L’Interview de Chinau

Aujourd’hui on vous présente Chinau, un jeune parisien plein de talent, pour la sortie de son Ep More Than a Feelin. On vous propose un voyage dans le te temps avec une house pleine de nostalgie, une house hypnotisante. Idéal en ce samedi pour vous qui avez envie de bouger !

Salut peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Cédric, j’ai 22 ans, j’habite en région Parisienne et je suis passionné de House musique. Je commence à avoir une petite activité musicale de plus en plus jouissive depuis cet été à peu près en tant que DJ/producteur. René Magritte et Laurent Garnier sont mes héros, je supporte le PSG, je suis incollable sur l’univers de Star Wars, j’adore Jake Gyllenhaal depuis Donnie Darko et rien ne vaut une bonne petite paire de NB. Voilà tu me connais un peu mieux.

Pourquoi « Chinau » ?
À la base je voulais quelque-chose qui n’ai rien à voir avec mon prénom, j’adore les types qui utilisent leurs vraies identité sur scène mais ces gars là ont bizarrement toujours des noms ultra stylés, le mien n’étant pas spécialement taillé pour faire nom de scène à l’américaine, cette option était à écarter. Du coup j’ai essayé de me pencher vers quelque chose de l’ordre du clin d’oeil, mon entourage m’a souvent trouvé des airs asiatiques alors que je n’ai rien à voir avec cette région du monde. J’ai toujours trouvé ça drôle alors j’ai décidé de jouer sur ce paradoxe et de me tenir à ça en authentifiant l’orth d’un “au” à la fin pour rappeler que je suis français et en attendant de trouver autre chose au cas ou, puis je m’y suis fait au fur et à mesure. Je te l’accorde ce n’est pas très recherché, mais j’aime bien moi en tout cas, ça sonne bien à l’oreille je trouve.

Tu commences la musique, un peu par hasard, par curiosité, qu’est ce qui t’attires vers elle ?
Mon oncle était un très grand guitariste ayant appris cette discipline en totale autodidaxie, mon père à également appris le piano, la guitare et la MAO (musique assistée par ordinateur) de la même manière. Bien que je regrette aujourd’hui un peu d’avoir été obsédé par le foot lorsque j’étais enfant et non pas par la musique, je pense que c’est cette capacité d’apprendre par soi même, de se créer un savoir par sa seule personne à l’instar de mon père et de mon oncle qui m’a attiré comme un aimant dans la musique. La première fois de ma vie que j’ai ouvert le logiciel Fruitty Loops sur l’ordinateur familial dans mon living par exemple, je ne m’étais à aucun moment dis que ça me permettrait de répondre à tes questions aujourd’hui par exemple

Tu parles de la musique comme une « science » , tu apprends les définitions qui lui sont attribuées, tu te renseignes sur son histoire.
Tu es la première personne qui me parle et qui personnifie la musique de cette façon.
Je trouve ça super important de maîtriser son sujet pour pouvoir le défendre face à d’éventuels détracteurs, j’aime la House music, je l’adore même, donc c’est de manière spontanée que j’ai eu envie d’apprendre à la connaître sous toutes ses facettes. La lecture, l’étymologie des mots, les définitions et tout ce qui est de ces ordres là sont des notions vraiment essentielles pour moi, je suis bachelier littéraire j’ai donc une certaine sensibilité pour la compréhension de l’essence des choses, et la musique en général a cette capacité mystique à créer des émotions diverses en nous, c’est donc là le sujet le plus intéressant qui soit en terme de science comme tu le dis.

