Guy par Alex Lutz

On pourrait tout d’abord penser assister à un remake de Podium ou bien voir un énième biopic à propos de Cloclo, pourtant Alex Lutz avec son dernier film Guy nous livre un sujet bien plus profond que la vie d’une ancienne star de variété française. Et en plus ce n’est pas Cloclo ou Jean-Luc Lahaye qu’on va entendre chanter mais Guy Jamet, chanteur fictif spécialement crée pour le film et incarné à la perfection par Alex Lutz (alias LA Catherine de Catherine et Liliane sur Canal). Frais, divertissant, inattendu mais pas que, Guy c’est un peu le reflet de notre propre jeunesse qui, comme le dit si bien Ronsard, aura vite fait de fâner.

Le film débute in media res avec la rencontre entre Guy Jamet et Gauthier, jeune journaliste, qui vient d’apprendre qu’il est le fils illégitime du chanteur. Coïncidence ? On ne pense pas. En effet, c’est parce que sa mère vient de mourir et de lui annoncer qu’il est le fils de Guy Jamet que Gauthier se met en quête de filmer, caméra au poing, la vie privée de cet ancien chanteur de variété des années 60 à 90, lequel revient justement sur le devant de la scène avec un nouvel album. Guy Jamet apparaît alors tantôt chanteur, tantôt père ou parfois juste en tant qu’homme, et c’est ce qui fait la justesse de ce film.  

C’est le talentueux Alex Lutz qui se retrouve à la fois derrière et devant la caméra. L’acteur nous livre une merveilleuse performance, un jeu d’une précision poussée à l’extrême et d’un hyperréalisme stupéfiant. Lutz travaille jusqu’aux plus petites mimiques de son visage, sa voix, sa gestuelle qui est celle d’un ancien chanteur de variété, son attitude… Tout, absolument tout semble étudié dans les moindres détails pour rendre le résultat présent : une interprétation tout ce qu’il y a de plus sensationnelle, un acteur au centre de toutes les attentions mais tout à son rôle de scénariste et réalisateur également, ce qui fait de ce film une pépite cinématographique. Tout au personnage de Guy Jameton en oublierait presque la présence des autres acteurs et même de l’apparition furtive d’autres chanteurs des années 60 comme Julien Clerc ou Dani. Pourtant, si ce film est tant une réussite, c’est grâce au travail de tous ces acteurs qui rendent le film d’une justesse absolue. Le but est peut-être aussi de montrer un certain type d’homme ou de célébrités presque disparu, et qui pourtant ont fait danser nos grands-parents puis nos parents, et qui finalement nous ont sûrement bercés. Portrait plus que bien fait d’une génération fascinante. 

Le film est tourné sous forme de documentaire entrecoupé de vieilles séquences de clips ou d’émission chez Drucker par exemple. Les souvenirs surgissent alors régulièrement, inattendus, comme si le spectateur suivait le fil de pensée de l’artiste et du journaliste, l’autre personnage principal que l’on ne voit par ailleurs jamais. Ainsi, à la photo, c’est Mathieu Le Botlan qui s’en occupe, tandis que la bande son est créée par Vincent Blanchard et Romain Greffe, chargés d’inventer toutes ces nouvelles/anciennes musiques que chante(ait) Guy Jamet. Du côté du montage musical, ce sont Alexandre Donot et Alexandre Westphal qui y oeuvrent.  

En quelques mots, Guy est un ovni du cinéma français, mais un fantastique ovni qui mérite le coup d’oeil, voire un détour tout court, ne serait-ce que pour admirer la performance bluffante d’un Alex Lutz métamorphosé et pour voir un film à la fois cathartique, amusant, un brin nostalgique et toujours à la limite du pathos. Faut-il en rire ou en pleurer ? Dur dur de trancher…

Fiche technique :
Sortie : 29 août 2018
Durée : 1h41
Pays : France
Réalisation : Alex Lutz
Interprétation : Alex Lutz, Tom Dingler, Dani, Pascale Abrillot, Nicole Calfan,…
Production : Iliade & Films, coproduit par Studio Canal et JMD Production
Bande Annonce :

Tendrement,
Justine Vial,
Le Beau Bug.

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