Almeria par Everydayz et Phazz

Écrire des pages et des pages sur l’actualité musicale est assez aisé, tant la chose se pratique avec complaisance dans les médias. Il est difficile de nos jours de lire quelque chose avec un tant soit peu d’esprit dans ce marasme d’articles, pas juste pour plaire à l’artiste et se faire retweeter. Pourtant, c’est bien mon intention ici, avec un disque aux allures d’album-concept sans prétention, terriblement sincère dans sa démarche et qui souffle sur votre peau une brise musical solaire.

Nouveau-né du label Nowadays Record (http://nowadaysrecords.com/), Almeria, ce disque est la collaboration entre deux producteurs des scènes hip-hop & future beats, Everydayz et Phazz. Du nom d’une ville d’Espagne en Andalousie, le projet comprend 10 morceaux ouvrant sur le rêve d’une vie au bord de la plage. Les deux musiciens fabriquent un tissu sonore lumineux, avec quelques dégradés de mélancolie. Explosant sur la scène électro avec son EP intitulé Né sous le sun, le perpignanais Ilia Elitch Koutchoukov a.k.a Everydayz s’associe avec Phazz, producteur de talent qui s’est fait un nom, il y a un an, avec Marble, un EP aux beats futuristes. Ils viennent nous raconter une histoire où les mots laissent place aux sons.

Le disque commence sur les bruits d’une plage, on entend alors quelqu’un ouvrir une porte, déposer ces affaires comme s’il rentrait chez lui. Quelques mouettes sillonnent le ciel. L’inconnu allume une cigarette, tire dessus plusieurs bouffées, laissant s’échapper le son infime du tabac se consumant. Plus tard dans l’album, on écoute un Appel Manqué (interlude 1), celui d’une femme dont l’amour semble souffrir de la distance. C’est aussi la panique d’un Réveil Manqué (interlude 2) sur fond de radio espagnole. Enfin, ce sont les pas hasardeux du personnage, Road to Nowhere (interlude 3), avant qu’émerge le bruit ténu d’une foule qui semble réclamer l’arrivée des artistes, comme une métaphore d’Everydayz et Phazz arrivant sur scène.

Almeria est le carrefour des envies et des idées de ces jeunes beatmakers. Il est irrigué de beats hip-hop flirtant avec le corps, de nappes sonores groove, avec parfois des montées orchestrales, comme sur Girl of my dream (ft. Bridge). La sensualité est une composante inhérente à l’album. Avec You Love Me par exemple, le duo sample le chant d’une femme et s’amuse à le rendre évanescent, inspirant une ligne délicate à leur œuvre. Surgit vers la fin, un titre nerveux nommé Vol de Nuit,  dans lequel les synthés délivrent une house langoureuse taillée pour faire bouger le dancefloor.

Almeria est un album-concept qui conjugue avec justesse ces parties, afin de recréer artificiellement un univers acoustique solaire. Les compositions sont versatiles, ne cherchant à être que le reflet sincère des esprits d’où elles émergent. Elles retranscrivent une sorte de témoignage, que l’on sent autobiographique. L’électronique et l’organique dialoguent dans une harmonie subtile, délivrant des atmosphères rêveuses, quelques beats entraînants et le bruit des vagues. Voilà un LP qui risque d’habiter votre Été !

Tendrement, Le Beau Bug.