L’interview d’Adam Naas

© Olivier Gandrille

Aujourd’hui, on met à l’honneur un artiste qu’on suit depuis longtemps. Un artiste qui s’est frayé une place dans le milieu de la musique soul et alternative dès son premier EP, et qui a de suite su trouver sa place dans nos playlists personnelles. Son premier album, intitulé The Love Album, vient à peine de sortir, et constitue déjà un incontournable de notre bibliothèque musicale. Principalement composé d’une soul interprétée, emplie d’émotions portées par une voix androgyne… aujourd’hui, on vous présente Adam Naas et son premier album en une quinzaine de questions.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ? C’est la question la plus difficile je te rassure !
C’est exactement ce que j’allais dire ! En quelques mots… je suis un… un jeune homme de 26 ans, je n’ai plus peur de l’avion, parce qu’avant j’avais très peur de l’avion. Mais je ne prends pas d’antidépresseurs, contrairement à certaines personnes que je connais – mon musicien, Louis (rires). Euh, je suis le fan numéro 1 d’Harry Potter, mais ça peut-être que tu es déjà au courant, nan ? Fan numéro 1 du coup, je te le dis ! Et puis je sais pas… je suis un peu perdu, mais j’aime bien le fait d’être perdu.

2. Oh, intéressant ! Pourquoi ?
Pourquoi est-ce que j’aime bien le fait d’être perdu ? Parce que j’ai l’impression qu’on peut prendre plein de chemins différents. On n’a pas d’objectif, on n’a pas de destination à proprement parler, donc quand on est une personne plutôt flexible c’est bien !

3. Comment as-tu commencé à composer et à chanter ?
Bah, ma première chanson je l’ai écrite quand j’avais 13 ans, 14 ans. Je l’avais écrite pour ma meilleure pote, c’est une chanson qui s’appelait Breathe, parce que c’est une personne très cool, et très solaire. Et du coup je pense que c’est venu comme ça. Mais tu sais, j’ai offert pour les 18 ans de mon frère une guitare, mais c’était un peu un cadeau que je m’étais fait pour moi-même parce que je savais très bien qu’il n’allait jamais l’utiliser, donc ça a un peu commencé comme ça, j’avais 12 ans à l’époque. J’ai toujours un peu chanté, jamais vraiment composé, mais à partir du moment où j’ai commencé je me suis, bah pas arrêté. Et puis j’aime bien écrire de manière générale, en fait. 

Avant de s’attarder sur ton album, je voudrais revenir sur ton premier EP, dont les titres évoluent dans une veine plus pop et un peu moins soul que ton album.
4. Quand j’ai remarqué que deux ans avaient passé entre ces deux sorties, je me suis demandée s’il y avait des causes spécifiques à l’origine de ce léger changement de registre ?
Bah déjà je devais trouver un appartement en ville, et partir de chez ma mère ! Et puis bah forcément vu que je suis « broke as fuck », il fallait que je trouve de la thune. Donc du coup… bah j’ai vendu mon cul à des… nan je rigole (rires) ! Nan mais d’un point de vue musical en tout cas j’avais besoin de m’entourer d’une famille musicale. Quand tu commences à faire de la musique tu te rends compte que ça peut être un métier où tu te sens vraiment très seul, et si tu fais pas en sorte de t’entourer de gens que t’apprécies plus pour le côté humain que pour les autres côtés… enfin, je veux dire, c’est nécessaire, enfin pour moi c’est nécessaire. Toutes mes relations elles se basent que sur l’humain, franchement qu’une personne ne sache pas aligner trois accords à la limite je m’en fiche, tu vois. J’ai juste besoin d’avoir ce coup de foudre. Et les coups de foudre ça n’arrive pas très souvent, hein. Donc peut-être que oui ça m’a pris deux ans, et puis même je pense qu’après l’EP j’avais besoin de savoir ce que je voulais faire d’un point de vue musical. Vraiment avoir ma patte. Et ça m’a pris deux ans… j’ai beaucoup joué aux jeux-vidéos, j’ai regardé beaucoup de films, je suis beaucoup sorti… fallait que ça sorte, quand même. Voilà, je me suis laissé le temps, j’ai pas voulu me presser. Je déteste me presser, je trouve que ça ne sert à rien les gens qui se pressent, faut être chill.

