L’interview de Latrapazar – L’instant volé de Pauline

Lors d’une après midi ensoleillée, à l’heure où le soleil est aux zéniths, Pauline m’accueille dans son bel appartement. Le café boue dans la cafetière et le plancher craque sous nos pied. Des photos sont affichées ci et là, du matériel est aussi éparpillé dans les recoins de la pièce. Pauline est une fille charmante qui répond avec aisance à mes questions. Elle paraît sûre d’elle mais n’est pas imbue pour autant.

Certes, Pauline est une obsessionnelle des jolies filles et de leurs belles formes. Elle les photographie beaucoup mais ne tombe pas dans le cliché des shootings sans âme ni originalité que vous pouvez voir défiler sur vos fils d’actualités Facebook. Pauline y ajoute un peu d’elle même : du texte, des prises de vues, des séries originales, des couleurs et des lumières personnelles. Rencontre…

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour ! Pauline, 21 ans, je suis étudiante dans la culture et les arts visuels, et je fais de la photographie depuis quelques temps entre mes cours de fac. Il s’agit d’une pratique qui s’est développée en passion au fur et à mesure des projets, des rencontres. Après des années à considérer la photographie comme quelque chose de « parallèle », aujourd’hui je pense qu’elle fait pleinement partie de ma vie. Et j’aime beaucoup cette évolution !

Quand as-tu commencé cette pratique ?

J’ai commencé la photographie il y a environ quatre ans, je faisais le portrait de mes amies au lycée. La manière dont je les photographiais a semblé leur plaire, et de fils en aiguilles on a commencé à monter des vrais projets photos. Depuis, je continue le portrait mais je m’intéresse aussi au nu, et de manière plus générale à la vision du corps en photographie.

Pourquoi la photographie ?

Je suis passionnée par ce medium artistique, d’abord parce que je l’ai toujours conçu comme un moyen de me relier à ce qui m’entoure, et en particulier aux personnes que je rencontre et que je prend en photo. J’aime dans le portrait capter la teneur de cette rencontre, les aspérités des regards croisés entre deux individus. Pour moi la photographie représente ce beau moyen de montrer des détails sur lesquels d’autres se n’arrêtent pas. La plupart des filles que je photographie sont des amies, donc on a mis en place cet espèce de langage sous-jacent : après quelques moments ensemble, je n’ai plus besoin de leur dire tourne ton visage, relève ton menton, avance ton épaule… ça ressemble beaucoup plus à un jeu de mime ! Elles comprennent ce que je veux, moi je fais très attention à ce qu’elles veulent… Je crois que c’est ça aussi la photo dites « intimiste ».

Comment-est-il venu l’idée de « LATRAPAZAR» ?

Latrapazar c’est un mot inventé pour évoquer la manière dont j’ai commencé la photo : j’attrapais les petits hasards que me tendaient mes amies ; des gestes, des mimiques, des réactions… Et j’en faisais des photos. C’est devenu le titre de la « galerie » web où je présente mes images. Je pense que même si je fais de plus en plus de « projets photo» avec un but bien défini à l’avance, la part de hasard est encore grande dans mes images. Ça me plait !

Tes inspirations ?

Elles sont nombreuses ! Si je devais choisir quelques noms de la photographie, je dirais Sarah Moon, Jean Loup Sieff, Richard Dumas, Dorothée Smith… il y a tant d’artistes qui font des images incroyables. Je pense que la peinture et le cinéma participent aussi à mon « inspiration », par exemple Matisse, Van Dongen, ou Wes Anderson, Rohmer, Godard… Mais je crois que ce qui m’inspire le plus ce sont les personnes que je prends en photo : leurs petits gestes, leurs détails, leurs regards, leur beauté singulière.

Beaucoup de tes sujets sont féminins : saurais-tu expliquer cette « fascination » ?

C’est vrai que je me focalise beaucoup sur les nanas. Je pense que le mot fascination est pas mal pour décrire ce que je ressens par rapport à elles… Je crois que mes portraits sont assez contemplatifs ! Je les regarde avec pour ambition de révéler quelque chose d’elles. C’est pas toujours facile d’ailleurs, on a tous tellement pris l’habitude de nous planquer derrière des petits sourires pré fabriqués. C’est le jeu, voir derrière les masques !

Tes photos sont souvent accompagnées de textes… ?

Oui ! C’est un exercice que j’aime beaucoup : essayer de trouver quelques mots pour accompagner des images. Le problème c’est que j’ai toujours peur d’en faire trop, alors j’essaies de limiter les textes à quelques lignes. En ce moment, je suis sur un projet de « conte photographique », où les images sont sous-titrées, et l’ensemble final raconte une histoire plus ou moins décousue. C’est encore un autre moyen d’associer image et langage.

S’il y avait un message, une idée à faire passer, quelle serait-elle par rapport à ton travail photo ?

C’est une question difficile ! Je pense que ça serait l’idée du regard respectueux sur l’autre… J’ai l’impression que le jugement est omniprésent, qu’il est rare de réussir à rencontrer quelqu’un en étant complètement ouvert à ce qu’il est, sans aucun préjugés. La photographie pour moi c’est un moyen d’aplanir tout ça, de voir simplement la singularité et la beauté chez l’autre. Il faut regarder l’autre avec émotion, je crois. Ça fait du bien.

Quel est ton rêve ? La concrétisation idéale de ton travail ?

Pour le moment j’ai encore énormément de choses à apprendre, donc c’est pas évident de me projeter… Mais je pense que plus tard, j’aimerais travailler dans le monde l’image, des arts visuels. C’est ce domaine qui m’intéresse parce que je crois que même si on est soit disant dans une société de l’image, voir de la « sur-image », je pense qu’il y a énormément à faire, à innover, trouver des nouveaux modes de transmission de la culturelle visuelle. Je ne sais pas encore à quel niveau je travaillerai exactement, je crois que c’est en fonction de comment je vais me construire, des gens que je vais rencontrer, des opportunités qui vont se présenter. On verra bien. J’ai hâte !

visage

Le mot de la fin ?

Je dois beaucoup aux filles qui ont un jour accepté d’être modèle, et qui m’ont permis de monter des projets photo dont je suis très contente. Le mot de la fin ça pourrait être alors : merci de votre confiance les belles! Et que ça continue, aussi.

Qu’est ce qu’un beau bug pour toi? 

Un beau bug ça pourrait être un enchevêtrement esthétique de hasards, ça pourrait être la sérendipité artistique, une erreur qui entraine quelque chose de beau, une étrangeté admirable. Je crois vraiment que nos beaux bugs sont importants, en tout cas!

Cette dernière question semble correspondre au travail de Pauline. Un peu d’involontaire et d’irréfléchie pour un instant magique enclin de beauté spontanée. C’est dans une dynamique à connotation surréaliste que la jeune photographe nous donne à voir une poésie arrachée à la réalité. Capturer une image unique, dompter son appareil et laisser de la place au hasard. Voilà un des enjeux de la photographie que Pauline semble apprivoiser de jours en jours. Et parce que vous n’avez encore rien vu, venez donc faire un tour sur sa Galerie Virtuelle..

Tendrement,
Clémentine Picoulet,
Le Beau Bug