Tu as grandi dans un endroit où c’était mal vu d’écouter de la musique électronique qu’on associait bêtement aux drogués, aux fous.
Qu’est ce qui t’as poussé à jouer de la house ?
Ça ne m’a jamais vraiment dérangé d’écouter des choses que je n’ai pas pour habitude d’écouter, je me dis que si il y a des gens capables d’apprécier un bon morceau de metal ou de raggae je peux le faire moi aussi, ça passe ou ça ne passe pas mais au moins j’aurais essayé et je pourrais le justifier par une critique fondée. Je trouve ça très important de rester ouvert d’esprit, de garder une espèce de curiosité pour les choses que l’on ne connait pas, et encore plus pour les choses dont on ne connait rien. Mais j’ai grandi dans un endroit ou ce leitmotiv n’est pas vraiment apprécié par tous (rires), les effets de masses ont ce quelque chose de négatif qui fait qu’on peut parfois aller dans la mauvaise direction par souci d’intégration. La musique de voyous (cf. rap français) c’était ce qui prédominait, et si tu n’en écoutais pas tu étais ostracisé d’une certaine manière, ce qui était mon cas étant donné que j’avais d’autres tendances musicales qui ne faisaient pas l’unanimité. Je prends l’exemple du rap français car il était en totale opposition à la dance music à mon époque, aujourd’hui les frontières se brisent petit à petit c’est cool, du coup ça me fait bien marrer maintenant quand je vois ceux qui disaient à tort que la House c’est de la musique de pd écouter du Jul dans un Golf GTI fenêtre grandes ouvertes en signe d’assumation. Cependant je ne regrette en rien d’avoir grandi là entouré de cette culture liée au rap français, j’adore le rap français, je connais mes classiques par coeur, ça fait parti de moi et ça me suit désormais. C’est en commençant à connaître l’histoire de la House dans ses origines, le message qu’elle porte, les combats que ses acteurs ont mené, que je me suis mis à aimer encore plus cette musique. C’est quelque chose qui m’a parlé explicitement dès le départ, on te prend comme tu es dans la house music, c’est une science du partage et de l’échange le tout dans l’euphorie générale pour le plaisir des sens. Cette musique à été crée par des afro-américains qui bidouillaient des machines dans leurs chambres pour vulgairement faire bref, donc je me suis spontanément identifié dans cette musique de ce coté là également. C’est cette ouverture d’esprit que nous avons en commun elle et moi qui m’a poussé à la jouer et la défendre au delà de ses sonorités qui sont magiques. J’aurais aimé vivre l’époque des raves, ça devait être quelque chose de fantastique.

Il me semble que White Knight Two de Surkin inspire chacun de te sons, peux-tu nous en parler ?
C’est le morceau qui m’a plongé dans la House music, je suis vraiment très attaché à ce morceau et je pense que c’est quelque chose qui ne s’explique pas forcément de manière rationnelle. Mais disons que j’avais quasiment toujours été habitué à entendre les même choses jusqu’au moment ou j’ai découvert ce track. Le break du début est monumental et le gimmick est magistralement dansant, avec cette voix féminine cutté à répétition, les chords de synthés avec cette grosse reverb, ça groove quoi ! La House est une musique qui parle à ton esprit et tes sens, c’est vrai ça fait un peu JCVD dis comme ça mais c’est vrai ! Et White Knight Two je l’ai ressentie plusieurs fois en live jouée par Surkin himself et c’est toujours là même sensation d’élévation à l’écoute. C’est aussi le fait de voir à quel point il vit ce morceau à chaque fois qu’il le joue qui perpetue ma passion pour ce titre. Je ne sais pas, il y a quelque chose de mystique qui s’est passé (rires) mais je pense vraiment pouvoir dire avec assurance que c’est l’un de mes tracks préféré, comme je le dis partout c’est vraiment mon morceau de référence. Bien entendu j’ai pleins d’autres sons en tête de pure House des pionniers que je pourrais défendre de la même manière, mais c’est grâce à Surkin, Para One et Institubes que j’ai ensuite découvert les Delano Smith, Gerald Mitchell, Derrick May, Boo Williams etc… et non pas le contraire. Je suis né en 92 j’ai donc du faire le chemin inverse et je trouve ça super gratifiant. White Knight Two à cette position privilégiée d’avoir fait naître en moi l’envie de découvrir cette musique et d’essayer d’en produire.

