L’Exposition – Bill Viola au Grand Palais

L'exposition Bill Viola

A travers cette restrospective de l’artiste américain Bill Viola, les galeries nationales du Grand Palais dédient pour la première fois leurs espaces à l’art vidéo. L’événement s’inscrit dans la continuité de deux autres expositions importantes célébrant des artistes de la discipline qui ont eu lieu cette année à Paris : Philippe Parreno au Palais de Tokyo et Pierre Huyghe au Centre Pompidou. L”art vidéo se fait désormais une place au sein des institutions et en bouleverse les codes.

Vue de l’exposition de Philippe Parreno, “Anywhere, Anywhere, Out Of The World”, Palais de Tokyo, 2013. Photo : Aurélien Mole.

Vue de l’exposition Pierre Huyghe au Centre Pompidou,
The Host and The Cloud, 2009-2010.

Ces trois expositions participent en effet d’une même déconstruction de l’espace muséal traditionnel. L’univers de Philippe Parreno s’est emparé de manière inédite de l’ensemble du Palais de Tokyo dont l’architecture est devenu un élément essentiel de la mise en scène, dictée par le ballet d’Igor Stravinsky Petrouchka qui en a scandé les différents mouvements, tandis que Pierre Huyghe a littéralement fait exploser les cimaises du Centre Pompidou en y transposant la vaste installation initialement conçue pour la Docmunenta 13. Avec Bill Viola, l’exposition est à nouveau pensée comme une oeuvre d’art totale dans laquelle le spectateur est invité à s’imerger. Dès la vidéo Nine attempts to achieve immortality, l’artiste intéroge la capacité du visiteur à pénétrer les oeuvres en métant en abîme sa position d’observateur à travers un face à face silencieux avec un visage d’homme fixant l’objectif sans sourciller et … sans respirer.

Bill Viola, Catherine’s Room, 2001 © Bill Viola

Bill Viola, Four Hands, 2001 © Bill Viola

Bill Viola, Three Women, 2008 © Bill Viola et Hans Baldung, Les Trois Ages de la Vie, vers 1510.

Plus qu’une simple contemplation, c’est donc à une véritable expérience méditative que Bill Viola nous convie, renforcée par le traitement général des vidéos au ralentis et le recours à une esthétique maniériste héritée de la grande peinture des XVIe et XVIIe siècles. De ces tableaux qu’il anime, il reprend également les thèmatiques simples et universelles liées à l’écoulement inéluctable du temps. Les différents moments de la journée (Catherine’s room) renvoient aux différentes périodes de l’existence (Four hands) comme les Three women rappellent Les Trois âges de la vie peints par Hans Baldung vers 1510. De même, les afres de ce dépérissement rampant sont mis en lumière à la manière d’un Caravage par le diptyque Man searching for immortality et Woman searching for eternity.

Bill Viola, Man searching for immortality et Woman searching for eternity, 2013 © Bill Viola

Le Caravage, Saint Jérôme, 1605.

La mort et l’au-delà sont finalement au coeur de nombreuses oeuvres, que ce soit le magistral Tristan ou le vaste Going Forth By Day qui occupe la totalité d’une salle par ses quatre vidéos. L’une d’entre-elles met explicitement en scène ce passage de l’un à l’autre par la double représentation du chevet d’une mourante et du chargement de ses biens sur un bateau, faisant à la fois écho au déménagement qui se déroule sur la vidéo adjacente et à cet ultime voyage des condamnés à bord de la barque de Charon conté par la mythologie grecque. L’idée du transit anime également le groupe ininterrompu de marcheurs présenté en face comme les couples qui arpentent inlassablement le désert dans les vidéos Walking on the Edge et The Encounter. Ces thématiques sont accentuées par la confrontation d’un ensemble d’oppositions binaires : la jeunesse défie la vieillesse avec Heaven and Earth, une sculpture composée de deux téléviseurs représentant d’un côté le portrait du fils de l’artiste nouveau-né et de l’autre celui de sa mère agonisante et qui renvoie également dans sa forme aux prémices de l’art vidéo auxquels Bill Viola a participé aux côté de Nam June Paik ou de Bruce Nauman ; le féminin côtoie le masculin dans Surrender, Walking on the Edge et The Encounter ou encore Man searching for immortality et Woman searching for eternity ; et enfin, le feu succède à l’eau avec Tristan puis Fire woman. Cette tension entre les opposés est particulièrement présente dans le couple de vidéos Walking on the Edge et The Encounter, présentées l’une en face de l’autre et figurant d’un côté, un couple de femmes arrivant et se rejoignant et de l’autre, un couple d’hommes s’éloignant et se séparant.

Bill Viola, Going Forth By Day, “The Voyage”, 2002 © Bill Viola

Bill Viola, Tristan et Fire Women, 2005 © Bill Viola

L’ensemble traduit un questionnement spirituel qui a accompagné toute la vie de Bill Viola, fortement influencé par l’héritage chrétien comme en témoignent les nombreuses références christiques qui ponctuent ses oeuvres, mais aussi par d’autres cultures et notamment par l’Orient où il s’est régulièrement rendu et où il a fait la découverte de la philosophie zen. Cette seconde influence est particulièrement perceptible à travers l’importance accordée aux éléments naturels. On retrouve des effets atmosphériques dans The Veilling, une projection décomposée sur plusieurs voiles transparants, ou Chott Le Djered qui film les mirages du désert à la manière d’une aquarelle de Zao Wou-Ki, mais c’est l’eau qui domine la plupart des vidéos, ce que l’artiste explique par une expérience esthétique qu’il a vécu étant enfant alors qu’ayant sauté dans un lac, il a failli se noyer.

Bill Viola, The Encounter, 2012 © Bill Viola

Bill Viola, Walking on the Edge 2012 © Bill Viola

De la même manière et au-delà des mots, les oeuvres de Bill Viola sont une expérience esthétique intense qui se jouent du temps autant qu’elles le questionnent.

Tendrement.

 

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