5. Donc le premier EP tu l’as composé seul ?
Non le premier EP je l’ai composé avec un garçon qui s’appelle Rayman, qui était un pote de mon manager à l’époque. Enfin, c’était le guitariste de Superbus, on s’est rencontrés et on s’est tout de suite bien appréciés. On a fait cet EP ensemble, et c’était la première fois que j’allais dans des studios, que je faisais vraiment de la musique sérieuse, parce que Fading Away… je l’avais composé tout seul sur un piano. Et là, travailler avec un producteur c’était plutôt fun ! Après j’ai eu besoin de prendre du recul par rapport à tout ça, et de moi-même composer beaucoup plus mes chansons, d’aller beaucoup plus dans mon trip.

 

Entre la sortie de ton premier EP et de The Love Album, tu sors un single d’une grande puissance émotionnelle, dénommé Please Come Back To Me. Si jusque là tu avais pu aborder le thème de l’amour dans tes chansons, cette fois ce dernier est central, pour ne pas dire l’unique composante de ce titre.
6. Ce titre a-t-il été un prélude à l’album que tu viens de sortir ?
Hyper intéressant ! Je l’ai jamais vraiment pensé comme ça, peut-être que si on prend un peu de recul, ouais, ça devient quelque chose de plutôt logique. Donc ouais c’est super intéressant parce que peut-être que c’était un avant-goût de ce qui allait se passer après. Moi ce morceau, je l’ai écrit parce que quand il se passe des choses dans ta vie, t’as un peu envie d’écrire par rapport à ça. Et j’avais vraiment besoin de le sortir ce morceau, c’était important pour moi, et puis c’était le premier morceau que j’ai fait avec Dan Black, ancien leader de The Servant, qui pour le coup est un groupe que j’écoutais beaucoup au collège. Donc c’était un peu histoire de dire « bon bah voilà, déjà je suis pas mort », parce que (rires) parce qu’il y a beaucoup de gens qui m’ont envoyé des messages en me disant « bon bah, du coup, ça arrive quand l’album ? Parce que ça fait quelques temps… ». Et c’était un peu une manière pour moi de me dire que je veux vraiment faire de la musique sérieusement, parce que quand l’EP est sorti… je me suis dit « j’ai sorti un EP, c’est bien… est-ce que je veux vraiment continuer à faire de la musique ou pas ? », et avec Please Come Back To Me je me suis dit que c’était ma place. Donc ouais, t’as raison, c’est peut-être ça.

 

En tout cas, tu nous as habitué aux titres dopés aux émotions, et le moins que l’on puisse dire c’est que tu ne nous laisses pas sur notre faim dans cet album ! Il commence avec un véritable chef d’oeuvre qu’est No Love Without Risk, titre qui dépeint une phase assez sombre de l’amour.
7. J’imagine que tu as dû disséquer pas mal de fois ce concept très vaste et difficile à définir qu’est l’amour, avant de produire ce titre. Quelle conception en gardes-tu, au regard de ce titre ainsi que de l’album ? L’amour n’est vraiment pas sans risque ?
Alors, quelle conception je me fais de l’amour… pour moi c’est… enfin j’arrive pas à concevoir les gens qui n’arrivent pas à faire de ça le noyau de leur existence. Enfin en tout cas pour moi c’est comme ça. C’est quelque chose dont on parle souvent avec mon manager, parce qu’on a beaucoup de discussions sur l’amour, et je lui ai toujours dit que « I was born to be a lover ». Et je pense que c’est ça, l’amour c’est quelque chose qui me fait beaucoup de bien et beaucoup de mal, comme pour toute personne, mais pour moi je pense que ça me fait vraiment beaucoup beaucoup beaucoup de bien et beaucoup beaucoup beaucoup de mal, donc je ne peux pas aller contre ces émotions, parce que tout orbite autour de ça. Donc pour moi la conception de l’amour que je me fais, c’est quelque chose de destructeur et de salvateur, de magnifique et tout ce que tu veux. Et c’est pour ça que d’une certaine manière je pense que c’est vachement relié à la mort… l’amour, la mort, tout le monde en parle mais personne ne sait ce que c’est vraiment. C’est des sujets qui comme tu disais n’ont aucun fond. Donc ce qui est joyeux dans cette thématique là c’est que chacun se fait sa propre définition de la chose, et ce qui est intéressant c’est de savoir ce que chacun pense de ça. Tu ne pourras jamais aller à l’encontre et dire « mmh nan je suis pas d’accord », tu diras toujours « oui, je comprends ». Pour moi ma vision c’est ça, c’est primordial. Et est-ce qu’il n’y a pas d’amour sans risque ? Bah il n’y a pas d’amour sans risque ! C’est d’ailleurs la fille de mon manager qui me l’a répété beaucoup de fois à l’époque, quand on était ensemble, donc oui il n’y a pas d’amour sans risque. Mais en même temps il n’y a rien sans risque. Là, ça fait quelques années que j’essaie de comprendre qu’il faut arrêter d’être paresseux dans sa comfort zone. Tu vois cette phrase, sortir de sa comfort zone, les gens aiment bien sortir ça, mais je me rends compte que si tu prends pas de risques, ton existence est vraiment vaine… j’ai pas très envie que mon existence soit vaine donc… ouais il n’y pas d’amour sans risque, mais en même temps il n’y a rien sans risque.

