Trois coups de cœur aux Abattoirs de Toulouse

The Pleasure of Being Sad, Antoine Catala

Une visite au musée des Abattoirs de Toulouse, ça peut durer des heures! L’ampleur du lieu permet une programmation dense et diversifiée. Un pas en entraînant un autre, ce sont des dizaines et des dizaines d’oeuvres qui défilent sous nos pupilles. De coups de cœur en coup de cœur, Le Beau Bug est tombé sous le charme de trois artistes dont on vous parle aujourd’hui…

Au centre de la nef, une éléphante est échouée sur son socle. Son corps est décharné, mais elle semble vouloir se redresser. Elle est reliée à une sphère remplie d’un liquide rose. Les battements de son coeur émanent des vibrations tangibles pour quiconque s’en approche. Cette sculpture monumentale est le fruit d’une réflexion d’ordre biologique et artistique. Marguerite Humeau invente des mythologies réalistes. Elle imagine ici une ère où l’éléphant serait l’être le plus évolué de la planète. L’oeuvre monumentale placée au centre du musée met en scène un destin tragique pour cet animal : la perfusion contient du poison injecté progressivement dans le corps de l’éléphante. Toutefois, « la mort de cette matriarche, programmée artificiellement et mécaniquement, va pousser les autres membres de sa famille à évoluer et développer des émotions ». L’installation agit comme un compte philosophique et ouvre une brèche poétique sur l’avenir de nos sociétés. C’est une histoire où tout est fait et à faire. Où l’espèce évoluée n’est plus celle qu’on croit, quand l’empathie révèle des ressources inespérées.

Marguerite Humeau, ECHO, A Matriarch Engineered to Die, 2016, collection Nixon Chustz, Texas (USA) © droits réservés ; photogr. Sylvie Leonard.

Marguerite Humeau, ECHO, A Matriarch Engineered to Die, 2016, collection Nixon Chustz, Texas (USA) © droits réservés ; photogr. Sylvie Leonard.

Globalement, le corps anime la programmation du musée cet été. Les salles des bas-côtés répondent au thème de « Peindre comme je bouge » jusqu’au 9 septembre tandis ce que « Suspendes Animation » occupe le premier étage jusqu’au 26 novembre 2017. Ici, les visiteurs sont invités à se jeter à « corps perdu dans l’espace numérique » façonné par neuf artistes internationaux. Neuf artistes dont Antoine Catala avec The Pleasure of Being Sad  (Le plaisir d’être triste). Utilisant lui aussi un temps fictif, il propose un monde néo-capitaliste où seul le bonheur hystérique serait accepté. Puis, il installe un écran dans lequel défilent des visages tristes. Les hommes et les femmes pleurent et laissent couler leurs larmes. Ils esquissent de doux sourires ou bien une souffrance extrême. L’artiste New-yorkais invite à se reconnecter avec ses émotions. Quelles quelles soient, ici, elles sont belles à voir.

Dispersés çà et là , restent des fragments, ou plutôt des mots de Joël Andrianomearisoa. Artiste contemporain auparavant architecte, il proposait une boutique sentimentale aux Abattoirs depuis le 2 février 2017. Ses Sentimentals Products sont des objets du quotidien détournés avec des phrases romantiques. Ils expriment des regrets ou des espoirs. Les matières dansent et remuent des souvenirs douloureux, ou peut être heureux. Il touche l’intime avec une grande sobriété. Les objets ont été dispersés jusqu’aux derniers jours de l’exposition et étaient destinés à la vente, car « si les objets sont payants, les sentiments sont gratuits » mais à quel prix ?

Tendrement,
Le Beau Bug

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