L’interview de Vendredi sur Mer

Une nouvelle brèche s’est ouverte dans l’univers de la musique française il y a cela deux ans, lorsque Charline Mignot, alias Vendredi sur Mer, présentait son titre Mort / Fine. Après quelques singles sort son EP Marée Basse, véritable ode aux aléas amoureux, aléas qui ne se voient pas vraiment chantés mais racontés, en douceur ou non. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions à l’occasion de cette sortie.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ? Et pourquoi Vendredi sur Mer ?
Je voulais un nom qui invite au voyage, à la poésie, à la rêverie. Et puis, la mer est un endroit merveilleux pour puiser son inspiration.

Avant de commencer à parler de ta musique en détail, tu dis que tes productions appartiennent au registre « électro pop glacial ».
2. Peux-tu nous en dire plus ?
C’est un terme que j’employais avant, c’est vrai. Mais désormais je trouve que je m’en éloigne… Je préfère décrire mes chansons comme une poésie chantée, une ode à la mélancolie avec du caractère (par rapport aux productions utilisées).

Ton EP démarre avec le titre Lune Est L’Autre. Instrumentalement parlant, il fait penser aux productions oniriques de Polo & Pan.
3. Est-ce qu’ils font partie de tes influences ? Quelles sont-elles, sinon ?
J’ai beaucoup écouté Polo & Pan. Mais mes influences sont très vastes. Elles partent de Gainsbourg et peuvent remonter à des choses beaucoup plus contemporaines. Mais Lewis OfMan, avec qui je travaille ne répond à aucune influence pour moi. C’est un génie, il a sa propre patte et ensemble, nous avons construit un univers que je ne saurais décrire. Je l’aime profondément, et le remercie pour toute l’attention que je lui dois.

Si jusque là les quelques titres que l’on a pu entendre de toi étaient très narratifs, Lune Est L’Autre expose au travers de son phrasé et de son histoire un caractère plus abstrait.
4. Lune Est L’Autre, c’est la métaphore de quelle(s) émotion(s) ?
C’est vrai que c’est celle qui sort du lot, dans le sens où elle ne répond pas à une histoire d’amour. Quoi que… Je parle de la montée du succès, et je m’interroge sur la fin de celui-ci. À la fin de la chanson, on comprend que tout ça n’était qu’un rêve. Je parle finalement d’une histoire d’amour : celle que j’ai avec la musique. Et par pudeur, ou peur, je préfère me dire que tout ça n’est qu’un beau rêve qui ne se ternira jamais puisqu’il m’en restera toujours les souvenirs.

« Elle fait pleurer les garçons, et elle a bien raison »

Dans Larme à Gauche, le personnage principal semble être fasciné par cette Camille, qui séduit sans pour autant se laisser séduire, qui semble inaccessible et qui de cette manière attire.
5. Pourquoi Camille a-t-elle raison de les faire pleurer, les garçons ?
Je ne sais pas si elle a raison de les faire pleurer mais elle a sûrement ses raisons… Ici, je parle d’une fille, d’une femme libre dans ses choix, ses actes, et ses décisions. Ce qui est frappant c’est que, sans le savoir, elle est sortit au moment de #metoo et #balancetonporc. J’ai trouvé que ça lui donnait beaucoup de puissance. D’autant plus, que c’est le hasard qui a parlé…

Le langoureux La Femme A La Peau Bleue contraste avec le titre précédent : bien que l’on ressent toujours de la fascination pour une jeune femme, elle semble venir d’un autre monde, et apparaît à nos yeux comme un mirage, un instant de répit d’un soir.
6. Et tout cela semble être caractérisé par cette couleur, le bleu. Elle signifie quoi pour toi ?
Certains diront les Schtroumpfs, d’autres le Big Deal… Pour moi, c’est simplement le dernier souvenir que j’ai eu de cette rencontre. Les lumières dansaient, et elles teintaient inévitablement sa peau, d’un merveilleux bleu.

