L’interview de Bergmann

Crédits photo : Nicolas Prokopiadis

On l’a découverte avec son premier album No Curfew et on mourait d’envie d’en savoir un peu plus sur Bergmann, son univers kitsch et sa pop entraînante et mélancolique.

Également disponible sur Deezer.

1. Tu peux te présenter ?
Je m’appelle Bergmann, mon prénom c’est Emma mais mon nom d’artiste c’est Bergmann. Je fais de la musique, je suis autrice-compositrice-interprète. Et je viens de sortir mon album No Curfew.

2. Ton nom c’est Bergmann, pourquoi ce nom ?
Alors je l’ai pas vraiment choisi. En fait je veux changer de nom parce que je veux pas porter le nom de mon père parce qu’il a pas grand chose à voir avec qui je suis. Je cherchais d’autres nom et je suis une fan de cinéma de ouf. J’avais fait une liste de noms et il y a quelqu’un qui m’a dit Emma Bergmann ça a de la gueule. Et puis en plus pour moi il y a un lien avec Ingrid Bergman, Ingmar Bergman qui résonnent de ouf avec mon univers cinématographique qui fait partie de qui je suis.

Donc ce nom, ça n’est pas seulement ton nom d’artiste ?
C’est ça, je suis en train de faire les démarches. Je fais les démarches pour aussi avoir le nom de ma mère parce que ça a du sens pour moi, et parce que je veux qu’on m’appelle par ce nom.

Crédits photo : Nicolas Garrier

3. Comment la musique a commencé pour toi ?
Un peu par hasard. J’ai la croyance certaine que je chantais très faux à la base (rires). Et à force de chanter sur les musiques des gens que j’aime, ça a fini par ressembler à quelque chose. J’ai commencé à chanter en soirée, comme tout le monde à brailler sur des trucs. Après j’ai fais pleins de tentatives aussi pour essayer d’arrêter l’école, j’allais dans une école à temps partiel. J’ai demandé à faire une école de comédie musicale parce que c’était le seul truc qui me permettait de bouffer un peu de temps sur l’école normale. Ça m’a pas plu. Finalement j’ai fais du gospel, je me suis inscrite dans une troupe de gospel quand j’ai arrêté les études, à 15 ans. Et ensuite je suis allée faire des open mic, donc je chantais avec d’autres personnes. J’ai eu deux groupes et en fait à la fin je me suis dit que je préférais faire des choses un peu avec mes propres règles et mes propres influences.

“C’est une force qui est sortie de moi”

4. Qu’est-ce qui t’inspires pour alimenter ce personnage très kitsch que tu as créé ?
En fait c’est venu assez naturellement, quand je kiffais quelqu’un qui avait été très nocif pour moi et qui finalement m’avait rendu un peu transparente. J’étais devenue l’ombre de moi-même. Je crois que naturellement, j’ai pas ancré le personnage, il est sorti de moi. Je pense que j’avais besoin de cette figure folle, complètement exubérante, complètement sur-assumée, complètement too much. En fait je commençais à devenir comme ça de plus en plus d’ailleurs (rires) parce que j’avais besoin d’aller à l’opposé de ce que j’avais été pendant plusieurs années. J’étais en train de m’éteindre. Donc voilà, c’était une sorte de force qui est sortie de moi et ça ressemble à ça.

5. Tu as signé ton retour avec Cross My Heart que tu as sorti pendant le confinement. Il est né comment ce titre ?
Alors déjà, si j’ai sorti le clip pendant le confinement, c’est parce que l’album avait déjà pris un an de retard à cause de covid. Donc en fait Cross My Heart je l’avais déjà écrit, c’est juste que j’étais censée tourner un clip au moment où le covid est arrivé et j’étais tellement triste, tellement frustrée, tellement dépassée par les évènements que je me suis dis vas-y on prend un appareil photo qui fait caméra, on prend un fond vert et j’achète des fringues sur internet et on va voir ce que ça donne. Donc avec trois potes on a fait ça et ça m’a fait grave du bien. Après ça s’éloigne vachement de ce que j’ai l’habitude de faire, le DIY c’est pas trop mon truc. Ça s’éloigne de ce que j’ai envie de proposer. Mais finalement ça m’a fait du bien de sortir un truc en fait. Parce que c’est une industrie qui est inquiétante encore plus par les temps qui courent. Donc c’était une manière de pas m’éteindre encore une fois.

