Ecce Etc par Dodi El Sherbini

Sous ce nom qui sonne world, l’artiste Dodi El Sherbini est un ancien styliste français qui, après des études de philosophie, s’est mis à composer de la musique en solo. Il sortit un premier EP de trois titres le 7 janvier dernier sur Bandcamp (https://dodielsherbini.bandcamp.com/album/olympia-ep), intitulé Olympia, nous introduisant à son univers dépaysant. Sur des nappes de synthés romantiques, Dodi El Sherbini déclame un chant vaporeux couvert de réverb’, aux paroles à mi-chemin entre de la chanson française et de la poésie dadaïste. Il évoque l’amour physique et spirituel avec sa reprise du titre Faut pas rêver, de Jean-Michel Jarre et Patrick Juvet. Il nous parle aussi de Leonardo Di Caprio, tout en faisant référence à Héraclite par une citation : “On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve”, à travers le titre à la résonance ô combien nietzschéenne ; L’éternel retour. Olympia venait compléter l’ensemble avec son electronica retrofuturiste aux rythmes lancinants. On avait à faire à des textes d’un romantisme quelque peu désabusé et d’un nihilisme avéré, rappelant certains titres de Sébastien Tellier. Il y multipliait les niveaux de lecture, entraînant l’auditeur dans une œuvre protéiforme qui semble insaisissable. L’esthétique VHS des clips de l’artiste n’est pas sans rappeler les expérimentations filmiques de Jean-Luc Godard. On erre avec le caméraman dans des décors prosaïques habitées par une invraisemblable poésie ; un corps féminin, légèrement dénudé, immobile derrière une webcam, les allées d’une ville-fantôme ou encore quelques travellings sur la beauté épurée d’un désert…

Il revient ce mois-ci avec un autre EP de trois titres sur Bandcamp, baptisé Ecce Etc, prolongeant l’esthétique sonore et visuelle de Olympia. Sur des nappes aériennes et une voix éthérée, le titre éponyme hypnotise par ces boucles d’une beauté azuréenne. La texture du tissu sonore se fait plus dense vers la fin, ajoutant de l’intensité par rapport à un premier EP assez lisse. Comme un escalier délivre des sonorités plus pop alors que Beau comme Dresde rajoute de la densité à l’ensemble. Dodi El Sherbini approfondie son style en étirant légèrement sa palette acoustique. L’ensemble s’inscrit dans la lignée de ce qu’il fait depuis le début, ce qui ne peut qu’être apprécié pour des auditeurs qui ont besoin de s’acclimater à ce renouveau de la chanson française. Innovant et original, l’artiste ne peut être qu’à suivre.

Tendrement, Le Beau Bug.