Le festival Rose Béton à Toulouse

Le mur peint par le street artiste Hendrik Beikirch à Toulouse, dans le cadre du festival Rose Béton

Difficile d’être le porte parole des graffeurs. D’autant plus quand il s’agit d’un débat délicat qui fait couler beaucoup d’encre depuis plusieurs années… Graffiti? Street Art? Ou encore Art Contemporain Urbain? Qu’en est-il de cet art qui cherche sa place entre police et conservateurs?  Qui cherche son heure entre chien et loup?

Toulouse accueille tout l’été la deuxième édition du festival Rose Béton. Dédié à l’art du graffiti, les rues et musées de la ville rose ont été colorés à la bombe. Même le musée d’art contemporain des Abattoirs de Toulouse a été investi par les artistes de la street. Dur de croire qu’il y a une dizaine d’années, le graffiti faisait le malheur des municipalités et n’était associé qu’à un acte de vandalisme…

Martha Cooper photographiant Futura à l’œuvre sur son wagon, au Musée des Abattoirs, à Toulouse.

Martha Cooper photographiant Futura aux Abattoirs

Teaser EPOXY exposition – Rose Beton Festival 2016 from BIG ADDICT on Vimeo.

En explosion dans les années 80, le graffiti se disperse aujourd’hui en diverses écoles. Les Abattoirs expose jusqu’au 28 août des oeuvres en lien avec l’émergence new-yorkaise du mouvement. Le titre de l’exposition Epoxy fait un clin d’œil à une marque de spray utilisée au début du graffiti. Aussi, la programmation n’a pas froid aux yeux! Elle regroupe des artistes de différentes générations, de techniques peu similaires et explore l’investissement de l’espace urbain, dans un musée. Les toiles du très célèbre Futura 2000 venues expressément de New York, les cascades urbaines de Craig Costello, les courbes géométriques de Boris Tellegen, les créations MIST de Montpellier ou encore TILT de Toulouse se côtoient gaiement à l’intérieur du white cube!

Pour clore les temps forts du festival, une conférence était organisée par le musée afin de débattre avec des experts sur cette question si tabou: Graffiti? Street art? Le 6 juillet 2016, dans l’auditorium des Abattoirs, étaient regroupés des individus issus de milieux totalement différents. Olivier Gal, auteur du livre TRUSKOOL, UNE HISTOIRE DU GRAFFITI A TOULOUSE, animait cette rencontre accompagné de Evelyne Toussaint (professeur d’Histoire de l’Art contemporain), Padre (graffeur), Sébastien Paty (société “Déco Spray”), Jacques Rivet (commissaire priseur spécialiste du street art), Sike (graffeur et gérant de de la boutique South Painters) et de Tilt (graffeur, plasticien et directeur artistique du festival Rose Béton). Chemises, tee-shirts, blazers, baskets et casquettes ont débattu joyeusement devant une projection photo de Futura 2000.

Unhommeetunefemmemais pasdeceluiquilouche, Robert Combas,, exposition Centrifuge aux Abattoirs où fusionnent les arts urbains

Unhommeetunefemmemaispasdeceluiquilouche, Robert Combas, exposition Centrifuge aux Abattoirs où fusionnent les arts urbains

Les quatre graffeurs témoignaient patiemment de leurs expériences respectives tandis ce que les experts tentaient d’analyser cette vague créatrice. Aussi complexe que passionnante, l’envie du graffiti émerge souvent d’une rencontre, d’une musique ou d’un gribouillis sur le mur du collège. Chacun d’entre eux livraient les temps forts de leur vie: “la joie de voir passer un train que tu as coloré il y a quelques jours”, “faire de fausses autorisations municipales” ou encore “se voir subitement commander une toile par un grand conservateur”. Evelyne Toussaint soulignait ces couleurs, cette joie qui pousse les graffeurs a créer en groupe. Cette particularité qui les éloignent peut être un peu du mythe de l’artiste maudit…

rose bét 3

rose bét 2

Ces avis variés et instructifs ont apportés bon nombre d’éclaircissements aux auditeurs. Aussi bien aux générations habituées du street art dans les musées qu’aux grands parents qui ne connaissaient aucunement cet art urbain. Agitateur des Beaux Arts rythmé au son des baffles. Tantôt hip-hop, tantôt electro. Parfois plus skate que break dance. Le graffiti, le street art, animent la ville comme “des fleurs qui pousseraient dans le béton”.

Tendrement,
Clémentine Picoulet,
Le Beau Bug

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