7 : le nouvel album de Paul Kalkbrenner

A l’occasion de la sortie de son septième album, sobrement intitulé 7, Paul Kalkbrenner débarque dans quelques festivals français (Le Cabaret Vert, Positiv Festival…) afin de faire découvrir ses nouvelles compositions. Dans un style toujours chargé en émotions, Kalkbrenner impose sa patte à la techno allemande. Que peut bien valoir ce nouveau projet ?

Depuis le film Berling Calling, dans lequel il tient le rôle principal et compose la B.O, Paul Kalkbrenner a été érigé comme le héraut de la techno allemande. A tort. Devenu un film culte, la popularité du producteur grimpe en flèche, ainsi que son chiffre d’affaire et c’est à partir de là que le malentendu démarre. L’œuvre  de Kalkbrenner est à l’opposé de la techno berlinoise actuelle, celle-ci étant beaucoup plus rêche et froide. Il nourrit sa musique de sonorités pop, éclairant ses plages sonores de rythmes lumineux qui enveloppent l’auditeur dans une ambiance cotonneuse. 7 n’échappe pas à cette formule. On écoute une techno mainstream qui parlera au plus grand nombre, sans froisser les habitudes d’écoute. L’utilisation des claviers et des caisses claires est tout à fait conventionnelle. Les ficelles sont grossières mais ce n’est pas non plus du David Guetta. Il n’y a peut-être pas d’originalité mais notre corps semble irrésistiblement attiré par ces musiques tour à tour puissantes (Clycence 412, Mothertrucker, Align The Engine), envoutantes (Battery Pack, Parpecut Pilot), mélodieuses (A Million Days) ou inquiétantes (Shuffleface). C’est peut-être ça la magie de Kalkbrenner, insuffler à sa musique une intensité capable d’envoyer une décharge d’émotions à l’auditeur.

Paru, non pas sur son propre label Paul Kalkbrenner Musik, mais chez Sony International/Columbia, l’artiste a pu avoir accès à l’impressionnant catalogue de la major pour une sélection de samples variés. La major explique dans un communiqué : « Kalkbrenner a été le premier artiste à qui nous avons donné accès aux coffres-forts et aux cassettes de Sony et Columbia, où il a eu la chance de récupérer des samples d’artistes iconiques allant d’Elvis Presley à Johnny Cash en passant par Janis Joplin et Bob Dylan. » L’intéressé raconte : « Toutes les bandes de leurs artistes ont été numérisées à New York. Je me suis régalé dans leur bibliothèque, je suis même tombé sur un enregistrement inédit de Bob Dylan et de Johnny Cash jouant de la guitare ensemble, apparemment éméchés, mais je n’ai pas voulu y toucher. S’ils ne l’ont pas sorti, c’est qu’il y a une raison ». Néanmoins, pour avoir accès au catalogue, Kalkbrenner a également réalisé quelques compromis : « J’ai accepté de faire un album de douze morceaux, seulement, explique-t-il, dont trois avec des vocaux pour passer en radio, mais pour le reste, j’ai gardé le contrôle artistique. Plus de concessions et cela m’aurait coupé dans mon processus de création. »

Son désir de conquérir le public américain fut aussi l’une des raisons pour lesquelles il signa chez Sony Music (http://www.sonymusic.fr/) plutôt que de rester chez son label indépendant. Il rêve d’en découdre avec de gros événements de l’Electronic Dance Music, cherchant à revenir en héros du Coachella Festival, en Californie. Capable de jouer devant 500 000 personnes pour le vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin, il veut désormais “éduquer” le public américain à la techno. « Ce qui a tout changé aujourd’hui, précise-t-il, c’est que la musique électronique est écoutée par les Américains. Ce n’était pas le cas il y a encore dix ans. Si après avoir entendu mon album vous pensez que c’est la même musique que celle de David Guetta, je ne peux rien faire pour vous. »

Ainsi, il sample le tube psychédélique White Rabbit des Jefferson Airplanes dans Feed Your Head. Sur Cloud Rider, il échantillonne le track de D.Train, You’re The One For Me ou encore Luther Vandross et son Never too Much qu’il intègre dans le planant A Million Years. Bref, il veut parler aux américains en imprégnant son nouvel album de leur patrimoine musical. Accompagné de trois clips écrits par le duo Alexander Nowak/Felix Richter et réalisés par Bjoern Ruehmann, qui forment une trilogie baptisé “Florian“, 7 prolonge cette veine dans laquelle s’illustre à merveille Kalkbrenner ; une techno harmonieuse et solaire qui veut rassembler, parler au plus grand nombre, qui cherche à faire s’évader nos esprits le temps d’un concert. Il est clair que 7 ne fait qu’ajuster sa direction artistique ; communiquer avec le monde entier grâce à une musique universelle. La techno semble avoir de beaux jours devant elle.

Tendrement, Le Beau Bug.