Big Eyes de Tim Burton

Cette semaine le Calle Ciné vous embarque dans l’univers du nouveau film de Tim Burton tiré d’une histoire vraie. Un film qui apparait comme très personnel pour le cinéaste, artiste peintre à ses heures. Malheureusement loin de ses films les plus éminents et marquants, son nouveau film n’en reste pas moins efficace et intéressant. Il s’agit de Big Eyes, en salles aujourd’hui, avec Christoph Waltz et Amy Adams.

Le pitch :  À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail.

Big Eyes n’est “que” le deuxième biopic dans la longue et variée carrière de Tim Burton. Cela faisait 20 ans que le réalisateur n’avait fait un film tiré d’une histoire vraie. En effet, en 1994 sortait Ed Wood, l’histoire de ce réalisateur présenté comme le plus mauvais de son vivant et aujourd’hui vénéré par certains amateurs du genre. Pour Big Eyes, Tim Burton retrouve d’ailleurs les scénaristes qui avaient écrit Ed Wood et qui sont de véritables passionnés de biopic.

Par ailleurs, à bien y regarder, il est évident que Tim Burton a été influencé par le travail de Margaret Keane et ses “grands yeux”. Le réalisateur possède d’ailleurs une belle collection des œuvres de l’artiste peintre. Déjà en 1994, Burton se cachait derrière le scénario de L’étrange Noël de M. Jack, puis en 2005 il réalisa Les Noces funèbres ou encore Charlie et la chocolaterie… Autant de personnages du réalisateur affublés d’yeux disproportionnés.

Depuis le passage à l’an 2000, la meilleure chose que Tim Burton ait faite dans une salle de cinéma est d’avoir remis la Palme d’Or à Apichatpong Weerasethakul pour Oncle Boonmee. Derrière sa propre caméra, il a périclité peu à peu, jusqu’à devenir une signature commerciale désincarnée et exploitée par les services marketing d’Hollywood (Alice au pays des merveilles) et un triste décalque de son travail original passé (Frankenweenie). Burton a dû en prendre conscience, car le sujet de Big Eyes autant que le casting apportent la preuve évidente d’un désir d’adresser de front le problème et de faire le nécessaire pour y répondre.

En effet, aucun des comédiens de ce film n’avait précédemment joué pour ce réalisateur, ce qui veut dire en particulier que l’on ne retrouve ni Johnny Depp, ni Helena Bonham Carter pour la première fois depuis l’extraordinaire Mars attacks ! Burton a également changé de producteur et de monteur pour la première fois depuis respectivement Sleepy Hollow et Edward aux mains d’argent ; et a renoué avec les scénaristes de Ed Wood. Dans les rôles principaux, Christoph Waltz s’en sort correctement et Amy Adams mérite comme à son habitude toutes les louanges, de même que son deuxième Golden Globe.

On peut dire que Burton s’autorise à s’effacer de son film, à le laisser vivre presque sans lui, assurément pas pour le pire mais peut-être pas pour le meilleur non plus. Les puristes du genre “burtonien” vont se demander où est passé l’outsider au style si prononcé qui a fait naître Batman au cinéma.

C’est pourquoi, et vous l’aurez compris, Burton signe ici une véritable déclaration d’amour à l’art. Et s’il n’y a pas de princesse gothique, ni de cavalier sans tête, ce biopic recèle ses thèmes chéris et décalés. Et, comme toujours chez Burton, le comique, porté par le jeu excessif de Christoph Waltz, côtoie la tristesse de l’âme, incarnée par la frémissante Amy Adams.


Tendrement,