6. Le premier morceau de l’album, c’est Pitty Party. Un titre que tu as composé dans des circonstances bien particulières, est-ce que tu peux nous en parler ? Dans quelle mesure ces circonstances ont influencées ton travail ?
J’étais en pleine compo d’album et je voulais faire des nouveaux titres. Il y avait une prod que j’aimais beaucoup qu’on m’avait proposé. Et en fait j’étais en studio avec lui et en fait c’était le jour où Philippe Zdar est mort, le mec de Cassius. Je connaissais pas du tout ce mec donc moi j’étais triste mais comme n’importe qui qui le connaissais pas. Et en fait quand on est arrivé en studio je me suis rendue compte que les mecs avec qui je bosse le connaissent très bien et que c’était même un ami proche. Donc il y a une ambiance très triste, et je me suis dis je ne peux pas écrire sur mes histoires d’amour aujourd’hui ou ce genre de chose, ce serait un peu indélicat. J’ai voulu écrire une chanson un peu pour les consoler et je suis contente parce que c’est leur préférée de l’album. Je sais pas à quel point ça les a consolé mais en tout cas c’est une sorte de cri emphatique de je suis là pour vous les gars. C’était pour un peu parler du deuil et c’est plutôt une chanson pour les gens qui restent quoi.

7. Tu as réalisé toi-même le clip de Love Potion, est-ce que ça t’as plu la réalisation ?
J’ai trop kiffé, je suis une folle de cinéma depuis petite. J’ai toujours eu envie de réaliser mais comme j’ai arrêté l’école à 15 ans, je me disais que fallait forcément faire des écoles. Donc j’étais contente de voir le process du clip en tant que l’artiste mais ça devenait frustrant donc j’ai d’abord commencé à écrire le clip et après je me suis dis mais en fait il faut que je le réalise moi. En plus, je ne pourrais pas me plaindre derrière parce que c’est moi qui l’ai fait. C’est vrai que je suis Capricorne et j’aime bien avoir le contrôle (rires) sur pas mal de truc. Donc c’était trop kiffant et surtout ça s’est passé hyper bien, on a réussi à faire un clip qui à l’air de coûter vachement plus de tunes que ce qu’il a réellement couté. Pour ça je suis hyper fière, je pense qu’il y a une vraie performance de la part de l’équipe.

8. Le nom de ton album c’est No Curfew. Pourquoi ce nom ?
No Curfew c’est marrant parce que ça veux dire pas de couvre-feu (rires). J’avais choisi ce titre il y a plus de deux ans parce que je voulais un peu prévenir les auditeurs que je ne me mettais pas de limite, de genre ou d’émotions ou de langues même. Il y a du français, de l’anglais, de la pop, du R’n’B, des morceaux un peu plus instrumentaux aussi. Voilà, c’est plus pour ça et après il y a eu une pandémie mondiale et d’un seul coup tout le monde me disais ah c’est malin, de choisir ce titre. Et je me disais c’est pas malin je vous jure (rires), ça fait longtemps que j’ai choisi ce titre, et voilà quoi c’est marrant. J’espère que mon prochain album ne s’appellera pas apocalypse, sinon on est dans la merde (rires).

