Bic Médium par Feu ! Chatterton

Le groupe de rock français Feu ! Chatterton nous gratifie, pour le Disquaire Day, d’un EP inédit baptisé Bic Médium, en l’honneur du célèbre stylo du même nom. Pressé à seulement 300 exemplaires, le vinyle est un inédit d’une grande rareté comprenant un seul morceau de 14 minutes, divisé en quatre parties. Révélés en septembre dernier avec leur premier EP intitulé Cadavre exquis, les 5 jeunes hommes du groupe ont su imposer leur style, une musique pop-rock traversée par quelques claviers. Et sur cette instru, une prose poétique résolument moderne retentit. Des textes rafraîchissants et élégants, où dansent les mots, sans se perdre dans l’emphase.

L’imaginaire rouge-sang de Feu ! Chatterton imbibe le vinyle, construisant une œuvre sans concession, ardente et belle. Sur des riffs de guitare lancinants, le chanteur déclame ses vers romantiques, entre éloge du stylo et déclaration d’amour. Les chansons lentes et mélodieuses s’assemblent sans laisser trace d’une coupure entre elles, démontrant la maturation du projet.

L’ongle, premier morceau de l’œuvre, commence délicieusement par quelques phrases récitées à la manière d’un mantra,  se prolongeant par Le lino et Le caraco, chansons nerveuses et tendres, de véritables crève-cœurs sonores qui s’estompant à chaque fois sur un “ad vitam æternam” (jusqu’à la fin des temps). La réponse d’un poète à sa muse dont quelques contours se dessinent au stylo bic : “tu seras belle éternellement / bordée de camélias / rouges seulement”. L’éloge du Bic Médium se transforme peu à peu en un long poème d’amour finissant par Les camélias, morceau plus mélancolique, tout en souffrance pour le chanteur qui se perd dans cette dernière phrase “Où est-ce que tout ça fini ?”, un cri tendu entre amour fou et nostalgie d’un temps révolu.

Avec ce langage poétique châtié qui fait leur marque de fabrique, Feu ! Chatterton impose ses codes stylistiques à la musique, dans la forme comme dans le fond. Sous ces guitares électriques et claviers  hérités du rock progressif, le groupe fait pleuvoir des sonorités agiles et douces, violentes et délicates. Les comparaisons avec Alain Bashung, Gainsbourg ou Bertrand Cantat sont trop faciles, réduisant l’originalité d’un groupe qui se démarque radicalement. Sans renier l’héritage français qui irrigue la prose de ce chant lacéré, il faut dépasser ces frontières musicales pour retracer avec justesse les influences de Feu ! Chatterton. A de multiples reprises, le groupe mentionnait Radiohead ou Aphex Twin comme étant des incontournables de leur imaginaire acoustique. Des noms ô combien intéressants. Bic Médium ne fait qu’augmenter notre attente de l’album à venir entre septembre et décembre 2015. Bravo Feu ! Chatterton !

Tendrement.