Jeff Koons au centre Pompidou – Visite guidée

Dernier jour pour la rétrospective de Jeff Koons au Centre Pompidou de Paris! Vous n’avez pas pu la voir? Regroupant la totalité des créations de l’artiste, soit un peu plus d’une centaine de pièces, il y a de quoi être déçu mais pas de panique, Le Base Art vous a concocté une petite visite on ligne!


Pour aborder son étonnante oeuvre faudrait-il déjà savoir qui est Koons… Tout d’abord employé à  Wall Street, son art ne peut en aucun cas être traité indépendamment de l’argent. Il en a prit goût et son Balloon Dog orange s’est vendu 58,4 millions de dollars chez Christie’s en 2013. Représentant ainsi l’oeuvre vendue la plus chère du monde de l’art contemporain, elle inscrit l’homme dans un statut élévateur d’artiste de renom. Est ce la cause d’un succès fulgurant? Souvent vu comme un homme malin et provocateur, Jeff Koons s’avère contre toutes attentes un personnage enclin d’une énergie créatrice proche de la vie elle même…

Balloon Dog, 1995

Dans une interview donnée à l’occasion de la rétrospective il exprime avant tout l’envie de devenir un artiste d’avant garde. Sorti des carcans scolaires, il explique avoir été marqué par les univers uniques et novateurs que certaines expositions exploraient en Amérique. Ainsi, il voulu lui aussi découvrir son propre monde intérieur pour l’illustrer à “l’extérieur”.  Comme beaucoup d’artistes de l’histoire de l’art, l’homme semble alors avoir eut un déclic à un instant T et s’est adonné à le représenter pendant 35 ans.  “On peut créer sa propre vie, vous savez. On peut changer son univers et celui de sa communauté. C’est une manière de vivre, de croire sincèrement en quelque chose.” avoue-t-il, n’est ce pas là une motivation respectable qui parle à chacun d’entre nous…?

Antiquity 3, 2009-11

 Il est vrai qu’en 35 ans Koons a eu le temps de créer mais aussi de marquer les esprits. La preuve en image avec son Omar gonflable exposé à Versailles il y six ans de cela. Certains spécialistes y voient une provocation sans nom, d’autres pas du tout. Le débat fait rage et l’exposition au centre Pompidou a aussi fait scandale… L’oeuvre “Fait d’hiver réalisée en 1988 reproduit effectivement presque à l’identique la publicité présentée par Naf-Naf en 1985. Doit-on alors y voir une critique directe? Quoi qu’il en soit le directeur artistique de la marque a porté l’artiste en justice et le Centre Pompidou a retiré la sculpture de l’exposition. Coût bas pour Koons qui a due verser 271.000 euros de dommages et intérêts !

Or, contre toutes attentes l’artiste affirme faire un travail “contre la critique” de l’art. Il ajoute et soutient contribuer à l’acceptation du monde tel quel, dans sa totalité. Par exemple, il exploite un grand nombre de thèmes: l’industrie, la publicité, l’histoire de l’art, l’enfance, l’humanité, la sexualité… En équilibre entre monde des adultes et des enfants, monde de l’art et de l’usine il développe déjà les axes médians de notre société. Aussi, ses sculptures sont lisses et nettes en surface, faciles d’accès. Aucune imperfection ne vient perturber notre regard, “la surface pure” ça nous attire! Le monde plastique de Jeff Koons séduit l’œil: il est bling bling, kitsh et simple – combo pour l’esthétique du temps !

woman in tub, 1988

 A propos, ses réalisations sont en totale accord avec notre siècle. Rejoignant Andy Warhol et son intérêt pour l’industrie, toutefois à visée beaucoup moins subversive.  Avec des allusions sexuelles dispersées un peu partout ou encore son homard, l’artiste s’inscrit aussi dans la continuité de Dali, l’homme qui avait auparavant regroupé le plus de monde au centre Pompidou. Le sexe attirait-il les foules? Le scénographe aura tout de même fait preuve de subtilité en plaçant la série Made in Heavenla plus “hot”, dans une pièce reculée du centre. Il est également intéressant de savoir que l’artiste a hésité à faire des allusions sexuelles dans ses débuts, jugeant qu’elles révéleraient un aspect beaucoup trop personnel de sa vie et qu’elles ne parleraient probablement pas à tout le monde. Préoccupation nous dévoilant une autre facette de Koons, celle d’un homme plus sensible qu’il n’y parait. Enfin et toujours dans une dynamique référentielle, son exposition reprend clairement les canons Antiques et Renaissants: matérialisation de la perfection dans la série Antiquity  par exemple.

Gazing Ball Adriadne, 2013

Propre à “la malédiction” des artistes, Koons n’échappera pas à la règle. Déploré en son temps pour son audace, il sera certainement et comme beaucoup de ses prédécesseurs vanté pour ses mérites dans quelques décennies. Malgré les critiques incessantes, remarquez qu’il aura regroupé un nombre record de visiteurs lors de cette rétrospective. Pour un art accessible, lisse, sans détours et agréable à regarder, le Base Art met à l’honneur l’univers de Koons ce lundi pour s’échapper en beauté…

Tendrement,
Clémentine Picoulet,
Le Beau Bug