EMPIRE STATE – NEW YORK ART NOW GALERIE THADDAEUS ROPAC

Derniers jours pour Empire State à la Galerie Thaddaeus Ropac de Pantin !

EMPIRE STATE – NEW YORK ART NOW GALERIE THADDAEUS ROPAC – PANTIN 69 AVENUE DU GENERAL LECLERC JUSQUʼAU 15 FEVRIER 2014 – 10H – 19H

L’exposition dresse un panorama de la scène contemporaine new-yorkaise à travers la présentation de 25 artistes, toutes générations confondues, ayant Big Apple en commun comme lieu de travail et de résidence, bien qu’originaires d’horizons multiples. La démarche rappelle une nouvelle fois à quel point la ville doit sa puissance culturelle (et économique) à la diversité qui l’anime, inspirant et reflétant à la fois le reste du monde.

Jeff Koons, Cannonballs (Hukl), 2006-2010

Le titre de l’exposition —faisant tout à la fois référence au célèbre building new-yorkais et au tube à succès des artistes stars Jay-Z et Alicia Keys qu’il a inspiré, comme à l’essai philosophico-économique d’Antonio Negri et Michael Hardt traitant d’un capitalisme mondialisé dominé par les Etats-Unis et publié en 2000 sous le nom d’Empire— incarne à lui seul le double jeu dans lequel l’art contemporain le plus médiatique est pris : entre critique et partie prenante dʼun système économique outrancier, à l’image des artistes présentés. L’exposition se targue en effet de montrer le premier ensemble d’oeuvres de Jeff Koons en France depuis sa rétrospective controversée au Château de Versailles en 2008, auquel répondent les dinosaures monumentaux d’un Rob Pruitt, connu entre autre pour son Cocaïne Buffet participatif qui a ravi les invités d’un vernissage des nineties. Le sulfureux Bjarne Melgaard n’est pas en reste côté scandale et cʼest un vaste espace qui est consacré à ses Tables et Chairs fétichistes entourées de peintures du même goût, réinterprétations contemporaines de la version originale d’Allen Jones —notamment copiée par Stanley Kubrick pour son film Orange Mécanique, qu’on retrouvait récemment accusées de racisme à la une de plusieurs journaux suite au shooting malencontreux de la compagne d’un milliardaire russe par la fashionnista Miroslava Douma. Polémique à laquelle n’a pas manqué de répondre le photographe et activiste gay Alexander Kargaltsev, sur fond d’homophobie moscovite et de Jeux Olympiques de Sotchi.

Bjarne Melgaard, Chair (Allen Jones Remakes), 2013.

Néanmoins, le thème central de l’exposition s’éloigne prudemment de ces dissidences pour se concentrer sur la ville et les rapports que les artistes entretiennent avec elle. On la parcourt à travers les vues urbaines chaotiques en noir et blanc de Latoya Ruby Fraizer comme elle rejaillit de l’installation psychédélique d’un Danny McDonald fortement marqué par ses années dans le Lower East Side. Keith Edmier quant à lui rend hommage à la Pennsylvania Station, bâtiment néo-classique emblématique de la puissance économique et culturelle nouvellement acquise par la ville au début du XIXe siècle et scandaleusement détruit en 1963, dont la reconstruction de l’un de ses éléments est ici affublée de parasites marins, à la manière d’une épave engloutie. La portrait dégoulinant de Batman rapidement esquissé à la bombe par l’artiste Joyce Pensato sur l’un des murs de la galerie et rebaptisé Badass pour l’occasion, renvoie autant à l’expressionnisme abstrait d’un Jackson Pollock qu’à l’art vandale du graffiti, deux temps forts de l’identité culturelle new-yorkaise.

homothetic

Takeshi Murata, Synthesizers série, 2012.

De manière plus large, ce sont les rapports avec une identité nationale que les artistes interrogent, que ce soit Michele Abeles avec sa série des Flags fragmentés ou Julian Schnabel avec le monumental ensemble pictural And there was somebody wiping his tears with flag, tout comme Renée Green dont le Space Poem s’intéresse aux relations transculturelles autant qu’il matérialise les liens entre pouvoirs et cultures, le texte inscrit sur chacun des drapeaux suspendus agissant comme des “hashtag” activés par le regard du visiteur et renvoyant à des mondes en soi. Enfin, c’est à l’univers tentaculaire des médias et des nouvelles technologies que s’attaquent les vues virtuelles d’intérieurs déshumanisés de Takeshi Murata ou les vidéos de Darren Bader, présentées sur iPad et brouillant les frontières entre culture de masse et “grand art”.

Dan Graham.

Bien que l’exposition prétende entretenir une certaine distance critique à l’égard des institutions, on retrouve une importante corrélation entre de nombreux artistes présentés et la programmation de la dernière Biennale de Lyon : Tobar Ropak et Antoine Catala, les deux benjamins du groupe respectivement originaires de Portland et de Toulouse, font partie de ceux présents aux deux événements. Et la comparaison ne s’arrête pas là car, outre le contenu, c’est le format même de l’exposition qui traduit les mutations actuelles, de la société en général et du milieu de l’art en particulier, avec ce que le marché peut incarner comme liens entre les deux. L’espace de Pantin ouvert par la galerie Thaddaeus Ropac en octobre 2012 s’inscrit dans une mouvance générale des galeries qui, confrontées à la montée en puissance des foires internationales où elles réalisent désormais la majeure partie de leurs ventes comme à la disparition du traditionnel collectionneur-flâneur des rues du Marais, sont contraintes d’innover pour capter un public élargi et occuper l’espace médiatique, quitte à se rapprocher du mode de fonctionnement de quelques institutions phares, justement. Ainsi, à l’image du Générateur RX, pionnier en la matière, ou de la Galerie Gagosian qui inaugure son douzième espace au Bourget au même moment, la Galerie Thaddaeus Ropac se dote de ce vaste bâtiment industriel déployant une surface de 4 700 m2 et jusqu’à 12 mètres de hauteur sous plafond. Un ensemble en adéquation avec les formats spectaculaires des oeuvres d’aujourd’hui. L’exposition, elle-même initialement conçue pour un musée (le Palazzo delle Esposizioni à Rome) a remplacé le simple show-room et s’offre le service de commissaires aguerris tels que Norman Rosenthal, responsable des expositions de la Royal Academy of Arts de Londres pendant près de 30 ans, et Alex Gartenfeld, récemment nommé directeur intermédiaire du MOMA de Miami, ainsi que d’un scénographe (Jonathan Caplan) et de signatures prestigieuses pour son catalogue.

Si ces métamorphoses participent des envolées lyriques du monde de lʼart actuel qui effrayent autant quʼelles stimulent, elles ne perdent par pour autant le mérite de participer à cette vaste entreprise de démocratisation culturelle plébiscitée depuis toujours, au point que lʼart relève désormais de plus en plus dʼun lifestyle qui irrigue tous les autres domaines créatifs de la vie, et dʼoffrir de nouveaux outils de qualité aux oeuvres pour se montrer au plus grand nombre, à lʼimage de cette exposition. Ce destin nʼest cependant pas partagé par la grande majorité des galeries contemporaines et ce show, aussi enthousiasmant soit-il, ne doit pas occulter les propositions plus intimistes des artistes que ces dernières continuent de défendre dans la tempête.

Tendrement.

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