JULIETTE ARMANET – BRÛLER LE FEU

Crédits : @studioletiquette

Existe-t-il un sujet plus sérieux que l’amour ? Une seule chose où il n’y a jamais d’ « à part ça » ? Voilà ce qui fait la soif de tous les instants : l’amour et la crainte, qui ne nous abandonnent pas et dont les plaisirs ne peuvent jamais ennuyer.

Il existe des albums qui brûlent le coeur et qui n’imposent pas de sens mais de mystères.

Brûler le feu, sorti le 19 novembre, est de ces disques libres qui parle de nous et de ceux dont on n’attend qu’une seule chose : celle d’être en vie.

Juliette Armanet est exigeante, elle fait le tour de la question. Elle tisse le jour et défait la nuit, pourrait passer l’éternité à trouver le mot juste et l’émotion qu’il faut. Elle a quelque chose de Pénélope. Elle enfile son habit de lumière et déclare l’incendie que l’on ressent en soi quand le coeur fait Boum Boum Baby.

Brûler le feu (expression.) : consumer le feu par le feu.

Voilà qui résume cet album. Il active les muscles du désir : l’écouter, c’est toucher un fil électrique à nu.

Brûler le feu n’a rien à perdre. Il roule en décapotable à toute allure sur l’autoroute et laisse la dynamite derrière lui sans même observer l’explosion. Il a quelque chose de Thelma et Louise, de l’allumette craquée qui s’éteindra dans quelques secondes et qui nous fait nous dire que l’on peut tout donner de soi pour que l’on est quelque chose à nous.

Juliette Armanet a le coeur à l’aventure et la tête à la lutte. Elle ne laisse rien à l’amnésie et se raconte ces légendes dont on se fiche de savoir si elles sont vraies puisqu’elles existent.

Un album qui commence par « C’est la fin », ça annonce forcément quelque chose de nouveau non ? Le dernier jour du disco, c’est le début de ces amours incandescentes que rien ne peut éteindre, que nous convoitons et pour lesquelles nous dépensons des années à la poursuite tandis que la société séduisante nous offre des mots que l’on écoute à peine.

N’avez-vous jamais eu l’impression que les souvenirs d’un amour errent dans les endroits que l’on a traversé ? Qu’ils sont les seuls à défier le temps ? Avec Qu’importe, on se demande : ne pas vouloir oublier, n’est-ce pas la meilleure façon de guérir, sinon la plus belle ?

L’artiste chante le coeur et ses traces, celles que l’on entend partout et sur lesquelles on s’arrête.  

Je ne pense qu’à ça, parle de l’obsession et du tissu dont elle nous entoure. Elle raconte la vie secrète que l’on enferme avec soi lorsque l’on tire, tout tremblant, le verrou de notre chambre, que l’on remonte les draps par dessus sa figure et que sonnent pour toute la ville les heures d’insomnies des amoureux.

Il y a, dans le fait de s’adresser à un absent, quelque chose de désintéressé et de touchant. Cette musique garde en elle l’obsession de chaque amour pour les suivants.

Juliette Armanet poétise l’ubiquité et le danger d’adoration que l’on trouve dans les aimés. Rien est indifférent à leurs charmes. On y redécouvre la sensation que l’on observe en soi lorsque chaque chose devient l’ombre de sa pensée, chaque image, chaque son et que l’on se demande, angoissé, si nos sens sont détruits ou s’il n’en sont que plus développés.

« Je m’invente une histoire, je me parle de toi »

Vertigo fait se dérober le sol sous nos pieds. Elle fait sentir la Terre tourner et le coeur chuter. Elle donne envie de jouer à cache-cache et de perdre la partie pour ne pas faire semblant. C’est littéralement le vertige de l’amour : les yeux qui fuient par peur d’en dire trop, l’hésitation et le manque de courage.

