Les immersions technologiques et spatiales de Joseph Popper

Joseph Popper est un jeune artiste britannique qui examine l’espace et l’environnement du voyage pour imaginer des récits. Il commence ses travaux avec un élément du présent et le projette dans un cadre futuriste. Son travail lourd de concept et immersif fait le lien entre cinéma, design et architecture.

A partir de deux œuvres clés de sa production artistique, l’artiste nous dévoile l’honnêteté et la rigueur de son processus créatif. En effet, The Same Face de 2015 et One Way Ticket de 2012 ont été réalisées avec des matériaux simples du quotidien comme du carton et des bouchons de bouteille. Il assemble ensuite ces éléments, pour créer un décor à échelle humaine. S’inspirant des effets spéciaux cinématographiques, ses œuvres transforment des lieux et des objets du quotidien. Elles simulent des scénarios spéculatifs et des expériences fictives.

Deux oeuvres clés

L’installation The Same Face joue sur les similitudes entre le coté ludique des simulateurs de vol et les postes de commandes réels des drones. Le dispositif est fait de simulation par la matière, effaçant toute volonté illusionniste. A l’intérieur de la pièce, on trouve trois films reprenant des images de caméra embarquées. Le point de départ de ce travail est le bombardement du Grand Hôtel de Brighton. Ces images qui nous semblent proches reflète toutefois la distance entre le pilote et la ligne de front. En outre, l’imagerie explore comment la guerre moderne est rendue comme dans un jeu vidéo. Ainsi, les bords du réel et le virtuel se floutent dans la transmission de pixels animés.

Joseph Popper nous positionne de façon ambiguë face à un poste de commandes virtuel, aux allures innocentes, d’une guerre réelle. Par la simulation, l’artiste nous fait participer à de nouveaux récits. Il trouble le réel et la fiction pour créer des œuvres immersives dans lesquelles notre rapport aux choses et aux mondes change.

L’oeuvre The One-way Ticket propose d’envoyer une personne en voyage dans l’espace d’où elle ne reviendra pas. L’idée de ne pas revenir ouvre un scénario exceptionnel jusqu’ici sans précédent dans l’histoire du voyage spatial humain. Le projet se concentre sur l’expérience d’un astronaute solitaire et interroge les facteurs humains face à une mission à sens unique. Différents éléments sont réunis pour ce projet : un court métrage, une capsule spatiale et la carte du parcours de la mission. Le film décrit une série d’épisodes transmis à bord du vaisseau spatial. La carte trace les étapes clés du voyage qui s’étend au-delà de Mars. Puis, les épisodes du film simulent l’expérience  et certains des phénomènes psychologiques uniques qui pourraient survenir lors d’un voyage à sens unique dans l’espace.

Construit avec des matériaux bas de gamme et recyclés, l’artiste dévoile l’honnêteté de l’esthétique du projet: zéro gravité, zéro budget. Pour lui, c´est un projet basé sur notre perception de l’espace comme l’un des derniers bastions de la découverte. Alors que les frontières de l’exploration humaine diminuent sur Terre, le voyage à sens unique contraste avec les paradigmes du tourisme et rafraîchit la promesse d’un espace d’aventure et d’émerveillement.

Popper a ainsi une capacité à réaliser des films présentés dans leur propre architecture. Simuler le mouvement d’un drone sur des paysages inaccessibles ou imaginaires constitue certainement un défi technique. C´est à travers la scénographie des films et les effets spéciaux qu´il s’intéresse à l’architecture de la production cinématographique. En outre, le cinéma en tant que médium offre tant de potentiel pour transmettre des récits et des atmosphères complexes.

L´artiste démontre une forte volonté pour travailler sur de faibles budgets. Cela l´encourage à accepter des contraintes et à être plus inventif, “débrouillard”, selon ses propres mots et ludique.
Cette question du budget est essentielle au cœur du travail de l’artiste. En effet, le budget définit son travail et lui donne une certaine sensibilité, souvent cohérente avec les thèmes. De simples matériaux sont transformés à travers l’objectif de la caméra en quelque chose de fantastique. Joseph Popper affirme que « si j’avais des millions à dépenser pour un projet, est-ce que je choisirais quand même de filmer des astronautes tournant sur un rond-point dans un parc ? Comment ce paramètre va-t-il améliorer la pièce ? »

Une production artistique fondée sur la technologie et l’espace

Les autres œuvres de Joseph Popper rejoignent les thématiques présentées plus haut, alternant les médiums, entre vidéos et photographies.

  • Into Orbit, 2011

Dans cette oeuvre, un astronaute tente de simuler une expérience de l’espace extra-atmosphérique dans un terrain de jeu urbain. Un carrousel est transformé en centrifugeuse et transporte l’astronaute loin de son environnement

  • Braunton Analog, 2014

  • The Europans, 2014

Dans The Europans, un groupe de personnes souhaite s’adapter à d’autres environnements afin de diffuser la vie sur d’autres planètes. Ainsi, en suivant la trace de l’eau à travers le système solaire ils visent Europa. Il s’agit d’une lune de Jupiter qui contient plus d’eau que la planète Terre. A travers des simulations à distance, les Européens imaginent le voyage vers l’Europe et se préparent à la vie sous la glace.

  • Holiday Snaps, 2017

Cette série de 12 images vient d’un projet explorant comment et pourquoi l’humanité retournera sur la Lune. Il retravaille alors des archives photographiques de la mission Apollo numériquement, puis les imprime sur une pellicule polaroid. Les images représentent la Lune comme une future destination de vacances, peuplée de touristes lunaires qui se pressent sur les traces d’Aldrin et d’Armstrong.

  • When the home stops, 2011

Cette série de photos suit un homme seul qui apparaît dans diverses situations de routine au service d’un robot domestique. Cette série de «natures mortes» explore ce qui peut arriver si nous mettons toute notre confiance et notre dépendance envers l’intelligence artificielle.

Vous pouvez retrouver le travail de Joseph Popper sur les internets :
Site
Twitter

Tendrement,
Lise Demeyer,
Le Beau Bug.

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