Exposition Autoportraits, de Rembrandt au selfie

Le Musée des Beaux Arts de Lyon, en association avec les National Galleries of Scotland d’Edinbourg et la Staatliche Kunsthalle Karlsruhe vous a concocté une superbe exposition “Autoportraits, de Rembrandt au selfie” du 25 mars au 26 juin 2016.

Via la généralisation des selfies, geste qui a aujourd’hui pénétré toutes les sphères de la société,  tout vécu personnel fait désormais expérience. Cependant le selfie diffère de l’autoportrait, ne serait-ce que parce  qu’il s’inscrit dans une société de l’image qui aime regarder et se regarder mais questionner la tradition et les usages de l’autoportrait semble plus que jamais d’actualité.

L’exposition est organisée en différentes sections:

  • le regard de l’artiste
  • l’artiste, un homme du monde
  • dans l’atelier
  • portraits de famille et d’amitié
  • jeux de rôle
  • L’artiste, un homme au monde
  • Le corps de l’artiste

Le regard de l’artiste

De la Renaissance au XVIIe siècle, une recherche de vérité sans concession s’affirme dans les portraits réunis dans cette section. On voit l’artiste utiliser l’autoportrait pour étudier son propre visage, scruter les expressions de son propres visage afin de mettre à jour ses tourments intérieur, ou bien seulement observer le temps qui passe à travers la réalisation de séries d’autoportraits.  Éludant souvent tout contexte spatial pour privilégier un arrière-plan neutre, ceux- ci présentent une composition resserrée sur le seul motif du visage du peintre.

Simon Vouet, Autoportrait, vers 1626 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Simon Vouet, Autoportrait, vers 1626 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

 

Louis Janmot, Autoportrait, 1832 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Louis Janmot, Autoportrait, 1832 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

 

Anselm Feuerbach, Autoportrait de l’artiste dans sa jeunesse, 1851/52 Huile sur toile Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Anselm Feuerbach, Autoportrait de l’artiste dans sa jeunesse, 1851/52 – Huile sur toile – Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Rembrandt Harmensz. van Rijn, Autoportrait, vers 1645/48 Huile sur panneau de chêne Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Rembrandt Harmensz. van Rijn, Autoportrait, vers 1645/48 – Huile sur panneau de chêne – Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

L’artiste, un homme du monde
Les Académies d’art qui fleurissent en Europe aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles contribuent
à asseoir le statut de l’artiste, qui commence à être distingué de celui de l’artisan dès le xve siècle. L’autoportrait est le genre par excellence à travers lequel les artistes se mettent en scène et posent avec fierté vêtus de leurs plus beaux atours.

Michel Dumas, Autoportrait, vers 1838 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Michel Dumas, Autoportrait, vers 1838 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

 

Joseph Vivien, Autoportrait à la palette, vers 1715 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Joseph Vivien, Autoportrait à la palette, vers 1715 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

 

Oskar Kokoschka, Autoportrait d’un artiste dégénéré, 1937 Huile sur toile Prêt d´une collection privée au Scottish National Gallery of Modern Art © Fondation Oskar Kokoschka / VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Oskar Kokoschka, Autoportrait d’un artiste dégénéré, 1937 – Huile sur toile – Prêt d´une collection privée au Scottish National Gallery of Modern Art © Fondation Oskar Kokoschka / VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Dans l’atelier
Cette section présente l’artiste dans son acte de création inscrit dans un espace dont la construction n’est pas anodine: les différentes éléments sont autant d’indices sur sa personnalité, sa démarche, sa technique, …

Ernst Ludwig Kirchner, le peintre (Autoportrait), 1920 Huile sur toile Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Ernst Ludwig Kirchner, le peintre (Autoportrait), 1920 – Huile sur toile – Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

 

Antoine Duclaux, Halte des artistes lyonnais à l'île Barbe, 1824 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Antoine Duclaux, Halte des artistes lyonnais à l’île Barbe, 1824 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

 

Léonard Tsuguharu Foujita, Portrait de l’artiste, 1926 Huile et encre sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon Lyon MBA – Photo Alain Basset © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Léonard Tsuguharu Foujita, Portrait de l’artiste, 1926 – Huile et encre sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon Lyon MBA – Photo Alain Basset © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Portraits de famille et d’amitié

Ici l’artiste se définit dans son rapport aux autres, que ce soit dans la relation amoureuse, amicale ou familiale. Par exemple Gustave Courbet célèbre son union qui semble propice à la création, Cecile Walton se présente avant tout en tant que mère, dans les  Mangeurs de ricotta,  Vincenzo Campi s’affirme en tant que bon vivant et philosophe. Pour Séverini et son portait de famille,  regard mélancolique des trois personnages et la palette sombre donne à penser à l’ambiance qui régnait dans l’Italie fasciste.