Après trois protagonistes, puis deux, voilà qu’il n’en reste plus qu’un dans l’Amour avec Toi. La rupture est le thème principal, les souvenirs, les remords venant soutenir ce dernier. Et ta manière de « chanter » accentue le côté cru des paroles, le côté brut des sentiments.
7. Cela a-t-il été difficile de dévoiler, au grand jour, des sentiments aussi personnels, aussi intimes ?
Au début, c’était compliqué pour moi. C’est sans doute pour cette raison que j’utilisais beaucoup de métaphores. Savoir que ma famille, mes proches allaient entendre ça m’effrayait un peu. Et puis, finalement, c’est de manière naturelle que je me suis mise à écrire autrement. Et parfois, ça reste la seule manière pour moi de toucher, et d’avouer certaines choses à la personne concernée. Je reste très pudique en matière de sentiment, dans la vraie vie…

Le contraste entre les accents joyeux de la mélodie et la tonalité des paroles intrigue.
8. Pourquoi avoir voulu une mélodie aussi dansante et heureuse pour un titre aussi triste ?
Parce que je l’ai écrite à un moment de ma vie où il y avait du renouveau. Je parle donc de mon passé, puis d’une rencontre un peu plus loin dans la chanson. Je voulais mêler ces deux états, cette période de transition de manière “soft”. Je remercie mon passé, comme mon futur. Les deux sont intimement liés…

Dans Les Filles Désir, tu le dis toi même, tu « écris des chansons », tu ne « les chantes pas ».
9. As-tu eu une période ou tu as réellement chanté ? D’où est venue cette envie de raconter tes paroles comme tu le fais ?
Peu à peu je me rapproche du chant, bien que je n’en ai jamais vraiment fait… Mais j’aime le chanté parlé. Je trouve ça poétique. J’aime la délicatesse mais aussi la force que ça peut donner.

« Faut pas le dire, mais c’était court
Faut pas l’écrire, ça pue l’amour
Ça sert à rien, pourquoi courir
Il y en a plein, des filles désir »

Ces paroles témoignent de l’aspect éphémère des sentiments, du fait que rien n’est figé, que tout peut changer d’un instant à l’autre.
10. Les Filles Désir, ce titre témoin de l’inconstance et de la volatilité des sentiments, il revendique quoi ?
Il simplifie juste les relations. Si ce n’est pas l’un(e) ce sera surement un(e) autre. Ca peut paraître bête mais ce refrain est inspiré d’un proverbe jamaïcain que j’ai lu quand j’étais toute petite sur une carte postale, dans la chambre où je dormais (et dors toujours d’ailleurs) chez mes grands parents : “Ne cours pas derrière un homme ou un autobus : il y en aura toujours un autre.” Comme quoi, l’inspiration est partout !

Cette atmosphère tragique atteint son apogée avec Les Temps. La tragédie, les sentiments de deux êtres qui d’un coup diffèrent… Ce titre (et tous les titres de l’EP en général) pourraient jouer un rôle cathartique chez l’auditeur, tant il est simple de s’identifier au narrateur, toi en l’occurrence puisque c’est toi qui chantes.
11. Est-ce la ta volonté ? Ou agis-tu simplement comme un témoin des temps qui courent, du temps qui passe ?
Je reçois beaucoup de messages effectivement, dans lesquelles on me dit se reconnaître à travers mes chansons. Et, c’est vrai qu’il est simple de s’identifier, car finalement, nous vivons tous les mêmes choses. Les histoires sont différentes mais les émotions les mêmes. C’est pour ça que je parle de thérapie musicale, pour moi, car ça me réconforte de savoir que je ne suis pas la seule. Et vice versa pour celui ou celle qui écoute mes chansons. C’est un partage extrêmement fort que j’aime profondément…

12. Tu es plutôt…
– Méditerranée ou Atlantique ?
Atlantique sans hésitation, j’y ai passé tous les étés de mon enfance !

– Chanson à texte ou recueil de poèmes ?
Les deux sont liés, mais je dirais chanson à texte, pour l’évasion les yeux fermés.

– Film à l’eau de rose ou drame romantique ?
DRAME ! Romantique ou pas, je suis de ces gens qui vont au cinéma pour pleurer chez soi après. J’adore ça.

– Temps qui court ou temps qui passe ?
C’est dur… Temps qui passe en courant ?

13. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug, c’est quoi selon toi, un beau bug ?
Bah, sincèrement, j’ai bugé sur la question.

14. Enfin, une anecdote à partager ?
Je voulais t’écrire un mot de remerciement pour ces questions pertinentes et super intéressantes, puis j’ai vu que tu avais laissé un joli message personnel pour moi à la fin. L’anecdote c’est que je voulais te remercier, mais autant le faire ici. Merci.

 

Retrouvez Vendredi sur Mer sur les internets :
Site
Facebook
Twitter
Instagram
Soundcloud

Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *