AKEE ONE – La création en ébullition

Personnage décontracté et assuré, AKEE ONE est un univers à lui tout seul. En place dans sa boutique HIP HOP STORE, au recoin d’une ruelle sombre en plein centre de Toulouse, il répond à nos questions avec aisance et conviction. Si vous ne connaissez pas bien l’art de la street, le vrai, l’authentique, en voilà une présentation exhaustive !

L’interview

Mordu du dessin depuis tout petit, l’artiste a su s’adapter aux changements en conservant ses bases. Il nous retrace irrévocablement ici l’histoire du graffiti, monde varié qui va de paire avec le hip hop et le rap. Comme une sorte de “pilier” toulousain du graff, son parcours semble tumultueux et formateur. Zoom sur l’histoire d’un dessin, le tracé d’une vie…

Comment as tu commencé à dessiner ?

J’ai commencé à dessiner comme beaucoup d’enfants, en recopiant des bandes dessinées de Marvel, des comics. Puis je me suis mit au graffiti vers 11 ans, par hasard, par connexions et rencontres. De là je me suis ensuite mit à la danse hip-hop à l’époque de Sydney. Et entre 13 et 17 an j’ai commencé à en vivre, j’ai arrêté l’école donc c’était quasiment mon boulot très jeune.

Tu dessine depuis que tu es tout petit ?

Oui, je dessinais depuis petit puis le graffiti a fait que je m’y suis mit à fond.

Comment définirais-tu ton style? 

J’ai plusieurs styles ! Dans notre génération nous avons été influencés par plusieurs mouvements qui sont un peu figés dans le temps comme le graffiti old school puis tu évolues dans le temps ensuite. On va dire que j’ai un style néo-bordélique à tendance hippie. C’est un mélange entre le style à la new-yorkaise et l’influence française où on puise des informations de tous les côtés. Après je ne suis pas spécialisé sur le lettrage ou même le personnage comme certains graffeurs, je fais vraiment de tout. Ou je ne vais faire que du personnage ou que du lettrage suivant les périodes.

Tu mélange les deux aussi ?

Oui ! On a aussi de nouvelles influences, par exemple le graffiti évolue techniquement chaque années. Nous, les artistes de ma génération on continu à faire nos vielles ***, comme nous faisions il y a 20 ans. Eux, les nouveaux on prit nos bases et les ont poussé beaucoup plus loin donc on est obligé de s’adapter. Sinon dans ta vie tu t’embête, assis sur ta chaise toute ta vie à faire la même chose, avec trois coulures et une étoiles…

Tes inspirations ?

Il y a Vaughn Bodé qui es un artiste psychédélique des années 60 qui n’a rien à voir avec le hip-hop. Il a été très influent car c’est lui qui a amené ce côté simplifié au graffiti. Par exemple, tu vois toujours deux saucisses pour représenter une main, ça donne un aspect un peu minimaliste qui est aujourd’hui caractéristique du graffiti. Maintenant les jeunes sont influencés par les comics ou encore par la BD traditionnelle française. Moi, ça reste Vaughn Bodé et l’univers musical aussi. Tout ce qui est lié au rap et à la culture hip-hop sont des sources d’inspiration.

Comment es tu arrivé à faire du body painting ?

Au début c’était juste pour serrer des filles puis techniquement c’est devenu intéressant. A mon âge je ne peins plus trop sur les murs mais plus sur les tableaux et je me dis que c’est plus joli sur un femme, même en photographie ça donne un beau rendu. Sinon c’était un peu par hasard, parce que c’est arrivé à la mode. Enfin, ça reste l’amour des femmes comme dirait Enrico Macias.

Je vois que tu ne peins pas sur les hommes.

Ah ça non ! Il y a toujours trois mecs qui viennent me demander de leur peindre quelque chose sur le bras en soirée et moi je leur dis « mais non les mecs moi si c’est pour peindre sur vous je repars peindre sur des murs ! » Ce n’est pas du tout qu’on soit homophobe, sexiste ou quoi que ce soit mais bon… de sentir l’odeur du routier non merci ! Je préfère un Channel n°5 sur un de fond de teint bien mit.

Qu’est ce que tu préfère dans la création ?

Personnellement je préfère créer sur des murs mais après c’est une question de logistique, de temps. A 17 ans quand on était dans nos caravanes on pouvait y peindre constamment, après dans la réalité ça ne te permet pas d’avoir un réel boulot. Aussi, quand tu peins sur une toile tu ne dépends de rien d’autre que de toi même s’il n’y a pas le côté grandiose de la fresque en extérieur. Donc je préfère les murs et des cuisses fermes et épilées ! Ça reste un très bon support de podcast.

Et sur les corps tu dessine avec quoi ?

Avec mes mains et mes yeux tout d’abord. Puis avec des podcast totalement hypoallergéniques, aucun problèmes, ou sinon avec un aérographe. Les pâtissiers s’en servent pour faire des gâteaux . Il est possible de l’utiliser avec des encres naturelles pour le contact avec la peau qui donne un effet similaire à la bombe même si le meilleur rendu est celui du podcast. C’est pas non plus comme au Mexique où le peintre peint directement à la bombe sur les filles !

Il y a une différence entre les corps que tu dessine et ceux sur lesquels tu dessine ?

Non il n’y a pas de différences sauf que je ne peux pas aller manger de sushis après avec les corps que je dessine, je ne peux que les regarder de mes yeux larmoyants.

Donc il y a vraiment l’idée du contact ?

Oui oui oui comme un cabinet de psychologie, « vas y racontes moi tas vie » !

Donc c’est toi qui demande à la personne ce qu’elle fait de sa vie et non pas l’inverse ?

Après ça dépend des filles. Il y en a qui vont être plus dans l’écoute, d’autres qui préfèrent parler, d’autres qui sont plus réceptives à ce que tu fais.

La fille sur laquelle tu vas peindre influence le dessin que tu vas faire ?

Oui à moins que ce soit pour des pièces body-paint pour des magazines avec des directives précises . Ça arrive aussi que le sujet ait une idée de ce qu’elle veut. La morphologie joue aussi, si c’est une femme d’1m30 et de 70kg il y a de la matière pour dessiner. Tu peux dessiner un grand RER sur son corps !

Et il y a un message dans tes dessins ?

Oui parfois je mets un numéro de téléphone sur le mollet au cas où ! Quand j’étais dans la graffiti et malgré ma couleur de peaux j’étais afro-nationaliste. J’ai été élevé dans une famille originaire de Côte d’Ivoire et j’ai été pris en main par les blacks de Paris dans un milieu où j’étais le seul blanc. J’ai due faire un transfert étant jeune, je me prenais pour Chaka Zulu d’origine Normande et je voulais véhiculer un message de liberté puis avec le temps j’ai perdu ce côté là. C’est comme les jeunes anarchistes de mai 68 qui aujourd’hui n’y accordent plus d’importance. Je trouve ça parfois un peu barbant, c’est comme le rap Adem qui veut te moraliser.

Tu as pris des cours de dessin ?

Non jamais, j’ai pris des cours de plein de choses mais pas de dessin.

Comme quoi ?

Des cours pour gérer une entreprise, de comptabilité ou de boxe mais jamais de dessins. Je suis totalement autodidacte.

Les dessins

Entre graff, body painting, peinture sur toile et custo la création semble faire partie intégrante de son quotidien ! Les idées bouillonnantes et les mains au garde à vous il met un peu (beaucoup) de couleurs partout où il passe. Avec un rapport à l’art très rationaliste, AKEE ONE précise bien qu’il dessine d’abord avec ses mains et ses yeux. Ici l’artiste se présente avant tout comme un plasticien qui joue avec les formes, les couleurs et les matières. « Symptôme » de l’art urbain ? Celui qui consiste à s’approprier le monde environnant et y apporter sa touche personnelle. Nous assistons donc ici à un véritable festival de formes et de couleurs ! Il y en a pour tous les goûts : du comique au sévère, de l’osé au plus strict… Le Beau Bug vous présente ici une petite sélection de ses créations. Plongez dans l’ambiance de ce lieu à la rencontre d’un artiste sans prétentions…

La boutique et plus encore…

Dessinateur mais pas que, AKEE ONE  fait partie d’un crew avec ses acolytes POSH et BLAST. Sa passion l’a également poussé à monter une boutique associative. Fournitures, galerie d’art et soirées en font un lieu unique en France ! C’est à cet endroit qu’une petite équipe travail et distribue de la bonne humeur ! Les amis d’Akee One le décrivent de « très nostalgique » et c’est certainement ce qui en fait un lieu si chaleureux ! Régisseur à l’initiative de ces projets, il vit et évolue dans sa passion depuis des années avec un solide désir de partage …

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Tendrement,
Clémentine Picoulet,
Le Beau Bug