Blow up de Michelangelo Antonioni

Récemment la cinémathèque française rendait hommage à Michelangelo Antonioni, l’équipe du beau bug n’allait pas passer à coté de la chance de vous présenter un de ses films les plus populaires, Blow up, palme d’or à Cannes en 67.

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Un photographe, fatigué des shooting studios avec des mannequins, découvre alors qu’il croyait photographier un jeune couple ce qui pourrait être un cadavre. Voila pour la petite histoire : Mais alors c’est quoi Blow up ?
Blow up veut dire littéralement explosion en français. Mais du coup, qu’est ce qui explose dans Blow up ? Et bien à peu près tout, même si ça ne saute pas aux pupilles à première vue, lorsque l’on gratte un peu la pellicule on découvre une véritable maîtrise, ou plutôt un langage.

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C’est donc le langage d’Antonioni qui transforme cette intrigue de thriller en quelque chose d’unique, tant le traitement du film est pour l’époque révolutionnaire. Je m’explique : la plupart des films de l’époque et même encore aujourd’hui sont construits depuis un seul point de vue, le spectateur est plongé au cœur de l’action (schéma de prédilection des films de studio hollywoodien) Mais Antonioni continue d’expérimenter avec ses copains comme il le fait depuis début 50. Tout ça pour dire que chez Antonioni le spectateur n’est plus au cœur de l’action, mais en périphérie. De telle manière que, chaque élément qui pourrait être un indice crucial pour le dénouement du film est remis en question, laissant planer le doute en permanence et permettant au public de préférer une interprétation plutôt qu’une autre.

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Cette démarche permet à l’histoire de prendre une tournure particulière car Blow up, c’est l’histoire d’une mort puis d’une renaissance à travers une sorte de parcours initiatique où le personnage du photographe se perd dans Londres, dépassé par les événements, lui qui contrôlait tout depuis son studio. Le réalisateur se perd aussi observant son personnage se laissant porter de lieux en lieux. D’ailleurs les deux protagonistes, le photographe et la femme du supposé couple sont crédités respectivement sous le nom de Thomas et Jane. Cependant, leur nom n’est jamais mentionné dans le film. Cet anonymat voulut par le réalisateur renforce, encore une fois, cette perte de repères.

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D’un autre coté, là où Blow up pourrait perdre certains spectateurs en cours de route, c’est peut être à cause de cette opacité dont le film est imprégné chez les acteurs. Notamment le héros interprété par David Hemmings (inspiré du photographe David Bailey) est assez insaisissable comme personnage. Il ne transpire par moment que très peu d’émotions, on ne pénètre jamais sa tête blonde : impossible pour nous de savoir véritablement comment il perçoit, comment il interprète tout ce qui lui arrive. Là où certains aurait opté pour une voie off ou pour un questionnement dans un reflet de miroir, ici il n’en ai rien. Un personnage sombre dans une ville haute en couleurs des 60’s.

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On ne pouvait pas passer à coté de la BO du film! Alors qu’en 67 à lieu le swinging London, courant culturel propulsant Londres capitale mondiale de la mode. La pop culture est partout de la peinture à la musique. On s’étonne de ce fait, de voir la composition musicale du film confiée à Herbie Hancock, musicien de jazz cool. Cela s’expliquerait du fait de l’utilisation de cette musique dans les shooting photos de l’époque. En revanche pour les amoureux et les nostalgiques, sachez que les Yardbirds ont enregistré un morceau. Vous savez les Yardbirds, le groupe qui a vu défiler comme membres, Jimmy Page, Jeff Beck et Eric Clapton… Et le mieux, c’est qu’ils sont dans une des scènes, imitant la gestuelle des Who, qui étaient pressentis à la base (Les Velvet underground ont aussi été évoqués.)

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Et puis il y a une polémique, un scandale, avec une scène, une seule, on y voit Jane Birkin (juste avant la période Gainsbourg), qui interprète un personnage sans nom (Quelle coïncidence !) et complètement nue, une première dans l’histoire du cinéma anglais, il paraîtrait qu’au fil des projections la scène était de plus en plus courte

Enfin Blow up c’est aussi un héritage et pas des moindres, Francis Ford Coppola se base sur le film d’Antonioni pour développer l’intrigue de conversation secrète qui sera palme d’or à Cannes également. Puis Brian de Palma habitué aux références à Hitchcock, sort en 1981 Blow out, tout est dans le titre.

Alors voila Blow up c’est à peut prêt tout ça et bien plus encore. Vous l’aurez compris ce film n’est ni un thriller, ni un film d’action. Antonioni livre une réflexion sur la ou plutôt les perceptions et les regards au sens large. Ce que l’on croyait être le sujet du film s’efface petit à petit. L’homme n’arrive pas à communiquer, il est confronté à sa solitude, seul l’art peut le sauver, car pour Antonioni, le cinéma c’est aussi la vie.

A voir par curiosité, A revoir par amour.

Tendrement.

Pour aller plus loin (après avoir vu le film) :

Philippe Garner, David Alan Mellor, Antonioni’s Blow-Up, Steidl, 2011,
Le bon plan, Blow up
Blow up, Arte,