et apprécier dans le plus grand des calmes la douceur de l’EP Le Temps. Pour accompagner la naissance de ce beau projet, nous sommes partis poser des questions à celui qui le dirige.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Salut, je m’appelle Pierre, voilà maintenant une vingtaine d’années que je fais du son sous le nom de dj pfel. Pour ceux qui préfèrent les maths ça fait 1/4 C2C et 1/2 Beat Torrent. Je suis là pour vous parler de mon nouveau projet Aedan que je viens de dévoiler à travers un premier EP et un clip intitulé Le TEMPS .

2. Aedan, cela signifie quoi ?
Aedan est d’origine celte, plus précisément irlandaise. Je suis breton, ça va, c’est pas très loin. Cela signifie “petit feu”, l’image me plaisait bien dans ma démarche de rallumer mes fourneaux. Et puis j’aime bien cette suite de lettres, elle est intéressante graphiquement et phonétiquement.

Si ton identité artistique actuelle est relativement peu connue du grand public, ton visage l’est beaucoup plus, puisque tu faisais partie de l’entité C2C qui en a fait danser plus d’un au début des années 2010. 

3. Pourquoi avoir choisi soudainement de travailler en solo ?
C’est vrai que hormis les battles de DJs dans les années 2000 où j’avais pu apparaître seul, j’ai toujours évolué dans des projets collectifs. Avec C2C, après l’épopée du premier album, on a mis le projet entre parenthèses pour souffler un peu et partir sur des cycles de travail individuel, comme un besoin. Cela a coïncidé avec un départ de Paris il y a maintenant trois ans pour m’installer côté campagne afin d’y réfléchir et de mettre tout cela en place.

Lorsque l’on écoute ton EP, on se rend également compte que l’on est loin de l’esthétique sonore que tu travaillais sur C2C. Les morceaux sont certes tout aussi joyeux, mais ont l’air aussi plus libres, libérés des codes de production de la pop music. 

4. Est-ce que tu souhaitais simplement produire une musique plus personnelle ?
Tout cela passe évidement par un désir de m’exprimer de façon plus personnelle oui. À plusieurs les idées peuvent être plus nombreuses, encore faut-il se mettre d’accord sur la plus convaincante haha. Seul on a cette liberté de choix qui est assez grisante mais qui peut aussi être flippante parfois. Le vertige. C’était cool de l’expérimenter. Ca m’a fait du bien après une histoire collective hyper dense. Et puis musicalement j’avais envie de développer plus encore mon univers. J’ai juste eu le temps d’en délimiter les contours avec ce premier EP. La suite précisera l’histoire…

Tu as décidé de travailler la thématique du temps dans ton EP, et tu dis au sujet de celui-ci qu’il est à la fois un allié et un challenger, dans le sens où tu repousses tes limites avec ce dernier. Et on ressent bien cette dualité : l’EP est à la fois lent et contemplatif, mais aussi rythmé et dansant, sans compter que les morceaux n’excèdent que rarement les quatre minutes, chose qui vient mettre l’accent sur cette idée de « rush », de « limite ».

5. Retranscrire l’idée du temps en musique, voilà qui ne semble pas être une chose facile. Est-ce que tu avais des images particulières en tête quand tu composais ?
Tu as bien identifié les codes que j’ai glissé dans la conceptualisation des morceaux ça me fait plaisir ;). La notion d’image est très présente quand je compose en effet. Tout d’abord car j’adore le cinéma et les arts visuels, mais également à travers les voyages et les paysages. On m’a souvent fait remarquer que le morceau Le Temps était une réelle invitation au voyage et qu’il était idéal pour contempler des paysages qui défilent. C’est dans l’ADN dans ma musique ce rapport à l’image.