Et si on laissait le corps parler pour nous ? Si on laissait pour seul habit, Le Rouge aux Joues, les couleurs du coeur ? Qu’on acceptait le langage du corps effronté qui dépasse notre bon-vouloir ? La musique du corps s’harmonise au coeur.

L’Épine, la blessure sublime et inconsolée qui infecte la peau. La cicatrice qui demande au coeur de s’obstiner mais qui rend le corps défaillant.

Juliette Armanet parle aux attachés de la peine, à ceux qui ont bien trop peur du vide pour s’arrêter de souffrir, qui y croit si fort qu’ils ne veulent la quitter et qui préfèrent encaisser les coups que d’un jour, ne plus rien sentir. L’épine, c’est celle qui construit, qui s’installe dans la chair et qui change l’ADN à jamais.

Dans Imaginer l’amour, Juliette Armanet scénarise la beauté et le désespoir dans lesquels l’imagination peut nous faire tomber. Elle se joue de la séduction du non-fondé : la liberté des amoureux et de ceux qui se rêvent seul à deux.

Qui peut affirmer ne pas être battu à l’imagination ? Elle est la superbe ennemie de la raison et développe le vrai, caché sous l’apparence : c’est l’image charmée.

Imaginer l’amour, c’est l’acte le plus héroïque : rester là quand tout prend feu. C’est abandonner le réel, c’est se faire souffrir et en redemander, c’est le travail fécond et barbare de l’esprit sur lui-même car il semble n’y avoir de vie que dans les idées.

Il existe dans la séparation de la pensée et de son individualité, une confusion de l’existence qu’il faut prendre telle que l’on nous la donne. Imaginer l’amour est le conflit de l’expérience intime qui acquiert sa fonction privilégiée. On accède à une liberté contemplative qui ne peut exister qu’à travers nous-mêmes. La chanteuse fait transparaître les coeurs et tend à la résignation passive. ( » Tu m’inspires tellement que je me sers de toi. », Charles Baudelaire à Mme Sabatier).

N’a-t-on jamais eu la sensation d’avoir le don d’amour endormi ou même tué ? Elle se moque des apparences. Ce qui l’intéresse, c’est le versant mystique de l’amour. L’imagination fait travailler le sang et exploite la réalité sans qu’on ne puisse jamais la saisir.

« On a beau fredonner « Only you », y’a toute la terre qui tourne autour de nous »

Juliette Armanet chante les brûlures créatrices, celles que se font deux coeurs à l’aventure. Elle transforme la matière au risque de se blesser, et plonge sans relâches dans le foyer de l’intimité de l’expérience amoureuse, celle qui nous en apprend plus que n’importe quelle formation. L’artiste rassemble les peines, laisse couler les larmes et remonte sur son piano puisqu’il faut bien consentir à soi-même.

On dit souvent que l’on trouve dans une chanson ce que l’on veut y voir. Une seule chose sûre : il faut écouter l’album de Juliette Armanet comme il a été écrit : romantiquement.

Il y a de tout : du disco et des sonorités d’adolescents des nineties, du piano-voix et son empire des sens, des clins d’oeil aux Boyz II Men,  à Lenny Kravitz et l’insolence de la pop.

Juliette Armanet réussit avec grandeur et charme le labeur de donner corps à ses idées et d’exposer sa pensée ouverte et intensifiée par la chaleur de la création. La seule justification de son oeuvre, c’est sa vie.

Quand la musique est parfaite, elle met le coeur exactement dans la même situation où il se trouve quand il jouit de la présence de ce qu’il aime : le bonheur le plus vif qui existe sur cette Terre. On croit goûter à tous les instants assez pour se souvenir de leur saveur et voilà que le lendemain tout est oublié, que l’on ne sait plus dire un mot et que la beauté tient au silence qu’elle instaure.

Il est clair que Brûler le feu a cet effet : celui de faire songer vivement à ce qui occupe et il est encore plus sûr qu’en l’écoutant, on se lit dans le coeur.

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Tendrement,
Louise Lecluse
Le Beau Bug

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