Joe de David Gordon Green

Fini les looks improbables et les coiffures impossibles de Nicolas Cage qui s’était égaré dans des navets hallucinants, il revient ici à son meilleur dans un film de David Gordon Green : Joe.

Le pitch: Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit. Mais le jour où Gary, un gamin de 15 ans arrive en ville, cherchant désespérément un travail pour faire vivre sa famille, Joe voit là l’occasion d’expier ses péchés et de devenir, pour une fois dans sa vie, important pour quelqu’un. Cherchant la rédemption, il va prendre Gary sous son aile…

Nouveau reflet de l’Amérique profonde qui n’a pas de repaires, Joe se situe quelque part entre Mud de Jeff Nichols avec lequel il partage plusieurs liens : le cadre spatio-temporel, ce rapport à la transmission et Gran Torino de Clint Eastwood à la fois pour son portrait de cette Amérique désincarnée, mais aussi et surtout pour cette transmission générationnelle par le biais du travail. On y retrouve d’ailleurs dans les deux films, le motif de la voiture comme élément de récompense!

Par ailleurs, pour sa prestation dans Joe, l’acteur de 17 ans Tye Sheridan, nouvelle sensation du cinéma indie américain, a reçu le Prix Marcello-Mastroianni du Meilleur Espoir Masculin à la Mostra de Venise en 2013. Le long-métrage de David Gordon Green a quant à lui été nommé au Festival international du film de Toronto et au Festival du film américain de Deauville.

Le film de David Gordon Green est un véritable coup de poing dans la gueule. Ce n’est pas un film facile, ni grand public. C’est sombre, violent, réaliste. Cela sent la sueur, l’alcool, le tabac et le sexe facile. C’est une véritable plongée dans l’autre Amérique, celle des pauvres et des perdants. Le rêve américain a viré au cauchemar et tous les personnages semblent vivre dans un Enfer perpétuel, sans aucun espoir d’en sortir. Pourtant, le film n’est pas misérabiliste. Le réalisateur possède un style ample et la beauté de ses images tranche avec la violence de son récit. C’est un film dont on ne sort pas indemne et qui laisse un sale goût dans la bouche.

Joe est incarné par un magistral Nicolas Cage, qui retrouve là un rôle à sa démesure. Tour à tour pathétique, héroïque, violent, doux, le comédien livre une des plus belles performances de sa carrière.

Sans révolutionner le genre, Joe se vit dès les premières minutes comme un récit initiatique sec, rude et cassant. Il est aussi bien mis en valeur par sa mise en scène et par sa photo, qui ne force pas le trait et s’attache à suivre de près les personnages pour en saisir toutes les failles.

Alors oui, on pourra lui reprocher une mise en place un poil trop longue et quelques menues longueurs mais Joe est un drame profond et habité, un voyage avec des gens que la crise n’a pas épargnés et qui survivent comme ils peuvent. Le Calle Ciné vous suggère cette chronique de David Gordon Green, pleine de violence et d’espoir, de larmes et de réconfort.


Tendrement,

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