Il me semble que tu es très attaché à la musique RnB, soul et funk, qu’est ce qui t’attires chez elles ? Et comment les mêles-tu à la house ?
Ce sont tous des genres musicaux liés à mon enfance, leurs sonorités et leurs ambiance me ramènent un sentiment de nostalgie qui fait paradoxalement chaud au coeur. Je dois être un peu coeur d’artichaut sur les bords (rires) mais j’aime vraiment les musiques qui vous mettent dans des états d’esprits extrémistes, ce qui est le cas pour le RnB, je parle de celui des années 90 puisque c’est celui de mon enfance, les créations de l’époque pouvaient avoir ce ton super grave et triste mais tellement beau musicalement parlant qui vous permettait de vous sentir mieux ensuite, et j’ai retrouvé ce même sentiment dans la House music lorsque je l’ai découverte. La soul a ces même caractéristiques qui me tiennent à coeur, c’est la force de la voix qui prime. C’est magnifique d’écouter quelqu’un chanter un couplet avec passion, et la House à bien assimilé ces vocaux de manière solennel hérités du Gospel, la Soul et le Rythm and Blues puritain. les paroles des chansons de ces genres que j’ai cité précédemment sont en général lié aux souffrances qu’a enduré la communauté afro américaine, l’esclavage, la stigmatisation etc… je suis donc touché par ces mouvances musicales parce qu’il s’agit de mon histoire également d’une certaine manière. Le Funk et le Disco ont eux transmis à la House cet art de faire groover, danser, oublier ses problèmes, profiter de l’instant présent. Finalement la house est mêlée d’elle même au RnB, la Soul, le Funk, le Jazz, le Disco, car elle découle directement de ces genres musicaux.

 

Peux-tu me parler de ton nouvel Ep et de ta collaboration avec le label « Nymphony Records » ?
J’ai commencé à composer More Than a Feelin’ EP motivé par une envie d’exprimer mon rapport à la House, à la dance music et à la culture club. C’est bien plus qu’une musique pour moi, bien plus qu’un sentiment, c’est un état d’esprit, une symbiose avec soi même et le monde qui nous entoure, c’est une unité positive et c’est ce que j’ai voulu tenter de faire comprendre dans ce maxi. Il devait être composé de cinq morceaux initialement, puis deux on été écartés de la tracklist, l’un deux à été remplacé. Je me suis grandement inspiré de la House puritaine qui avait ce petit quelque chose d’assez atmosphérique, tout en gardant ce groove assez pêchu de nos jours. Il s’agit de mon premier EP mais je suis vraiment content du résultat final, j’ai beaucoup bossé dessus au niveau du mixage et du mastering avec un ami ingé son qui s’appel Florian Petit, à base de nuits blanches à carburer au café, c’est ce souvenir de ces soirées passées à bosser ce projet aussi qui fait que je suis content d’avoir une trace de tout ça désormais. Je pense que c’est ça le plus intéressant dans la musique et dans la vie en général, partager des choses qui se transforment en souvenirs avec des gens que tu apprécies. Ce qui peut m’amener à parler de Nymphony Records, j’ai pu transformer d’énormes moments en souvenirs qui me font sourire quand j’y repense aujourd’hui. Un jour Sonya la directrice artistique du label est venu me parler pour me proposer de participer au concours qu’ils organisent tous les ans, j’ai participé, été séléctionné, été jouer à Grenoble et signé avec eux pour finir en apothéose. Tout ça s’est enchainé de manière super agréable, j’ai rencontré de nouvelles personnes aussi superbes et intéressantes les unes que les autres qui sont devenus des références pour moi et sur qui je sais que je peux me reposer. Depuis que je marche avec eux les choses sont vraiment différentes pour moi car j’ai enfin pu me retrouver au sein d’une entité ou je comprends les gens et inversement, musicalement parlant, c’est vraiment du pain béni pour moi de pouvoir discuter avec des gens passionnés de House music et de musique électronique en général, dans voir dans maintenant dans mon fil d’actu facebook des gens qui postent des morceaux de techno, deep, bass que je ne connaissais pas encore. Je leur suis vraiment reconnaissant et je suis fier d’en être.

