L’INTERVIEW D’ANAÏDE ROZAM

Crédits Photo : Julian Torres

Il semble que si nous passons nos journées à scroller des centaines de kilomètres de contenus instagrammable, c’est pour tomber sur une vidéo d’Anaïde Rozam. Parfaitement juste et d’une observation aiguisée, elle rend à tous les personnages que nous croisons, aigris ou tendres, une vérité que peu soupçonne. Elle interprète et joue l’humain sous tous ses angles. De la parisienne à la mère intrusive, on a rencontré celle qui rend nos journées moroses beaucoup plus souriantes. De nombreuses choses devraient être d’une certaine manière, mais par chance, elles sont autrement.

1. Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Anaïde Rozam, j’ai 23 ans. Je suis comédienne, j’habite entre Paris et la banlieue. Je suis née le 20 janvier 97, Paris 14ème.

2. Comment la comédie est arrivée dans ta vie ?
C’est là depuis très longtemps. Du côté de ma mère, je suis enfant unique donc j’ai toujours voulu me faire un peu remarquer. Quand j’étais petite, je ne formulais pas que je voulais être comédienne mais j’avais cette envie de bouger dans tous les sens, d’être vue en tout cas et de jouer la comédie. J’étais très capricieuse aussi, enfin, je me mettais beaucoup en scène. Après en grandissant, j’avais toujours cette envie d’être comédienne. J’ai fait des cours de théâtre à l’école des Enfants Terribles et là j’ai vraiment découvert le métier de comédienne. Ça m’a un peu calmée d’ailleurs, je me suis dit « Ah oui, être comédienne ce n’est pas juste savoir se faire remarquer et pas être timide ! ». C’est tout autre chose : c’est savoir placer sa voix, son corps, connaître des textes… En même temps que mes cours, je faisais une fac psycho donc c’était un peu compliqué d’être à fond dans les cours de théâtre. Quand j’ai fini ma licence, je n’ai pas voulu continuer le master parce que je voulais absolument me lancer et être comédienne. Et les vidéos sont arrivées en même temps donc tout s’est enchaîné après.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Anaïde Rozam (@anaide.rozam) le

3. Qu’est-ce que les études en psychologie t’ont apportées ?
J’ai fait ça un peu par défaut au début parce que mes parents m’ont dit « On veut bien te payer des cours de théâtre mais il faut que tu fasses des études. » J’ai choisi psycho parce que je croyais que c’était des études à la cool et en fait pas du tout ! C’est assez compliqué, surtout dans la fac dans laquelle j’étais qui était très scientifique. La psychologie sociale, qui était ma matière préférée, m’a beaucoup aidée à prendre de la distance, à savoir critiquer sans juger, sans malveillance. Ça m’a aussi appris à écrire parce que j’avais beaucoup de rédaction à faire, de mémoires : ça m’a assagi en quelque sorte.

4. Dans quelle optique étais-tu en mettant tes vidéos sur Instagram ? Tu avais espoir que ça évolue ou c’était surtout pour faire marrer tes potes ?
Un peu des deux : je l’ai fait pour faire marrer mes potes mais je fantasmais sur le fait que ça marche ! Je me disais « Putain, si un jour ça marche, ce serait trop cool ! ». Après, je me disais que ça allait marcher en terme d’abonnés et que ce serait trop cool que d’autres personnes se marrent ! Mais jamais je n’aurais imaginé que ça m’apporterait des castings, un agent, des rencontres avec des gens du cinéma… La chose qui s’est produite n’était pas du tout prévisible dans ma tête.

5. Comment crées-tu un personnage ? Où et dans quoi t’inspires-tu ?
De plusieurs choses ! Je dirais que dans les personnages tels quels, ça vient pas mal des gens de mon entourage proche ou pas. Par exemple, le personnage de Corine, c’est un peu une caricature de ma mère, les parisiennes ça peut être des filles que j’entends au café, ou même mes amis ou moi ! Ce sont toujours des gens plus ou moins proches. Dans la structure, dans le fait que ce soit en dialogue, en mini-scène, je m’inspire beaucoup des films aussi sur la rapidité et le naturel. Mais aussi pour la manière dont les personnages sont amenés ! Je suis très fascinée par les personnages de film drôles mais où il y a aussi du rire jaune. J’aime bien rire et être mal à l’aise ou rire et être un peu triste en même temps. Tous les personnages de Bacri me font rire et il y a un truc un peu pathétique dans certains de ses personnages ou un truc très noir, très sombre. Tu ris mais tu sens qu’il est un peu déprimé, j’aime bien les trucs comme ça. Pareil pour Karin Viard ! Elle fait souvent des rôles de femme névrosée mais qui fait rire !