6. Est-ce que tu t’es également fixé des limites, des contraintes de création pour produire ces cinq titres ?
Je n’ai pas eu l’impression d’avoir fixé certaines limites mais en réalité il y en a ! J’ai juste essayé de faire une musique qui me correspond en fait. C’est somme toute assez égoïste je dois bien le reconnaître. Mais je n’avais pas envie de faire une musique hyper codifiée pour coller au marché actuel ou aux formats radio. C’est risqué car aujourd’hui le music game ne laisse pas beaucoup de place à ce genre d’expression mais je me le suis quand même permis. En fait ce qui m’a décidé à le faire comme ça, c’est une interview de Frank Zappa sur laquelle je suis tombé une nuit à la télé entre deux sessions son. Et à la question d’un journaliste qui lui demandait quel était le message musical et philosophique qu’il pourrait donner, il répondit : “on ne peut jamais plaire à tout le monde alors mieux vaut faire la musique qu’on aime avant tout”. Alors bon ok c’était dans les années 70/80 c’est légèrement différent aujourd’hui mais la simplicité de sa vision de la musique m’a touché et j’ai eu envie de m’en inspirer. Maintenant je n’exclue pas un album de zumba d’ici la fin de l’été si j’ai une révélation.

7. Attardons-nous maintenant sur chacun des morceaux. 
C’est moi ou on entend bien le tic tac caractéristique d’une montre dans le morceau Le Temps ?
Ton oreille est bien réglée pas besoin d’aller voir l’horloger. C’est bien un tic-tac qui ponctue le titre.

Sur ce morceau, tu alternes notes électroniques et notes plus organiques, tu joues avec la rythmique en la brisant à certains moments… 
J’ai comme la sensation que cette mélodie retrace plus ou moins les grands moments de la vie. Certains sont plus chaotiques, d’autres plus calmes… est-ce que je vois juste ?
8. Peux-tu nous en dire plus sur la signification de ce morceau ?
Alors je suis au regret de t’annoncer que cette fois-ci tu n’as pas vu juste sur l’origine du morceau haha. En fait ça part d’un projet qu’on a réalisé avec C2C il y a de ça deux, trois ans et qui n’est toujours pas sorti d’ailleurs. On a été sollicité pour réaliser la BO d’un documentaire sur la vie de Claude Lelouch en remixant les oeuvres de Francis Lai qui est son compositeur attitré sur la quasi totalité de ses films. En plus de remixer ces classiques du cinéma français comme Un Homme et une Femme, Vivre pour vivre, L’aventure c’est l’aventure et quelques autres, le réalisateur du doc, Philippe Azoulay, nous avait soumis l’idée de réaliser des compositions originales sur le thème du chaos et du temps, deux  composantes essentielles du travail de Lelouch selon lui. Je me suis penché seul sur ce thème du temps car j’ai profondément ressenti la place qu’il occupait et l’importance qu’il revêtait également dans ma façon de travailler. Ça a été un point de départ pour réaliser la suite et il s’est imposé comme la pièce centrale de l’EP qui porte au final son nom. C’est aussi un des thèmes principaux de ce fameux documentaire sur M. Lelouch qui devrait sortir d’ici quelques temps.

On enchaîne de la manière la plus fluide possible avec Classico… qui est tout sauf un morceau classique ! Un temps le prolongement naturel du titre précédent, il change ensuite d’esthétique pour être guidé par des vocalises soul et ponctué, avec parcimonie, d’un grognement animal.
Vocalises et même grognements… ce sont des éléments auxquels on ne s’attend pas lorsque l’on écoute Classico, voire que l’on n’attend pas sur l’EP.
9. Pourquoi en avoir fait ses pièces maîtresses ?
Alors Classico c’est une tout autre histoire, bien plus terre à terre, voir terre à mer puisque l’inspiration part d’un PSG/OM. L’idée ici c’est le combat, la puissance et la rivalité. La puissance côté parisien bien sûr 😉 Mais toujours cette notion de dualité. À l’homme, ici la femme, en l’occurence s’oppose le règne animal en la personne du Lion. Mais il y en a d’autres bien cachés aussi… D’ailleurs l’atelier Diaïwaïe qui réalise toute l’identité graphique du projet à choisi d’illustrer ce morceau par une châtaigne. On ne s’y trompe pas quoi.

