Une minute de danse par jour

10 juillet 2017 - danse 909 Louis de Monard (1873 - 1939), Tigre, huile sur toile, au Museum d'Histoire Naturellle ©Nadia Vadori-Gauthier

Une semaine après les attentats du 7 janvier 2015, Nadia Vadori-Gauthier postait la première danse d’une grande aventure. Les attentas tragiques de Charlie Hebdo, la symbolique d’un tel événement ont généré chez elle l’envie d’agir avec ce qu’elle pouvait donner au monde. Et depuis le 14 janvier 2015, elle s’est promise de danser une minute par jour. Sa lutte contre l’obscurantisme passe par une danse journalière, exactement comme prônait Zarathoustra lorsqu’il disait être « perdue une journée où l’on n’aurait pas dansé au moins une fois » (Nietzsche). En suivant cet adage, Nadia Vadori-Gauthier crée une oeuvre depuis plus de 34 mois, 137 semaines , 964 jours. Mais il n’est pas simplement question d’une citation ici ou bien, celle d’une poésie. Une poésie tissée chaque jour dans toutes les places, à toutes les heures de la journée ou de la nuit. Une minute de danse par jour c’est une résistance par la douceur.

Nadia écrit des poésies là où on ne s’y attend pas. Elle même ne sait pas forcément où elle dansera le jour venu. La seule préparation requise c’est l’enclenchement du caméscope. Et une fois le bouton actionné c’est la surprise ! Par contre, lorsque vous assistez à une minute de danse mise en scène, c’est aussi un spectacle. Nadia est une professionnelle de la danse qui sait ce qu’elle acte au quotidien. Et il y a mille façons d’aborder son oeuvre. Comme une petite douceur de la journée, comme une dose d’art journalière ou comme à l’université. Car, son processus de création est intimement lié à ses sujets de recherches : « proposition d’alternatives au régime dominant de la représentation », « interaction entre somatique-esthétique-politique », « états élargis et modifiés de perception »…

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3 septembre 2017 – danse 964 ©Nadia Vadori-Gauthier

Si le coeur vous en dit, vous passerez une minute puis deux, enfin peut-être trois, voire une heure sur son site web. Nadia a organisé ses neuf cent danses et quelques en catégories. Et la diversité des environnements, des intervenants est incroyable ! Qu’est ce qui vous ferait plaisir ? Une danse avec un ouvrier ? Un danseur ? Un animal ? Avec madame la ministre de la culture ?  Ou peut-être dans un cimetière, en voyage, dans une exposition ? Mais avec quel genre d’art ? Certaines autres sont aussi très mystérieuses : « je ne sais pas comment appeler cette catégorie mais j’y tiens »…

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15 juillet 2017 – danse 914 ©Nadia Vadori-Gauthier

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4 Aout 2017 – Danse 934 ©Nadia Vadori-Gauthier

Mais ces danses sont chargées de beaucoup d’autres choses qui ne sont pas inscrites, classées dans une rubrique. C’est à vous de piocher la poésie. On y retrouve souvent de l’humour, même de l’auto-dérision. Beaucoup de beauté, d’esthétique et d’alchimie. Alchimies entre Nadia et les environnements, les gens. Quand elle danse dans les fougères, elle danse comme une fougère. Quand elle danse avec une enfant, elle est pleine de malice. Quand c’est au milieu des animaux empaillés du Museum d’Histoire Naturelle, ce sont ses yeux écarquillés, ses mouvements sur le qui vivent, son corps prêt à bondir qui trahissent sa peur, son instinct animal. Peut-être que vous vouliez connaître la danse d’un train ? Celle d’un stop de signalisation ou d’un coucher de soleil ? Nadia l’a fait pour vous, elle interprète chaque jour la danse d’un nouvel espace. La persévérance, la trame, la promesse dont elle fait preuve sont aussi des gages de créativité. Lorsqu’il faut trouver une nouvelle idée chaque jour, c’est l’inventivité qui s’exprime. Tout devient générateur de création artistique, un rien inspire. L’expression artistique, quand elle vient du fond de l’être, n’a pas de limite quantitative.



Lorsqu’on danse une minute par jour, il faut aussi l’intégrer à sa vie. Coûte que coûte, Nadia explique que la question de ne se pose même pas. La danse devient une nécessité. Un besoin urgent de ré-unifier. « D’agir au quotidien une présence sensible dans ce monde ». Les gestes laissent leurs traces dans l’espace. Les mouvements relient les A au points B. Ils imprègnent tout ce avec quoi ils rentrent en contact.

Son projet unit tout un tas de choses et mises bout à bout, pas à pas, on avance et les petites choses deviennent de grandes choses. Aujourd’hui, Nadia dansera sa 965 ème danse…

Tendrement.

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