Black Coal de Yi’nan Diao

Cette semaine le Calle Ciné vous plonge dans un polar complexe et mystérieux, dans une Chine à la nudité froide et glacée, où l’ombre et la lumière se partagent l’âme humaine. Réalisé par le chinois Yi’nan Diao qui a obtenu l’Ours d’or du Meilleur Film à la 64ème Berlinale et son interprète principal qui a reçu l’Ours d’argent du Meilleur acteur pour sa prestation.

Le pitch : En 1999, un employé d’une carrière minière est assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme.

Le film est très noir, comme un paradoxe à la neige blanche qui s’étend dans les rues que parcourent les personnages. Il est aussi traversé de scènes burlesques où Zhang est toujours un peu décalé, où il se casse la figure et apparait hébété devant ce qu’il découvre. Zhang n’a pas changé de mentalité en cinq ans, mais les gens qu’il rencontre ont pris le train du changement économique et sont devenus égoïstes, constituant une très vague critique politique du film.

Le réalisateur, également scénariste, passa huit ans à mettre au point son scénario en partant d’une simple histoire de détective. Et voici 106 minutes en équilibre sur la frontière entre rêve et réalité. On ne peut s’empêcher de penser au formidable A Touch of Sin de ce début d’année. Si la violence est aussi brutale et crue que dans le film de Yi’nan Diao, ce drame s’intéressait aussi aux dérives d’êtres en décalage avec la société chinoise.

Les acteurs subliment le propos du scénario et élèvent ce thriller crépusculaire au niveau d’une fable noire et cruelle dont l’esthétisme, loin d’alourdir le propos, le sert bien au contraire à chaque instant. Fan Liao et Lun-mei Gwei sont remarquables et apportent leur part de mystère et d’ambiguïté.

Si on accepte, les vides et les ellipses volontaires du scénario, si on accepte l’adage qui dit qu’il n’est pas essentiel d’avoir tout compris pour apprécier… alors en route pour la Chine profonde, vous ne serez pas déçus du voyage!

Pour conclure, aussi élégante que désespérée, cette enquête sur la condition humaine fascine et impressione. Le réalisateur poursuit avec Black Coal un art qui mêle à merveille histoire personnelle et destin collectif, fable et chronique sociale. Il raconte finalement l’histoire d’un crime qui en cache un autre. Une atmosphère et un sujet légitimes pour un film qui en cache un autre.

C’est pourquoi, le Calle Ciné vous propose cet impressionnant film noir aussi haletant que plastiquement abouti, un thriller moderne et violent qui installe son auteur aux côtés des meilleurs cinéastes chinois.


Tendrement,

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