Gustave Courbet, Les Amants dans la campagne, 1844 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Gustave Courbet, Les Amants dans la campagne, 1844 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Gino Severini, La Famille du peintre, 1936 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon Lyon MBA – Photo Alain Basset © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Gino Severini, La Famille du peintre, 1936 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon – Lyon MBA – Photo Alain Basset © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

 

Vincenzo Campi, Les Mangeurs de ricotta, vers 1580 Huile sur toile Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basse

Vincenzo Campi, Les Mangeurs de ricotta, vers 1580 – Huile sur toile – Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basse

Jeux de rôle
De tous temps, les artistes se sont joués
des frontières censées séparer les genres artistiques. Nombre de peintres se plaisent ainsi à insérer leur propre portrait au cœur de scènes de genre, de scènes historiques
ou même de natures mortes. Des artistes tels qu’Albrecht Dürer ou Rembrandt témoignent ainsi de leur engagement spirituel.
D’autres, tels Alexis Grimou, David Wilkie, Claude Bonnefond, Claudius Lavergne 
ou Jean Carriès, revendiquent une filiation artistique par-delà les siècles, en usant de références parfois subtiles. Lorsque l’autoportrait s’immisce dans
la nature morte, il peut être rattaché au type de la vanité, qui vise à dénoncer la vacuité de l’existence et des prétentions humaines au regard de la mort promise à chacun.
 De Rembrandt à Andy Warhol, les artistes se sont également représentés travestis ou grimaçant, interprètes de rôles échappant à tout contexte. Nul décor ne permet plus,
en effet, de situer les scènes dans lesquelles semblent évoluer des artistes qui tentent d’offrir un miroir aux différentes facettes de leur personnalité, réelle ou fantasmée.
La multiplicité des attitudes, des humeurs et même des identités qu’ils déclinent sont autant de reflets de la complexité de l’âme humaine.

Douglas Gordon, Monster Reborn, 1996/2002 C-Print Scottish National Gallery of Modern Art © Studio lost but found / VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Douglas Gordon, Monster Reborn, 1996/2002 – C-Print – Scottish National Gallery of Modern Art © Studio lost but found / VG Bild-Kunst, Bonn 2015

 

Andy Warhol, Autoportrait avec perruque hérissée, 1986 Polaroid et peinture Artist Rooms, National Galleries of Scotland and Tate © 2015 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Artists Rights Society (ARS), New York

Andy Warhol, Autoportrait avec perruque hérissée, 1986 – Polaroid et peinture
Artist Rooms, National Galleries of Scotland and Tate © 2015 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Artists Rights Society (ARS), New York

 

Hans Thoma, Autoportrait avec l’Amour et la Mort, 1875 Huile sur toile Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Hans Thoma, Autoportrait avec l’Amour et la Mort, 1875 – Huile sur toile – Staatliche Kunsthalle Karlsruhe © bpk / Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

 

Wols, Sept autoportraits. Calme – Tristesse – Gaieté, novembre 1940 – novembre 1942 (tirage en 2001) Photos n/b Staatliche Kunsthalle Karlsruhe, Cabinet des estampes © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Wols, Sept autoportraits. Calme – Tristesse – Gaieté, novembre 1940 – novembre 1942 (tirage en 2001) – Photos n/b – Staatliche Kunsthalle Karlsruhe, Cabinet des estampes © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Sarah Lucas, Autoportrait avec des œufs au plat, 1996; de Autoportraits 1990-1998, 1999 Impression irisée Scottish National Gallery of Modern Art © the artist, courtesy Sadie Coles HQ, London

Sarah Lucas, Autoportrait avec des œufs au plat, 1996; de Autoportraits 1990-1998, 1999
Impression irisée – Scottish National Gallery of Modern Art © the artist, courtesy Sadie Coles HQ, London

 

Jean Carriès, Le Guerrier, 1881 Plâtre patiné Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Jean Carriès, Le Guerrier, 1881 – Plâtre patiné Musée des Beaux-Arts de Lyon © Lyon MBA – Photo Alain Basset