6. Penses-tu que tous les clichés de personnages méritent d’être joués ?
Oui, après ça dépend par qui et de la facilité à les faire ! Moi, il y des personnages que je vois chez d’autres humoristes que je serais incapable de faire parce qu’on fait souvent ce qui nous touche et aussi ce qu’on arrive à faire.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Anaïde Rozam (@anaide.rozam) le

7. Comment abordes-tu ton désir d’être comédienne, comment l’interprètes-tu ? Et pourquoi penses-tu qu’on aime faire rire les gens ?
Je pense avoir des pistes. Du côté de mon père, j’ai des frères et soeurs mais du côté de ma mère, je suis enfant unique et je pense que ça a beaucoup joué. Ma mère a toujours été très bon public, elle avait tout le temps l’attention sur moi donc forcément, elle m’a beaucoup donné confiance, parfois peut-être trop ! J’ai une famille très drôle, très expressive, on aime se faire rire, imiter, donc ça a beaucoup joué. Ça vient de là au départ  je pense, du fait de se mettre en scène.

8. Crois-tu en la légende de l’humoriste triste ? 
Oui j’y crois en soi. Je ne dirais pas que je suis quelqu’un de triste, au contraire je suis très joyeuse mais je pense quand on cherche à faire rire, c’est forcément qu’on analyse les comportements humains, les mimiques, les réactions… J’en ai parlé avec d’autres personnes qui sont dans l’humour et tu es obligé d’être sensible à l’humain. C’est bien mais c’est aussi parfois un peu déprimant. Je sais que je suis très sensible, parfois trop et ça peut rendre triste même si je ne le suis pas ! Mais je suis très dépendante de la réaction de l’autre, de ce qu’il va dire, ce qu’il va penser. Je suis très angoissée aussi, donc oui je pense que ça joue. Peut-être pas pour tout le monde mais forcément, quand tu analyses les comportements des autres, c‘est que tu t’y plies un peu et que tu es très en alerte de ce qu’il se passe autour de toi.

9.Aujourd’hui, tu joues dans un programme sur Clique, Clothilde fait un film. Comment as-tu vécu ce changement ?
Je l’ai très bien vécu ! Je suis passée sur le plateau de Clique l’année dernière et j’ai rencontré l’équipe et puis avec Mouloud, on s’est dit que ce serait bien d’écrire un truc. Pendant plusieurs mois, on a réfléchi à ce qu’on pouvait apporter et Clothilde est arrivée ! C’est totalement différent de ce que je fais, c’est un nouveau pas ! C’est apprendre le travail en équipe, à écrire à plusieurs… C’est nouveau mais c’est super intéressant d’évoluer comme ça !

10. À côté du cinéma, tu chantes.  Envisages-tu d’en faire quelque chose ou c’est simplement en parallèle ?
J’ai commencé à chanter en story, à avoir des retours sur le fait que ce serait bien que je fasse de la musique et je me suis dit « Pourquoi pas ? ». Mais je me suis dit très récemment que je n’avais pas envie de professionnaliser ce truc maintenant. Peut-être plus tard, mais pour l’instant j’aime vraiment chanter pour le plaisir, faire des reprises, chanter avec d’autres ! Je n’ai pas forcément envie d’écrire des chansons, de rendre ça professionnel ou qu’il y ait de l’argent en question. Je n’ai pas envie de mettre mes tripes dans la musique maintenant en tout cas. C’est vraiment un plaisir, je passe mes samedis soirs à faire de la musique avec des potes et pour l’instant ça me plaît comme ça !

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Anaïde Rozam (@anaide.rozam) le

11. Tu préfères : 

– les gens qui doutent ou les gens qui sont sûrs ?
Les gens qui doutent, mille fois.

– Clothilde ou Corine ?
Je dirais Corine parce qu’elle me fait penser à ma mère.

– tata soso ou tata yoyo ?
Tata soso !

12. Qu’est-ce qui te fait le plus rire dans la tristesse ? 
Ce qui me fait le plus rire, c’est après la tristesse. Quand tu es triste pour quelque chose, tu t’en fais toute une montagne et quand c’est fini, tu te dis « Putain c’est drôle, je m’en faisais tout un monde alors que ce n’est pas grand chose quoi ! »

13. Quel est le rôle que tu rêves d’interpréter ? 
Il n’est pas encore écrit donc je ne sais pas ! (Rires) Mais j’aimerais bien un personnage névrosé, un peu mal dans sa peau et aussi comique malgré lui.

14. Quels sont tes indispensables cinématographiques ?
Je fais un pack de tous les films avec Patrick Dewaere, ça compte pour un parce que vraiment je suis fan de ce mec. Il a un jeu naturel incroyable. Les Bacri et Jaoui, Cuisine et Dépendances, Un air de famille. Et j’adore les films de psychopathe, de dystopie, genre The Lobster et Funny Games.

15. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug. C’est quoi pour toi un beau bug ?
Pour moi c’est quelque chose d’imprévu, qui devait être d’une certaine manière et qui apparaît comme un accident. Mais finalement, c’est ce qui rend la chose belle et originale.

Retrouvez Anaïde Rozam sur les internets :
Instagram
Youtube

Tendrement,
Louise Lecluse
Le Beau Bug

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    4 × 4 =