Chungking Express de Wong Kar-wai

Après l’Europe, après l’Amérique, le Beau Bug vous emmène en Asie, où Wong Kar-wai à immortalisé les lumières des rues de Hong  Kong, la nuit tombante, dans Chungking Express, sortie en 1994.

Alors c’est quoi Chungking Express? c’est la vie de deux flics, le matricule 223 et 633, autour de deux lieux, le Chungking House, un bar de nuit et le Midnight express, un fast food où la diversité des plats peux faire peur. Mais c’est aussi avant tout le combat de deux hommes qui, après avoir étaient abandonnés par leur petites amies respective, affrontent la solitude dans un milieu urbain surpeuplé.

Et oui, encore une fois la solitude, ce thème qui hante le cinéma moderne. Après Antonioni avec Blow up et Jarmusch avec Down by law,  on s’étonne qu’un cinéaste asiatique développe des thèmes si proche du cinéma occidental. Ce qui surprend encore plus c’est le contexte dans lequel le film à été tourné: Kar-Wai est au milieu du tournage des Cendres du temps, un film d’arts martiaux historique, lorsque celui ci est interrompu. Au lieu de prendre quelques vacances, le réalisateur entame à ce moment là ce qui parait être un film de “recréation”, un film d’entre deux, sans grande ambition et pourtant, dès les premières minutes on est absorbés par les images. Deux films aux contextes littéralement opposés tournés la même année. Tout ça a de quoi être déconcertant, pourtant Kar-Wai juge qu’au final, les deux films ne sont pas si étrangers l’un à l’autre. Là dessus, à chacun d’y faire son interprétation.

Le film démarre en course poursuite, rythme effréné, c’est le matricule 223(Takeshi Kaneshiro) qui tente d’arrêter un criminel de petite envergure. De son coté, la femme à la perruque blonde (oui c’est bien son nom), interprétée par Brigitte Lin, gère des affaires de trafic de drogues avec des immigrés. L’histoire suit son cours, il finiront par se rencontrer au Chungking House autour d’un verre. Puis quelques scènes plus tard, les deux protagonistes s’effacent et commencent un nouvelle histoire: un autre policier, Tony Leung Chiu-wai aka matricule 633, apparaît au Midnight Express, le fameux fast food où il achète tous les soirs une “salade du chef” à la belle Faye (Faye Wongdont on ne connait pas grand chose. Encore une fois, on observe les liens qui se tissent entre eux. Ce qui surprend, c’est que l’on s’attend à ce que les personnages des deux segments se rencontrent, s’entrecroisent,qu’ils s’influencent d’une manière où d’une autre, mais en fait non, trop facile après tout. “Pourquoi faire simple quand on peu faire compliqué” disait Jacques Rivette (Paris nous appartient) mais on vous rassure, on est jamais perdus dans cette histoire où montage et mouvement s”assemblent pour donner un rythme qui ne faiblit jamais.

A ce regard sur la solitude dans la société contemporaine s’ajoute une mise en scène, une esthétique, une atmosphère propre à Wong Kar-Wai. Bien avant le somptueux In the mood for Love, qui lui valu un succès international, Chungking Express n’a rien à se reprocher tant chaque plan est construit comme une peinture. D’ailleurs, Kar-Wai semble emprunter au futurisme, mouvement artistique du début du XXème siècle en Italie, développé en parallèle au Cubisme. Ce mouvement faisait l’éloge de la société en pleine révolution industrielle, s’intéressant aux nouvelles machines et au mouvement comme l’illustre Luigi Russolo avec Dynamisme d’une automobile (1912-1913). C’est à travers le montage qu’on retrouve cette force: tout s’enchaîne à la perfection, le mouvement est toujours au rendez vous. Le film a été tourné avec des lumières naturelles de nuit, utilisant les enseignes aveuglantes qui peuplent les rues de Hong Kong, renforçant encore une fois cette vision urbaine et contemporaine.

Chungking Express n’a pas laissé indifférent: “Un film fun, cool, rythmé, rock ‘n roll” pour Tarantino. Ce qui différencie Wong Kar-Wai du reste du cinéma asiatique, c’est qu’à l’inverse de réalisateur comme John Woo, ou des films avec Jet Lee ou Jackie Chan, il s’éloigne de la culture traditionnelle que constitue notamment celle des films d’Arts martiaux où s’enchainent les scènes d’actions à couper le souffle. Kar Wai a cette influence occidentale héritée de la nouvelle vague française, inspirée par les films de Godard, Rohmer, Truffaut ou Chabrol qui aspiraient à un cinéma de rue, “antibourgeois” pour faire court. D’ailleurs, cette fameuse femme à la perruque blonde est inspiré du personnage de Gena Rowlands dans Gloria de John Casavettes, lui aussi figure du cinéma indépendant américain. La musique elle aussi est bien loin d’être traditionnelle: California dreaming des Mamas & Papas hante le film et fait danser le personnage de Faye qui, elle, influencera surement celui d’Amélie Poulain de Jean pierre Jeunet.

Chungking Express c’est tout ça et bien plus encore. On est pas près d’oublier cette serpillière qui pleure et ce savon qui perd du poids (cela parait étrange dit comme ça, mais regardez le film et vous comprendrez !). Tout ça pour dire qu’en brossant le portrait d’une jeunesse qui se cherche et se confronte aux différents maux de la société moderne avec son environnement surchargé.  Wong Kar-Wai  insuffle à ses œuvres une énergie semblable à celle des autres réalisateurs asiatiques, à la seule différence qu’il la canalise autrement.

A voir par curiosité, à revoir par amour.

Tendrement.