L’interview de Incredible Polo

Vous avez pu découvrir Ages, le nouvel Ep de Paul Malburet a.k.a Incredible Polo à travers les pages du Beau Bug. Eh bien nous avons invité l’artiste à répondre à quelques questions, afin d’en découvrir un peu plus sur son projet musical, son univers et ses influences !

Je voulais d’abord que tu me parles de ton pseudonyme, d’où vient-il ?

Avant de débuter mon projet musical, je faisais des études de graphismes en com’ visuelle. J’avais prévu d’arrêter pour me lancer pleinement dans la musique. Je voulais en vivre. J’imaginais alors le personnage que je voulais devenir sur scène. C’était The Incredible Polo au début. Ce pseudonyme, empruntant à l’univers du cirque et des super-héros, résonnait dans ma tête depuis un petit moment. Cela s’est fait un peu tout seul, je me voyais entrer sur la scène et qu’on annonce “The Incredible Polo” ! Je me suis imaginé le projet en anglais. Il faut aussi dire qu’à ce moment, j’écoutais beaucoup de groupes anglo-saxons.

Présente-nous ton nouvel Ep en quelques phrases.

Un mélange de pop et d’électronique, mais pas dans le sens naïf et léger. Bien que les Beatles le soit un peu, par rapport aux Stones, je dois avouer que leurs mélodies m’ont inspirées. Je dois le côté progressif du disque aux compositions des Pink Floyd. J’essaie ensuite d’actualiser cet héritage culturel. Par contre, j’ai toujours eu du mal avec les étiquettes, même si elles sont utiles pour donner une idée générale sur la musique d’un artiste. Je trouve que la pop-électro ne me représente pas mais bon, ce n’est pas très important.

Je voudrais savoir qu’est-ce qui a motivé l’autoproduction cet Ep, alors que le premier paraissait sur un label ?

A l’époque où je participais au groupe Circa Diem, j’ai rencontré via un ami un représentant de LZO Records (http://www.lzorecords.com/). Emballé par mon projet solo, on s’est lancé dans la production de Abissama, avec toutes les péripéties propres à un label indépendant. On s’est séparé il y a 1 an, nos chemins ne convergeaient plus. Je cherchais à orienter le projet Incredible Polo vers le live alors que le label cherchait à sortir des nouveaux titres chaque semaine sur Soundcloud, entre autres. Un ou deux labels m’ont contacté depuis mais pour le moment, c’est la générosité des gens qui m’a permis d’amortir les gros frais pour ce nouveau disque. J’aime ma situation et la liberté qui en découle. Elle me permet de me concentrer sur l’expérience live.

Tu cites Son-Lux, Little Dragon et James Blake en tant que principales influences. Qu’est-ce qu’ils t’ont apporté ?

James Blake est très influent sur ma création, c’est vrai. De même que Little Dragon ou Son-Lux, la découverte de ces artistes a été un véritable choc esthétique qui a transformé ma vision de la musique, comme ma pratique.

Nous caches-tu d’autres influences ?

Je pioche souvent dans le hip-hop pour construire ma musique, j’adore ce style. Lorsque je cherche à construire un combo « kick-basse-batterie », j’écoute toujours Kaytranada et ses beats d’une efficacité imparable. Il arrive à faire le pont entre la house et le hip-hop. Son influence est omniprésente dans ma création. Le hip-hop est prolifique, pioche partout, emprunte énormément, c’est vraiment un genre que j’affectionne. Il faut aussi citer J Dilla, producteur novateur qui a rénové le monde du hip-hop. Il avait une musicalité que personne n’avait, un groove incroyable. Il suffit de voir son label indépendant ; Stones Throw Records (https://www.stonesthrow.com/). De tête, je peux aussi dire que Madlib m’a apporté quelque chose. Il est ultra prolifique et éclectique. Ces influences hip-hop guident ma façon de faire, c’est dans leur côté surprenant que je retrouve ce que j’aime et que je puise pour créer. Côté rock, l’écoute des Beatles m’a apportée quelque chose, surtout Paul McCartney et ses albums solos. Ça me rentrait dans la tête, ils ont clairement révolutionné mon horizon musical. Radiohead aussi, j’adore leur musique, ils ont toujours fait ce qu’ils voulaient faire, ils sont si inventifs, c’est incroyable. Le live From The Basement est un immanquable. Je respect totalement leur carrière, ils sont phénoménaux. De manière général, la musique anglaise est véritablement quelque chose d’incroyable, il suffit d’écouter Jamie XX ou Portishead par exemple. Ils ont une quantité invraisemblable d’artistes qui bouleversent la création musicale. J’ai également beaucoup de respect pour Flying Lotus et un de ses amis, Thundercat, j’adore ces personnages. Après, des artistes comme Caribou ou Bonobo m’influencent énormément. Dans le côté rock-progressif. J’ai dévoré Tame Impala, j’attends avec impatience Currents, le nouvel album. Il y a également Unknow Mortal Orchestra, qui m’a séduit par la structure de ses compositions. Il n’y a rien de droit, pas de couplet-refrain. Il faut dire que je déteste les formes classiques, j’adore la surprise. Je n’ai rien non plus contre le mainstream. Je suis tout à fait capable d’écouter le dernier Rihanna et aimer ça. Je n’affectionne pas un genre en particulier et préfère m’ouvrir à la création musicale toute entière. Dans cette mouvance mainstream, même si j’aime certains hits, c’est le tapage médiatique qui m’agace, ça tue un morceau. Mais je ne revendique aucune barrière.

