J’ai rencontré le Diable de Kim Jee-woon

Cette semaine Le Calle Ciné vous invite à découvrir un thriller choc: J’ai rencontré le Diable. Film du coréen Kim Jee-woon dont l’intrigue se pose de la façon suivante: Un agent secret recherche le serial killer qui a tué sa fiancée. J’ai rencontré le diable réunit la fine fleur du cinéma de genre coréen actuel. Derrière la caméra se trouve Kim Jee-woon, réalisateur éclectique qui est passé de la comédie (The Quiet Family) au film d’horreur (2 soeurs) en passant par le film noir (A bittersweet life) et le western (Le Bon, la brute et le cinglé). Devant la caméra s’affrontent Lee Byung-Hun et Choi Min-sik. Le premier, après avoir tourné avec Park Chan-Wook dans son segment pour 3 extrêmes, devient un habitué de l’univers de Kim Jee-woon qui le dirige dans A bittersweet life et Le Bon, la brute et le cinglé. Quant à Choi Min-sik, qui a déjà tourné avec Kim Jee-woon dans The Quiet Family, il est révélé par ses rôles dans Ivre de femmes et de peinture et le génial Old Boy.

On est ici en présence d’un thriller quasi horrifique, particulièrement sombre et tendu, dans lequel un agent secret rancunier (le très charismatique Lee Byung-Hun) se lance dans la traque de l’assassin de sa fiancée, un terrible serial killer incarné par un Choi Min-Sik plus détestable que jamais. Mais à partir du moment où le héros met en place un jeu du chat et de la souris particulièrement macabre entre lui et le tueur, le scénario prend une toute autre tournure.

Bien que J’ai rencontré le diable se présente comme un vigilante (film d’auto-justice) nihiliste et extrême, Kim Jee-woon assure que ce qui l’intéresse avant tout, ce sont ses personnages et leurs émotions. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le réalisateur présente également le film comme une histoire d’amour entre la jeune femme assassinée et son fiancé, prêt à tout pour la venger.

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J’ai rencontré le diable relate la vengeance d’un homme, un thème déjà traité par un autre cinéaste coréen, Park Chan-Wook à travers sa trilogie comprenant Sympathy for Mr. Vengeance Old Boy et Lady vengeance.

Le cinéaste pousse le spectateur à s’interroger sur sa propre place face à la violence, et plus précisément face à l’histoire sanglante qui nous est contée et que l’on suit malgré tout, comme fasciné et médusé par les agissements de deux protagonistes qui finissent par tristement se ressembler, et se confondre totalement.

De façon radicale, Kim Jee-Woon dynamite totalement le film de vengeance, à tel point que l’on se demande s’il sera possible d’en regarder d’autres après celui-ci.

Choi Min-sik ci-contre incarne dans le film le Mal absolu, le diable évoqué dans le titre. Un vrai défi pour l’acteur qui confie qu’il était difficile de jouer quelqu’un qui ne ressent aucune culpabilité, qui n’éprouve aucun regret pour les atrocités qu’il commet.

De même, le comédien Lee Byung-Hun, qui incarne le héros dont la fiancée est tuée, revient sur son interprétation et confie que le plus éprouvant pour lui a été de dévoiler toutes ces émotions et changements quasi imperceptibles, qui mènent de la rage à l’indifférence absolue, chez un être obsédé par la vengeance.

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J’ai rencontré le Diable est clairement habité par une violence, d’un réalisme très cru, que l’on retrouve dans la plupart des films coréens, mais elle est ici mise en scène sans complaisance, sans effets de mauvais goût et accompagnée d’une réflexion sur elle-même. Tout cela participe à faire de ce film un des meilleurs du genre. Pour les amateurs, il s’agit d’une petite perle à ne louper sous aucun prétexte.

Ce film est bien un thriller sous haute tension qui aligne les séquences choc comme une pression permanente où le plus cruel n’est pas forcément celui auquel on pense jusqu’à la libération finale dont on ressort à bout de souffle.

Le film s’ouvre sur une citation de Nietzsche tirée de Par delà le bien et le mal, Le Beau Bug terminera par celle-ci : “Que celui qui lutte avec des monstres veille à ce que cela ne le transforme pas en monstre. Si tu regardes longtemps au fond de l’abîme, l’abîme aussi regarde au fond de toi.”

Tendrement,
Le Beau Bug.

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