“You gotta at least try”

9. Je trouve qu’on sens pas mal l’influence du R’n’B dans ta musique, notamment avec le titre Something Real. Est-ce que ça fait partie des styles qui t’inspirent et que tu écoutes beaucoup dans la vie de tout les jours ?
Oui c’est exactement ça en fait, avant d’aller en studio, je vais être influencée par tout ce que j’écoute. J’écoute beaucoup de R’n’B 90, les trucs comme ça. Plus 90 que les trucs qui se font maintenant, donc c’est naturel quand j’arrive en studio j’ai pas envie de faire des opéras (rires). En fonction de ce que je vais écouter sur le trajet et la journée, c’est sur que ça va influencer ce que je vais faire derrière. Après, je fais pas que du R’n’B mais c’est vrai que c’est un truc qui me plait, avec l’anglais ça marche vraiment bien. J’ai pas encore vraiment réussi à faire un truc R’n’B en français, mais ça va venir c’est sûr.

10. Billionaire est l’unique titre où tu mélange le français et l’anglais. Pourquoi ce choix ?
Il ya des choses que j’arrivais pas forcément à dire ou à exprimer de manière aussi simple que j’ai pu le faire en français. J’ai un peu fais exprès d’écrire de manière très basique et je comptais apporter une écriture un peu différente, un peu plus sincère peut-être. C’est venu naturellement et ça a été une découverte pour moi car je ne pensais pas l’assumer, je ne pensais pas aimer ma voix en français et finalement ça allait. D’habitude j’aime pas trop les chansons qui mélangent deux langues et en fait je trouve ça bête parce que plein de fois je peux être surprise par des artistes qui le font et je trouve ça très cool. Je sais qu’il y a November Ultra qui met de l’espagnol dans ses chansons, avec de l’anglais et je trouve que ça marche très bien. Elle parle très bien anglais et elle est à moitié espagnole donc ça a du sens. Moi c’est pareil, c’est juste pour ramener un peu plus de moi et d’authenticité un peu dans le truc.

Donc c’est vraiment une question de feeling, le moment où tu changes de langue?
Oui, rien n’est prémédité. Quand j’écoute une prod, maintenant que je sais que je sais chanter en français aussi, je vais essayer un peu en anglais et si je trouve que ça marche pas, je vais passer en français. Il faut improviser et je pense qu’il ne faut pas se brimer artistiquement et encore moins à cause d’une langue ou ce genre de chose.

11. Qu’est-ce que ça a changé la sortie de ce premier projet pour toi ?
Ça fait beaucoup de bien. Même au corps, c’est trop bizarre mais je pense que j’étais hyper tendue que ça sorte pas. Ça faisait longtemps que j’attendais que ça sorte parce que moi je savais tout ce qu’il y avait sur cet album. C’est comme si t’étais enceinte et qu’au bout de 9 mois on te dit, attends encore deux ans (rires). C’était vraiment pesant et quand c’est sorti j’ai l’impression que ça m’a ouvert mes chakras (rires). D’un seul coup j’étais beaucoup plus détendue et surtout, ça me permet de pouvoir me dire que maintenant je peux commencer à créer d’autres choses et à avancer sur la suite. Et ça c’est trop cool, parce que je peux le faire sans pression, sans rien et les réactions des gens ont été assez incroyables. Je reçois toujours des messages, il y a des gens qui font l’amour sur mes chansons (rires). Il y en a qui m’envoient des vidéos d’eux qui écoutent en voiture, sous la douche, enfin c’est trop cool. Je vois qu’il y a des gens de tout horizons. Il y a une anesthésiste qui m’a écrit, il y a un monsieur de 60 ans, une meuf de quinze ans et je trouve ça trop cool.