“Will you carry me when I die ?”

Aussi, tu poses des questions très dark dans ce titre, questions qui peuvent survenir dans la tête des amoureux mais qui généralement n’en sortent pas.
8. Qu’est-ce que cela fait, d’exposer au public des sentiments aussi intimes ? Parce que c’est pas forcément évident.
Non ça l’est pas, mais moi si je parle de ces choses là c’est principalement pour moi-même, parce qu’il y a des choses que je n’arrive pas trop à comprendre, et le fait de les écrire ça permet de prendre un peu de recul. Et puis comme je te disais je suis un peu perdu de base, donc j’ai un peu besoin de comprendre ce qui se passe dans ma tête. Et le fait de le partager avec des gens… là j’ai fait un concert à la Maroquinerie il n’y a pas longtemps, et tout le monde est venu me voir après, en me disant « tu ne te rends pas compte à quel point tes chansons c’est important pour moi ». Et j’avais jamais considéré l’ampleur et l’impact que ça pouvait avoir sur certaines personnes, parce que… parce que je suis un peu débile (rires) ! C’est quelque chose qui m’a vraiment extrêmement touché, et j’ai pas commencé la musique en me disant que j’allais partager mes sentiments, parce que j’ai pas l’impression de les partager tant que ça, ça reste plutôt général. Je ne parle pas avec beaucoup de détails des choses qui m’arrivent, parce que je pourrais vraiment rentrer dans les détails mais j’essaie toujours de garder une certaine distance par rapport à ça, pour l’instant en tout cas. Donc c’est dur, mais quand tu as des gens autour de toi qui comprennent exactement ces choses là… mes deux musiciens c’est quand même assez fou, ils comprennent toutes mes chansons parce qu’ils savent exactement ce qui se passe dans ma vie, donc quand on chante une chanson c’est plus une chanson, c’est une partie de ma vie qui est dévoilé avec des sons.

“And he left me. At the door
He left me.
Showed me the door, he closed the door.
It hurts, once more…”

Je prolonge cette question en m’attardant sur le titre Shalalalove, qui expose à la perfection les sentiments contraires auxquels on a affaire lorsqu’on vit cet étrange tourment qu’est l’amour. Nombreuses sont les personnes qui ont dit se retrouver dans les chansons qui en parlent, pour ne pas dire que certains y trouvent même refuge.
9. Etait-ce important pour toi, dans ce titre en particulier, de dire à ceux qui l’écoutent que l’amour est loin d’être toujours rose, et qu’être tiraillé entre l’envie d’être libre et de s’attacher à l’autre est parfaitement normal ?
En fait j’ai pas envie de dire quoi que ce soit à qui que ce soit, je ne sais pas comment le dire sans paraître… connard ? Mais c’est ma vision des choses, par exemple mon frère en écoutant l’album m’a dit « ah super ! ça finit sur une bonne touche », enfin de façon très ironique, et moi c’est juste l’idée que je me fais, enfin c’est comme ça que je l’ai vécu donc je peux pas faire autrement, j’aimerai bien croire au « happy ending » mais pour l’instant c’est pas encore le cas. Mais c’est sûr que dans l’amour tu ne peux pas vivre que des bonnes choses, justement ce côté contrasté il est évident, et il faut le prendre en compte parce qu’on a tellement grandi avec ces films romcom (romantic comedy, ndlr), comme Quatre Mariages et un Enterrement, Notting Hill, ou tu es là en mode « oh mais l’amour c’est trop bien, quand l’autre il te regarde avec des yeux comme ça tu te dis que c’est bon, ça va durer toute la vie »… Nan, et c’est peut-être pas une mauvaise chose que ça ne dure pas toute la vie, je pense que le contraste dans l’amour c’est quelque chose qu’il faut comprendre, il faut qu’on déconstruise toute cette idée qu’on a de l’amour, du côté intemporel, intrinsèque et génial, non, ça te brise autant que ça te fait du bien et c’est ça qui est beau, c’est ça aussi qui fait exister l’humain. Et c’est pour ça que personne n’y comprend rien, parce qu’il n’y a rien à comprendre finalement. Et comme tout est fait de contraste… je veux dire, tu marches dans la rue, t’empruntes le passage piéton, il y a des bandes blanches, et puis il y a du noir, et puis une bande blanche et puis du noir, tout est un peu binaire et l’amour c’est aussi ça. Et j’ai pas envie de faire comprendre aux gens que c’est comme ça, mais je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui comprennent et qui se retrouvent là-dedans.