On atteint ensuite l’apogée de l’EP : le titre Solitaire. À la fois serein et torturé, Solitaire intrigue, notamment par son usage abusif du vocoder (et ce n’est pas là une critique !). 
La personne qui prête sa voix sur ce titre s’appelle Cascadeur.
10. Peux-tu nous en dire plus sur votre collaboration ?
La rencontre avec Cascadeur date de 2012 ou l’on avait joué ensemble lors d’un concert. On était resté en contact et m’avait proposé de faire quelques scratchs pour ses albums car il apprécie beaucoup le côté rythmique et accidentel que cela procure. J’ai même eu la chance de l’accompagner aux platines plusieurs fois en live, notamment lors de sa victoire de la musique en 2015. Je voulais vraiment l’emmener sur mon terrain cette fois et quand j’ai commencé à composer ce titre j’ai tout de suite pensé à lui. Je lui ai juste donner le thème : Solitaire. Carte blanche. Et il a fait un travail incroyable puisqu’il a non seulement écrit les paroles mais posé des instruments et des mélodies également. C’est un vrai travail collectif sur ce titre j’en suis vraiment honoré. Je prépare même une suite pour l’EP 2…

11. Si tu devais mettre des images sur les sons, pour Solitaire, qu’est-ce que tu choisirais ?
Sur Solitaire j’aurais plutôt une vision de neige, de paysages hivernaux, d’isolation. Mais surtout j’imagine les choses en vue subjective, sans savoir vraiment à travers quelle entité on observe tout ça. C’est un titre qui serait hyper intéressant de mettre en image mais j’ai dû faire un choix sur le premier clip et Le Temps ainsi que la rencontre avec le réalisateur Thomas Blanchard ont vraiment fait penché la balance de l’autre côté. Je n’aurai pas vu les images du Temps sur Solitaire ou sur un autre titre de l’EP d’ailleurs. C’était celui-là et rien d’autre. Mais je ne renonce pas à pouvoir mettre en place d’autres clips sur ce premier EP. Auto produisant ce nouveau projet intégralement j’ai aussi la casquette de producteur maintenant donc la réalité financière rentre en ligne de compte.

Enfin, Go et Hello Yellow me rappellent l’esthétique de certains morceaux de Flume, ou de manière plus éloignée, de Fakear.
12. Ce sont des producteurs qui t’inspirent ?
Ce sont de bonnes références, merci ! Flume a inspiré tellement de producteurs ces dernières années que ce serait mentir que de dire non. Maintenant j’essaie comme je le disais précédemment de faire de la musique qui me correspond quitte à ne pas rentrer dans des cases. Malheureusement aujourd’hui beaucoup n’hésitent pas à copier un style. Ou je dirais plutôt hésitent à être différents. La faute à qui ? Je vous laisse chercher…

13. Tu es plutôt…
– en avance ou en retard ?
En retard quand je dois être en avance et inversement.

– ville ou campagne ?
Campanille.

– EP ou album ?
Les deux sont biens mais sont voués un peu à disparaître au profit de cette étrange chose qu’on appelle… le single.

– live électronique ou concert de rock ?
Peu importe tant que c’est un bon show.

14. Une anecdote à nous faire partager ?
Une de mes grandes spécialités c’est de me tromper de ville quand je parle au mic lors des concerts. Voilà je vous laisse imaginer ce que ça peut donner…

15. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug, c’est quoi pour toi, un beau bug ?
Bah voilà j’ai répondu à cette question avec celle qui précède ! #fainéant

16. Enfin, quels sont les essentiels à toujours avoir dans sa bibliothèque musicale ?
Je vais pas vous faire rêver car j’écoute pas beaucoup de musique en général mais quand j’en écoute c’est des vieux trucs principalement… born in the 80’s!! Le premier album que j’ai eu c’était Breakfast in America de Supertramp donc je dirai celui-là !

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Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

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