L’artiste, un homme au monde
Le monde contemporain demeure relativement absent des autoportraits antérieurs au
 XXe siècle, simplement esquissé par quelques accessoires. Les transformations opérées  dans la seconde moitié du XIXe siècle par le réalisme, puis l’impressionnisme, amplifiées encore par les avant-gardes successives, généralisent peu à peu la nécessité d’une représentation de la vie moderne, introduisant dans le champ artistique les mutations sociales et technologiques engendrées par la Révolution industrielle.
Dans les années 1920 et 1930, les artistes n’hésitent plus à s’afficher en compagnie des symboles marqueurs de leur époque, à l’exemple de Georg Scholz. Cette modernité triomphante peut parfois s’accompagner d’une angoisse, que traduisent Edvard Munch ou Karl Hubbuch.
Plus que jamais au xxe siècle, l’histoire contemporaine s’impose dans les images que les artistes livrent d’eux-mêmes.
Les deux guerres mondiales constituent alors un traumatisme sans pareil pour les sociétés européennes. Si le premier conflit est initialement accueilli avec enthousiasme en 1914, comme le montrent Max Beckmann ou Francis Cadell, qui se peint vêtu d’un manteau militaire, prêt à être mobilisé, celui-ci devait sombrer dans l’horreur et affecter toute une génération. La montée des idéologies fasciste et nazie, qui conduit ensuite de nombreux créateurs à être écartés de leurs postes de professeurs ou des cimaises des musées, amène par exemple Oskar Kokoschka à intituler par dérision son autoportrait «en artiste dégénéré».

John Byrne, John Patrick Byrne (Autoportrait avec une veste à fleurs), 1971–1973 Huile sur panneau de bois © The Artist / Bridgeman Art Library. All rights reserved. Scottish National Portrait Gallery

John Byrne, John Patrick Byrne (Autoportrait avec une veste à fleurs), 1971–1973 – Huile sur panneau de bois © The Artist / Bridgeman Art Library. All rights reserved. Scottish National Portrait Gallery

 

Robert Henderson Blyth, Autoportrait en soldat des tranchées, sous-titré « Existence incertaine », 1946 Huile sur isorel Scottish National Portrait Gallery © Estate of Robert Henderson Blyth

Robert Henderson Blyth, Autoportrait en soldat des tranchées, sous-titré « Existence incertaine 1946 – Huile sur isorel – Scottish National Portrait Gallery © Estate of Robert Henderson Blyth

Le corps de l’artiste

La représentation de son propre corps demeure un phénomène relativement marginal avant la seconde moitié du xxe siècle. Les exemples antérieurs connus, tel le saisissant autoportrait nu sans concession de Jean-Baptiste Frénet, constituent des exceptions.
 À partir des années 1960, le corps s’impose comme sujet et objet dans l’acte artistique, sa représentation pouvant revêtir plusieurs
aspects. L’évocation du passage des ans et de la déformation de ses traits occasionnée par la vieillesse en est un, intimement relié à la crainte de la mort. L’image du corps souffrant peut permettre à l’artiste de se libérer de ses traumatismes, jouant ainsi le rôle de catharsis, de thérapie personnelle, comme pour John Bellany qui se montre sur son lit d’hôpital, ou d’expression d’un monde intérieur, comme pour Tracey Emin ou Max Schoendorff. Les questions de genre, prégnantes en particulier pour de nombreuses artistes féminines depuis les années 1970, se retrouvent également au cœur de cette thématique, notamment par le support de la vidéo, à l’exemple de l’œuvre de Marina Abramovic.
 Enfin, par métonymie, l’image du corps s’affiche par l’intermédiaire d’un fragment : ainsi, la main et le cerveau, organes essentiels de l’artiste avec ses yeux, symbolisent-ils par eux seuls l’acte créateur.

Marina Abramović, Art Must Be Beautiful, Artist Must Be Beautiful, 1975 Vidéo n/b avec son mono, 23 min 38 sec ZKM Karlsruhe / Archives Marina Abramović © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

Marina Abramović, Art Must Be Beautiful, Artist Must Be Beautiful, 1975 – Vidéo n/b avec son mono, 23 min 38 sec – ZKM Karlsruhe / Archives Marina Abramović © VG Bild-Kunst, Bonn 2015

 

Annie Lennox / Allan Martin, Autoportrait, 2003 Impression numérique à jet d’encre Scottish National Portrait Gallery © 2013 La Lennoxa Limited

Annie Lennox / Allan Martin, Autoportrait, 2003 – Impression numérique à jet d’encre
Scottish National Portrait Gallery © 2013 La Lennoxa Limited

 

Exposition “Autoportaits, de Rembrandt au selfie”

Au musée des Beaux-Arts de Lyon, du 25 mars au 26 juin 2016.
A la Scottish National Portrait Gallery of Scoltland à Édimbourg, du 16 juillet au 16 octobre 2016.

Plus d’informations sur : http://www.mba-lyon.fr

Tendrement,
Milena Kodratoff,
Le Beau Bug

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