Il y a une phrase qui m’a particulièrement marquée dans Strange Love, c’est “I don’t see no love left to find today”.
10. Comment en es-tu arrivé à cette pensée ? 
Alors c’est très intéressant, j’aurais pu répondre à cette question, parce que cette phrase est quand même géniale, mais la ligne c’est « I don’t see no love left to fight today »
Le Beau Bug : Ah, au temps pour moi !
Mais il y a un peu cette perspective là qui se rapproche, parce que le fait de le trouver et de se battre pour cet amour, et de combattre l’amour aussi c’est encore une fois quelque chose d’irrationnel, et du coup… du coup voilà ! (rires)

Il y a un autre titre qui m’a énormément marquée dans l’album, c’est Eternity, et ce dès la première phrase. Il est très introspectif, pour ne pas dire qu’il ressemble presque à un monologue intérieur, ponctué de questions qu’on oserait que difficilement poser. 
11. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce que raconte ce titre, si tu peux ? Je sais que ce n’est pas toujours évident !
Non mais c’est que… quand j’ai écrit cette chanson, c’était plutôt obvious. En fait cette chanson… c’est pour ça que je dis que ça me touche vraiment beaucoup que tu l’aies appréciée parce que j’ai vraiment l’impression que si les gens ne savent pas de quoi ça parle, ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Mais cette chanson elle est très importante pour moi, à l’origine je ne savais pas si j’allais la mettre dans l’album parce qu’elle était un peu particulière. Elle concerne un proche à moi qui est plutôt important pour un schéma familial type. Je voulais traiter de toute cette haine et de tout cet amour qui est mêlé dans la haine et dans l’amour. Et du coup j’aimerais bien en parler, mais je ne sais pas si je suis prêt. C’est un peu bizarre. En tout cas c’est par rapport à cette personne qui a été hospitalisée et que je voulais juste voir mourir, alors qu’on est pas vraiment censé avoir ce genre de pensée quand on est censé aimer la personne. C’est pour ça qu’il y a toute cette question sur le côté temporel et sur l’éternité. Est-ce que c’est un amour et une haine qui dépasse les frontières du temps ? Est-ce que je détesterais cette personne même quand elle ne sera plus là ? Est-ce que j’aimerais cette personne quand je ne serai plus là ? Donc voilà, ça traite de ça.

12. Tu évoques aussi plusieurs fois l’amour… euh, la mort. Sacré lapsus…!  (rires) Dans tes chansons, pourquoi faire ce parallèle amour/mort ?
Bah déjà c’était un très joli lapsus, et c’est ce qui va commencer mon argumentation. Déjà même dans la phonétique on est à une syllabe près d’un changement, et pour moi les mots ont vraiment une force, et étant français, ces deux mots se rapprochent vraiment, et il y a une évidence qui se crée, c’est complémentaire. Donc pourquoi je les rapproche ? Parce que je pense qu’il y a de la mort dans l’amour et de l’amour dans la mort, quand quelqu’un s’en va la seule chose qui reste c’est l’amour que tu éprouvais pour cette personne, et quand tu aimes quelqu’un il y a aussi une partie de toi qui meurt et qui va chez l’autre, donc pour moi c’est quelque chose qui est très complémentaire et c’est important d’en parler et de les joindre. Après je ne suis pas le premier à le faire et je ne suis pas le dernier, c’est quelque chose qui va vraiment bien ensemble. Je pense que toute personne qui a aimé quelqu’un et qui ne reçoit pas l’amour équivalent a juste envie de  mourir. L’amour unilatéral c’est destructeur, c’est horrible. Et dans la mort, il  y a ce côté, comme je te disais, de l’amour qui reste, t’as un excès d’amour et il n’y a  plus la personne pour le recevoir, donc cet amour tu ne sais plus où il va, tu es perdu. Et comme on est des humains, et qu’on est très animal finalement on arrive pas à concevoir des choses qui nous échappent et on arrive pas à savoir où va cette énergie qui n’a plus de réceptacle. Donc c’était important pour moi de lier les deux. 