“I need a punch in the heart”

12. J’aime beaucoup le morceau Morpheus Where U At car je trouve qu’il y a un mélange intéressant de pleins de choses différentes, un beat un peu hip-hop et une voix très posée. Ça s’est passé comment la composition de ce titre ?
En fait c’est une prod de Louis Dureau et Guillaume. Ils étaient venu chez moi et il s m’avaient fait écouter ce titre, qui n’étais pas encore comme ça mais il y avait ce genre de gimmicks dedans que je trouvais trop cool. La chanson je trouve elle à un côté un peu trip-hop que moi j’adore. J’en écoute pas mal et ça me faisait un peu penser à ça. Pour moi elle a un côté un peu dark d’une certaine manière. Ça m’a ramené tout de suite à mes insomnies. Je suis une grosse insomniaque, je m’endors à épuisement. Du coup c’était un peu moi qui parle à mon insomnie et qui lui dit de me foutre la paix quoi. Parce que par moments, ça a pu m’empêcher de vivre ou de créer autant que j’aurais aimé le faire. C’est une sorte un peu de moment où je me dis mais meuf dors quoi (rires). Je sais pas si tout le monde comprend que ça parle de ça, j’ai fais un peu exprès que ce ne soit pas vraiment expliqué.

13. Un prochain projet en préparation ?
Là je commence en tout cas à écrire des nouvelles chansons. Pour le moment j’ai commencé par du français, et puis on verra. De toute façon je prémédite pas donc on verra si il y aura de l’anglais aussi. Je suis déjà en train d’écrire des nouveaux trucs parce qu’en fait je pense que dans le processus de libération qu’on a quand on sort un album, il y a une sorte de flow de créativité qui vient derrière qu’il ne faut pas arrêter. Je me lance là dedans quoi. Et je pense que je vais faire un clip pour une des chansons de l’album. Je suis en train de réfléchir à ça, je pense sortir un truc début septembre. Ce serait peut-être co-réalisé par moi parce qu’avec tout ce que j’ai en tête je serais beaucoup devant la caméra. En tout cas je vais l’écrire, c’est sur et je pense que je vais faire un clip assez ouf, j’ai trop hâte !

14. C’est quoi ton duo rêvé ?
J’aimerais bien faire un truc avec Mark Ronson, ce serait mon rêve. Je le trouve trop stylé ce mec. Il a fait des trucs de ouf avec Amy Winehouse, il est très fort dans ses collaborations avec des artistes féminines et pour moi c’est toujours bon signe (rires). Un mec qui arrive à donner confiance à des femmes, surtout dans l’industrie musicale. Donc ouais, je kifferais trop ce serait trop stylé.

15. Tu préfères :

– R’n’B ou pop ?
Ah c’est dur (rires) mais R’n’B.

– Le kitsch ou le chic ?
Kitsch à mort.

– La fête ou la sieste ?
La fête et après la sieste. Mais la fête quand même.

16. Une anecdote à nous faire partager ?
Pour le clip de Love Potion, comme depuis toute petite quand j’ai des trucs stressants je me fais des boutons de fièvre. Donc la veille du tournage du clip je me suis évidemment fait un bouton de fièvre. Mes voisins ont fait la fête jusque’à cinq heures du mat’ et mon chat a accouché (rires). Mais on a fait un clip de ouf donc croyez en vos rêves et vous laissez pas écraser par des petits trucs de merde comme ça, il faut foncer et ne pas se laisser abattre !

17. Quels sont tes indispensables musicaux ?
Diana Ross à fond, Frank Ocean et The War on Drugs.

18. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug. C’est quoi pour toi un Beau Bug ?
Un beau bug c’est ce qui se passe en ce moment. C’est réussir à faire quelque chose de beau d’un truc relou. C’est réussir à transformer une situation merdique et à en tirer quelque chose de positif.

19. On peut te souhaiter quoi pour la suite ?
D’être écoutée à fond, que les gens continuent à m’envoyer des photos et des vidéos de là où ils écoutent ma musique. Et faire des concerts, faire de la musique jusque’à ce que je meurs (rires).

Retrouvez Bergmann sur les internets :

Facebook
Instagram

Tendrement,
Valentine de Cormis
Le Beau Bug

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    12 − 2 =