Comment as-tu abordé la création des 5 titres d’Ages ?

Ages, c’est clairement la digestion de ce que j’ai écouté pendant 3 ans. Pour résumé, Abissama, était un melting-pot de sonorités qui me ressemblait et qui avait construit mon imaginaire musical. Mais à côté, je faisais des expériences hip-hop/électro, qui copiaient ce qui se faisait. C’est toujours difficile d’innover mais je cherchais quand même à découvrir de nouvelles sonorités. Ages est le résultat ce travail.

Au final, qu’est-ce que la musique pour toi ?

Je fais du dessin, j’aime ça mais la musique, c’est quelque chose qui me transporte. Ça a la faculté de retranscrire énormément d’émotions, sans forcément dire, juste grâce à son pouvoir évocateur. On peut tout dire avec la musique, c’est un incroyable moyen d’expression. Le jazz par exemple est un véhicule incroyable pour l’émotion. Cette musique, chacun l’interprète comme il le souhaite. La musique, c’est une vibration, un remède quand je ne vais pas bien, que je ne sais pas quoi faire. La musique, c’est l’endroit où je suis bien. Pour chaque moment de la vie, il y a une musique. Je rêve d’écrire la B.O de ma vie.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Hip Hop et jazz sont mes fils rouges mais en ce moment, j’écoute de l’électro, un mec particulièrement Sam Gellaitry, du label Soulection (http://soulection.com/), à découvrir de toute urgence. Il y a le nouvel album d’Unknown Mortal Orchestra. Je me passe aussi très souvent des morceaux de Kendrick Lamar et Action Bronson. J’écoute aussi un peu Debussy grâce à Julien Carton, celui qui a mixé l’Ep, il a fait des études de musique classique et m’a filé quelques noms. J’écoute aussi du Ravel et de manière générale, tout ce qui fait très cinématographique.

Quelles sont pour toi les morceaux à avoir absolument dans son Ipod ?

I want you (she’s so heavy) des Beatles.
Don’t Stop’Til You Get Enough de Mickael Jackson.
Israel de Bill Evans.
Retrograde de James Blake.
Call the doctor de J.J Call.
Live at Pompeii des Pink Floyd.
– Un peu de Quincy Jones aussi.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Je travaille sur l’organisation du Live. Je prépare une tournée, il est donc nécessaire de réfléchir sur la mise en scène immersive, afin que j’imprègne le spectateur de mon univers, qu’il ressorte en ayant vécu une expérience. Les titres de Ages sont en gestation, j’ai pas mal de petites idées sur lesquels les musiciens et moi allons-nous pencher, pour créer le meilleur live possible. J’ai déjà fait pas mal de concert avant l’été, à la BAM (Metz), l’Autre Canal (Nancy) et je joue à Paris dans une semaine. Je m’engage sérieusement dans la musique, je veux en faire mon métier. Je veux me dévouer à la musique, je suis confiant. Je pense que ce que je fais ça peut sortir un peu du lot, non pas que je sois révolutionnaire mais j’essaie d’apporter quelque chose au sein du paysage musical français. J’ai envie d’être original, de le montrer aux gens. Je cherche à créer un personnage aussi pour y canaliser mon ambition et ainsi faire la part des choses entre qui je suis dans la vie et sur scène. J’ai besoin de transformer cette ambition en énergie à échanger avec le public. C’est grâce au personnage d’Incredible Polo que je peux communiquer des sensations. Ce pseudonyme est une bulle afin de délivrer toute l’énergie que j’ai en moi, et l’ambition me donne la force d’assumer tout sur scène. Je suis hyper exigeant sur scène. Je veux faire partie de ces mecs qui transmettent des histoires, qui emportent le spectateur. Je veux fabriquer une atmosphère qui puisse immerger le public dans mon univers.

Une dernière question, un peu rituel sur le webzine, qu’est-ce qu’un Beau Bug pour toi ?

La beauté de l’accident ! Chercher l’accident et l’assumé, expérimenter et se planter. Un accident qui m‘amène à faire de nouvelles associations d’idées pour découvrir tellement plus par rapport à ce qui était attendu.

Tendrement, Le Beau Bug.

Crédits photo: Élodie Daguin