13. Bien qu’il est vrai que la musique et le chant soul soit difficilement dissociable de la langue anglaise, as-tu déjà pensé à chanter en français ? Ou à composer des paroles pour un autre artiste en français ?
Ah oui oui, j’y ai déjà pensé ! Chanter en français j’y ai pensé je me suis vite arrêté, parce que comme je disais  j’écris pas mal et quand j’écris en français c’est tout de suite… enfin j’ai l’impression d’être Edgar Allan Poe, c’est quelque chose de toujours glauque, de très dark, etc. J’ai écrit quelques titres en français mais plus dans l’idée de les passer à quelqu’un d’autre, parce qu’en plus j’étais beaucoup plus dans les détails, forcément quand c’est ta langue maternelle, tu vas pas faire de concession, il n’y a pas de compromis avec tes sentiments. Avec l’anglais ily a un peu plus de recul, vu que c’est une langue, enfin ça va je la parle couramment donc c’est pas un problème mais j’ai pas encore tout le  vocabulaire nécessaire  pour aller vraiment toucher ce que je ressens, donc c’est une manière pour moi d’avoir plus de recul. Mais c’est peut-être un peu lâche hein, c’est peut-être une façon que j’ai de me cacher ! Donc j’ai déjà pensé à chanter en français, mais il y a tellement de gens qui le font à la perfection… et puis le français c’est une langue de caresse, et de subtilité. Je pense pas que mes caresses soient très subtiles, personnellement (rires), donc je suis je pense un peu trop violent et agressif pour le français. Mais si un jour ça arrive… nan ça n’arrivera jamais. Je vais pas mentir, ça n’arrivera jamais. 

14. Et j’ai beaucoup aimé la manière dont tu as mis en avant chacun des titres de l’album sur tes réseaux. Donc c’est intéressant que tu en aies parlé tout à l’heure. La réponse à ma question est donc assez évidente : est-ce que tu penses que l’amour dans les films, ou tout du moins la manière dont on veut nous le représenter, est réaliste ?
(Rires) NON ! Mais je trouvais que c’était une jolie façon encore une fois de se moquer, enfin de se moquer et de ne pas se moquer en même temps, parce que le segment qui a été pris ce ne sont que des couples qui s’embrassent, et quand ils s’embrassent l’émotion elle est là, tu ne vas pas tergiverser pendant mille ans. Mais après le fait de prendre des films plutôt mainstream, à part Murnau (L’Aurore, ndlr), c’était peut-être le moins mainstream de tous, celui sur No Love Without Risk, qui est mon film préféré donc pour moi c’était important, mais j’aurais pu choisir tellement d’autres films, de cinéma d’auteur ou indépendant, ou il y a des couples qui s’embrassent… mais c’était vraiment un choix que de choisir des films un peu plus mainstream, justement pour avoir ce côté remise en question. Et puis c’est aussi une idée qui m’a été soumise, j’ai une super équipe dans mon label, et ça me fait extrêmement plaisir, là je diverge un peu mais il y a majoritairement des femmes, et trouve ça génial, enfin je suis trop content. Enfin c’est une sensibilité qu’elles ont et qui se traduit plutôt bien dans mon projet. Elles sont venues avec cette idée là et c’était un coup de coeur. J’ai adoré, je trouvais ça génial, et c’est vraiment pas un mérite qui me revient. Mais on a choisi les films ensemble, ça m’a fait plaisir. Et puis il n’y a pas d’orientation sexuelle, pas de couleur de peau, pas d’âge… c’est quelque chose aussi qui était hyper important pour moi. Mais en tout cas ça ne dépeint pas une vision réaliste de l’amour !

