Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé.

Marie Albatrice

Il y a un peu plus d’un an Hélène Gugenheim débutait son protocole de cicatrisation à la feuille d’or. Elle souligne les blessures et leurs guérisons. Ce processus magique dont nous ne sortons pas indemnes. “Cette entité n’est pas un retour à l’état antérieur car ce qui a été blessé ne peut être retrouvé à l’identique.” souligne-t-elle. C’est alors la force et la fragilité d’un corps, voire d’une émotion que l’or magnifie ici. La cicatrice n’est plus cachée, l’événement n’est plus renié mais sublimé. L’histoire prend forme dans la vie de son héros.

Auparavant journaliste pour Métiers d’Arts, Hélène Gugenheim a visité de nombreux ateliers. C’est là qu’elle découvre le kintsugi: technique japonaise qui consiste à réparer des bols fissurés ou brisés. Après assemblage des morceaux, les jointures visibles sont soulignées par de l’or. Le thé et le bol qui le contient sont sacrés au Japon et le rituel associé l’est d’autant plus. « Le théisme est un culte fondé sur l’adoration du beau parmi les vulgarités de l’existence quotidienne [..] Il est essentiellement le culte de l’Imparfait »  explique Kakuzo Okakura. Et c’est exactement la démarche que suit Hélène Gugenheim: elle magnifie le tabou et rend hommage aux stigmates de la vie.

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé. Olivier, 15 septembre 2015. Photo : Florent Mulot

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé. Clémentine, 5 mai 2016. Photo : Florent Mulot

Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé – Clémentine from Hélène Gugenheim on Vimeo.

Le protocole que préconise l’artiste s’apparente à un rituel très précis. Elle offre tout d’abord un pot de soupe miso que la personne doit boire quotidiennement trois jours avant puis après l’intervention. Le jour venu, le cicatrisé entre dans un espace clos et se met nu. Il effectue un quart de tour sur la gauche. Le spécialiste qui va dorer ses cicatrices est habillé en noir et applique patiemment les feuilles d’or. Aucune paroles ne sont échangées, l’ambiance est paisible. Une fois le surplus de feuille d’or ôté, la personne peut se rhabiller et se retirer. L’échantillon de feuille d’or qui a été en contact avec sa peaux est récupéré et conservé dans un flacon d’alcool où son nom a été inscrit.

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé. Marie Albatrice, 13 mai 2015. Photo : Aurélien Mole

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé. Marie Albatrice, 13 mai 2015. Photo : Aurélien Mole

Toutes les performances empruntent ce protocole et chacune d’entre elles ont été filmées. A terme, Hélène Gugenheim voudrait monter une exposition et y présenter les vidéos ainsi que les flacons d’or. Pour cela, elle est en train de constituer patiemment une dizaine de cicatrices dorées…

Des interventions collectives ont aussi été réalisées. Dans deux jours, c’est Olivier qui recevra des feuilles d’or. Atteint d’une maladie qui touche le système veineux, il porte de nombreuses cicatrices.

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé-e. Performance en (et sur le) public, à l

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé-e. Performance en (et sur le) public, à l

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé-e. Performance en (et sur le) public, à l

Le corps est ainsi manipulé avec délicatesse et investi dans ses infimes subtilités. Ces performances nous font prendre conscience qu’il est le témoin d’une histoire et que la matière le touche directement. En Asie, le corps et l’émotion sont traités ensemble, ils sont interdépendants. De cette façon, c’est aussi des mémoires, des ressentis que l’or sublime. La matière transforme donc aussi l’impalpable.

Tendrement,
Clémentine Picoulet,
Le Beau Bug

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