Quels émotions tu aimerais que l’on ressente lorsque l’on écoute un de tes sons ?
C’est assez difficile de répondre à cette question. J’aimerais qu’on se fasse plaisir je pense, procurer du bonheur à l’écoute d’un morceau je trouve ça super beau comme idée et c’est ce vers quoi j’aimerais tendre, mais y’a du taff encore (rires). Ma musique c’est un mélange de nostalgie d’années que je n’ai pas connu mais que j’ai le sentiment de connaître au fond de moi, mêlé au désir d’aller de l’avant et de relativiser. Je voudrais qu’on soit triste et content en même temps (rires) Je pense que j’ai aussi un gros besoin de procurer l’envie de danser, j’aimerais qu’on ne puisse pas resister à l’envie de bouger là tête en entendant mes productions. Quand je vais voir des DJ’s que j’aime en set et qu’ils jouent leurs propres morceaux à un moment donné, il se passe quelque chose qu’on ne peut pas définir ni identifier, c’est quelque chose de l’ordre de l’instant présent, immortaliser une émotion à un moment donné. c’est ce que j’aimerais faire ressentir en écoutant mes morceaux, qu’il y ai un échange entre l’auditoire et moi même, qu’ils soient récéptifs aux émotions que je ressens moi même en écoutant mes créations.

Tu aimes beaucoup la danse, surtout le Breakdance, est-ce aussi une manière de s’exprimer pour toi, ou de se défouler ?
Oui j’adore vraiment ça, je trouve que c’est le moyen d’expression le plus noble, le plus beau et le plus honnête. La danse et la musique sont indissociables pour moi, lorsque je mixe je suis heureux de passer des morceaux que j’aime mais je le suis encore plus de pouvoir danser librement derrière les platines et être moi même finalement. La danse traduit une manière d’être dans sa tête à un instant précis. J’ai fais du breakdance pendant quelques années, je trouve cette discipline magistralement belle et libertaire, j’ai été attiré par ce coté qui nous autorisait à sortir des sentiers battus tout en nous amusant. Ces années sont importantes pour moi puisque c’est à ce moment là que j’ai commencé à m’émanciper des choses qui me semblaient conventionnelles, le Breakdance m’a emmené droit vers la House music, il m’a inculqué des notions de groove, de rythme, d’harmonisation, c’était vraiment un bel échappatoire que j’ai désormais pu remplacer par la musique qui m’apporte les même bienfaits.

Quels sont tes projets, tes envies ?
J’ai envie de continuer à produire, mixer à des événements, faire de nouvelles rencontres, depuis que j’ai une “activité musicale” je profites à fond de chaque opportunité qui m’est donné et j’apprends de chaque nouvelle découverte. J’aimerais sortir de nouveaux maxi, faire un set à l’étranger, discuter de musique avec Laurent Garnier, découvrir toujours plus de morceaux. Mais surtout, garder cette grande curiosité de l’inconnu qui m’a mené là ou je suis pour le moment.

Qu’est ce qu’est un Beau Bug pour toi ?
Haha la pour le coup je vais te répondre que la création de la House et la Techno est le plus beau des Bugs.

Quelques indispensables a avoir dans son ipod ?
Boo WilliamsSummer love
Cece RogersSomeday
Omar S Set it Out
Laurent Garnier Acid Eiffel
Daft Punk
Revolution 909
Derrick MayIt is What it Is
RootstraxHarlequin
Galaxy 2 GalaxyTimeline
Para OneKiw

Tendrement,
Alix Darasse,
Le Beau Bug