15. Si tu devais choisir entre…
– Un concert d’Amy Winehouse ou de… ?
Amy Winehouse !
– Avoir 8 ans ou avoir 78 ans ?
Ah 8 ans, bien sûr. Parce que, c’est Cédric qui l’a dit hein, mais  « quelle vie on mène, quand on a 8 ans ! », enfin je sais pas si tu connais ce dessin animé, t’es peut-être née un peu plus tard que moi, mais il y avait un dessin animé qui passait à la télé, qui s’appelait Cédric, et la catch phrase c’était quelle vie on mène quand on a 8 ans. Tu verras. Et puis c’est drôle  que t’aies choisi 8 ans parce que, à chaque fois j’en parle avec mon manager, de 8 ans. Et moi je ne suis pas très fan des adultes de manière générale, c’est quelque chose qui me fait un peu péter un câble. J’aime bien traiter les gens de « kiddo », ou de « kid », c’est important pour moi, si tu regardes pas de dessins animés et que t’as 30 ans, bah t’as rien compris, c’est quand même très important de garder… enfin c’est même pas de garder, c’est de pousser son imagination, de croire que rien n’est encore fait, que ce n’est pas parce que le monde tourne comme ça qu’il devrait tourner comme ça, donc 8 ans, clairement. Je pense que si un jour je crée une ville, enfin pas du tout si « je » crée, mais si un jour un pays devait être créé il devrait être aux mains des enfants. Ça fait pas de concession les enfants, ça sait ce que ça veut, c’est rempli d’imagination c’est génial. C’est vraiment mes potes, quoi.
– Amour ou amitié ? Finalement c’est peut-être la question la plus difficile.
C’est la plus difficile. Avec mes potes on parle souvent de « paramour », c’est ce qui est un peu ce mix entre les deux, parce que j’ai un groupe de potes de 15 personnes, on se connaît depuis 15 ans maintenant, on est tout le temps fourrés ensemble. On s’aime à la folie mais on s’aime d’amitié. Mais… franchement je ne peux pas choisir, c’est impossible. Pour moi la source c’est la même, c’est juste les moyens de l’exprimer qui sont différents.

16. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug, alors qu’est-ce que c’est pour toi, un beau bug ?
Un joli scarabée ! (rires) Un scarabée vraiment tout mignon tout beau. Mais après j’ai eu le bug informatique et ça m’énerve un peu que ça m’est sauté en pleine tête. Et après quand tu prends juste les initiales ça fait bébé, c’est génial aussi, j’appelle tout le monde bébé de manière générale, donc j’aime bien ça veut dire trois choses en même temps c’est génial. Mais on va rester sur le petit scarabée, j’aime bien. 

17. Enfin, quels sont pour toi les indispensables à avoir dans sa bibliothèque musicale ?
Ok, on va partir sur trois trucs… Non, fuck that. Bon déjà en premier The Miseducation of Lauryn Hill, je le dis je le répète et je le dirais jamais assez, c’est les 20 ans en plus de la sortie donc génial. Et puis après… donc là on est un peu R&B… d’un point de vue motown, Etta James, clairement. Après si on veut aller dans quelque chose d’un peu plus old school, il y a Barbara Allen, qui est une personne incroyable qui s’est fait voler ses chansons parce qu’elle était noire… euh n’importe quoi je parle de Maxine Sullivan, mais qui a fait une chanson qui s’appelle Barbara Allen et qui est un peu une chanson berceuse dans la culture écossaise, celtique. Une très belle chanson, donc ça c’est pour le côté old school. Côté eighties… je sais pas, j’irai toujours sur un Queen, c’est un peu une évidence, il n’y a pas de groupe plus rock que Queen ! Un David Bowie avec un Ziggy Stardust parce que c’est un peu une évidence aussi… Niveau rap, The Message de Nas, enfin Illmatic, pour moi c’est un des meilleurs albums de rap… euh, franchement je sais pas j’en ai des milliards ! Et puis si on peut aller dans quelque chose d’un peu plus indé, il y a un groupe que j’adore qui s’appelle Insecure Men, qui fait du rock indé, et moi je suis un fan de rock indé, on écoute ça tout le temps en tournée, donc Insecure Man !

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Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug. 

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